Visites de dirigeants africains à l’Elysée : Le bal des adieux au grand manitou blanc

 A la faveur du 27e sommet Afrique-France qui s’est tenu les 13 et 14 janvier 2017 à Bamako, au Mali, le président français, François Hollande, qui n’est pas candidat à sa propre succession, avait saisi l’occasion pour faire ses adieux à la grande famille des chefs d’Etat africains réunis dans la capitale malienne. Quelques mois après, et à quelques semaines de la fin de son unique mandat présidentiel, c’est à un véritable ballet de dirigeants africains que l’on assiste du côté de l’Elysée, pour certainement, chacun en ce qui le concerne, présenter ses adieux que l’on imagine pleins d’émotions à ce président « normal », qui quittera normalement ses fonctions et son chatoyant palais dans quelques semaines, pour une retraite bien méritée. Car, si François Hollande est au plus bas des sondages auprès de ses compatriotes dont une grande majorité s’accorde à dire qu’il n’aura pas été un bon président, pour l’Afrique, le règne du successeur de Nicolas Sarkozy n’aura pas été de tout repos, surtout en matière de lutte contre le terrorisme. Et ce n’est pas Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) du Mali qui dira le contraire ; lui qui doit le salut de son peuple à l’intervention énergique du natif de Rouen contre l’invasion des djihadistes en janvier 2013. Au-delà du Mali, c’est toute l’Afrique de l’Ouest et pratiquement le Bassin du lac Tchad qui se souviendra, certainement pour longtemps encore, de son engagement dans ce combat contre un ennemi par moments invisible et insaisissable, qui continue de donner du fil à retordre à nos forces de défense et de sécurité aux quatre coins du continent, au point de focaliser pratiquement toutes les énergies.

La France reste et demeure un pays influent en Afrique

Ainsi, après, entre autres, les présidents ivoirien, Alassane Dramane Ouattara et gambien, Adama Barrow, en mi-mars dernier, l’agenda du locataire de l’Elysée affiche en ces derniers instants de la fin de son règne, en bonne place, les visites des présidents guinéen, Alpha Condé, le 11 avril, suivi du mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz le 12, et du Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré en fin de semaine, plus précisément le 14 avril. La question que l’on pourrait se poser est de savoir si toutes ces visites sont simplement des visites d’adieux ou si elles ont d’autres raisons cachées. Quoi qu’il en soit, s’il est une réalité que l’on ne peut dénier, c’est que la France reste et demeure un pays influent en Afrique, surtout dans son pré-carré où la notion de « Françafrique » est loin d’être une vue de l’esprit. En outre, même si les pratiques et les formes ont quelque peu changé, Paris garde encore intacte sa mainmise sur son pré-carré, et sa réputation et sa capacité à faire et à défaire les dirigeants du continent est loin d’être surfaite.  Et aujourd’hui encore, bien des dirigeants du continent savent qu’ils lui doivent leur accession au pouvoir. De ce point de vue, il est donc fort compréhensible que même au crépuscule de son règne, un président français garde toujours cette sorte d’ascendance … quasi paternaliste sur ses filleuls africains dont certains ne se feraient pas prier pour aller lui présenter leurs adieux, question de lui témoigner leur gratitude et le rassurer que les portes de leurs bureaux, pardon de leurs palais, lui resteront toujours ouvertes, même après son départ de l’Elysée. Et si c’était le cas, l’on pourrait dire que culturellement, ces chefs d’Etat restent fidèles à l’image de l’Africain à qui l’on a appris à dire merci pour l’aide reçue ou simplement merci pour les égards.

L’Afrique tient à la France et la France tient à l’Afrique

Malgré tout, l’image de ces présidents africains faisant la queue ou se bousculant au portillon pour aller saluer le grand manitou blanc sur le départ, a de quoi faire sourire, tant le contraire est simplement inimaginable. En clair, quand un chef d’Etat africain est sur le départ, quel que soit son rapprochement idéologique avec Paris, il est rare de voir un tel ballet devant son palais. Cela dit, s’il est vrai que le président Condé, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine, ne manquera pas de s’acquitter de cette tâche, en son nom propre et au nom de ses pairs du continent, l’on pourrait aussi se laisser convaincre que les visites du Mauritanien Abdel Aziz et du Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, au-delà de la coopération de façon globale, s’inscrivent beaucoup plus dans le cadre de la lutte contre le terrorisme qui sévit actuellement dans la sous-région, et qu’ils ont besoin de se rassurer de l’engagement  continu de la France à leurs côtés, même après le départ de Hollande. Car, ce dernier n’a certainement pas agi pour les beaux yeux de l’Afrique, mais bien dans l’intérêt de la France qui a aussi d’énormes intérêts à défendre sur le continent. A ce titre, il pourrait toujours donner des orientations à son successeur, au moment de passer la main. En un mot comme en mille, l’Afrique tient à la France et la France tient à l’Afrique. En tout état de cause, malgré le sort peu enviable qui est le sien dans l’estime de ses compatriotes, François Hollande pourra toujours se consoler d’avoir été utile à un continent qui a su aussi  le lui rendre au centuple. En cela, il mériterait  bien les adieux des têtes couronnées du continent, même si cela pourrait par ailleurs signifier que ce n’est pas demain la veille que le continent coupera le cordon ombilical avec la France.

 « Le Pays »

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