Visite d’Etat en France: Pourquoi la France déroule le tapis rouge à Macky Sall

Le président Macky Sall entame une visite d’Etat du 19 au 22 décembre en France. Depuis plus de 31 ans, un président sénégalais n’avait effectué une visite d’Etat en France. « Depuis 1985, il n’y a pas eu de visite d’Etat d’un président sénégalais en France. C’est un événement important qui marque cette volonté de travailler ensemble à la hauteur de ce que nous partageons ensemble », avait expliqué Stéphane Le Foll, le ministre français de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, et porte-parole de son gouvernement en novembre dernier lors d’une visite à Dakar. Mais en réalité que cache cette visite d’état? « La multiplication des partenaires du Sénégal n’inquiète pas la France ». L’affirmation est de l’ambassadeur de la France au Sénégal. Assurément oui Excellence et certainement vous riez sous cape en répondant à ceux qui vont poser cette question et de maniére sournoise vous disiez “ ….ces pauvres ils n’ont rien compris… “ . Et pourtant nous savons tous. Sous l’ére Macky Sall la France est revenue en force et pratiquement controle toute l’économie sénégalaise. Ibrahima Séne dans l’entre deux tours nous avait pourtant prévenus sans équivoque et en ces termes « adoubé par les loges maçonniques, Macky Sall est le candidat de la France. Pour preuve Macky Sall a été le seul candidat à avoir bénéficié du soutien du parti de Sarkozy (UMP) à l’époque lors de son congrès d’investiture à Dakar ».Bref sitot élu Macky Sall président n’a pas hésité à se jeter dans les bras de la France.

 

Deux semaines seulement après son installation, le Président Macky Sall effectua un déplacement à l’Elysée, le 18 avril 2012, sur invitation de son homologue français Nicolas Sarkozy pour la signature d’un nouveau traité de partenariat en matière de coopération militaire. La signature de ces accords intervenait dans un contexte particulier pour les deux pays. Au Sénégal, on venait d’élire un Président avec une majorité confortable au terme d’une campagne tendue alors que la France s’apprêtait, elle, à choisir son 24ème Président. Aussi, les esprits avertis s’étaient-ils beaucoup interrogés. Pourquoi tant de précipitation chez le nouveau Président du Sénégal pour signer de nouveaux accords de défense avec la France? Quelle en était l’urgence? Macky Sall, considéré à tort ou à raison comme le candidat de la France pendant la présidentielle de 2012, a-t-il voulu donner des gages au parrain hexagonal?

Une lecture du nouveau Traité signé par le Président Macky Sall révèle en tout cas qu’il n’existe qu’une seule nouveauté, d’ailleurs confinée dans les annexes du dispositif. Il y est clairement écrit: « la partie sénégalaise met gracieusement à la disposition des forces françaises, à titre exclusif, les installations du camp de Ouakam, la station d’émissions interarmées de Rufisque et les logements suivants : les villas d’autorité de la Pointe de la Roulie, les logements de la cité Saint Exupéry, les logements de l’unité marine, les logements du Parc de Hann ».

Autrement dit, Macky Sall a décidé tout simplement de rétrocéder aux Français tous les sites que Wade leur avait retirés après la fermeture de leur base militaire. La question légitime qu’on doit se poser est la suivant: comment en 16 jours, entre la date de sa prestation de serment et celle de la signature, on peut sereinement et sérieusement négocier des accords de coopération militaire de cette envergure ?En réalité, le Président Macky Sall a clos lui-même le débat sur le perron de l’Elysée. Interpellé sur la décision de son prédécesseur de fermer les bases militaires françaises, il avait déclaré que « c’est une décision qui relevait d’un orgueil mal placé ».

 

Le gateau à France Télécoms…

 

Après les questions militaires, le régime de Macky Sall s’est aussi vite intéressé à un dossier épineux, celui des « appels entrants » qui provoqua un véritable tollé dans le secteur des télécommunications. Ainsi, le 12 mai 2012, le gouvernement d’Abdoul Mbaye décide d’abroger la surtaxe sur les appels entrants. Une décision qui sera effective dès le 15 mai 2012. De quoi faire afficher le sourire à l’opérateur Orange qui avait mené une bataille farouche contre cette mesure prise par son prédécesseur. Autant dire que le lobbying de la SONATEL avait fini par payer. Mais Macky Sall ne s’estime pas du tout encore généreux envers ses parrains français. Il y a près de 20 ans, par le truchement d’un décret du 19 Juillet 1997, France Télécoms marquait son entrée dans le capital de la SONATEL comme actionnaire principal. Etre un partenaire stratégique, aider la SONATEL à gagner des parts de marché dans la sous-région et exporter l’expertise locale, étaient les objectifs qui lui étaient assignés. Mais depuis lors, après avoir mis à mort tout un segment de l’économie locale qui profitait du développement des télécoms (disparition des télécentres avec 35 000 emplois perdus, écroulement de 14 fournisseurs d’accès internet avec des centaines d’emplois perdus), France Télécoms s’est attelé systématiquement à un pillage de la SONATEL.

 

Jugez-en par vous-mêmes­! Rien que sur les trois derniers exercices (2015, 2014, 2013) France Télécoms a reçu de la SONATEL 271 milliards en dividendes, sans compter l’ensemble des transferts internes liés au paiement des prestations de services et autres frais de gestions facturés par France Télécom, paiement de taxes d’utilisation de la marque Orange plus de 1% du chiffre d’affaire (plus de 25 milliards encaissés en 3 ans), ainsi que les 20% de la croissance du résultat d’activités qui sont prélevés sur le bénéfice avant même la rétribution des actionnaires.

 

A cet accaparement des richesses de la SONATEL, il faut ajouter celui de son réseau par le détournement de trafic, le contrôle total de la stratégie de la SONATEL ainsi des produits, services et applications sont imposés par France Télécoms, la nomination de Français à tous les postes clés du groupe, le blocage systématique de la croissance externe de SONATEL et enfin le projet d’externalisation en cours pour démanteler le groupe SONATEL.

 

Voilà une société construite et développée à 100% par des cadres et agents sénégalais avec des filiales au Mali, en Guinée et en Guinée Bissau, pillée depuis près de 20 ans par France Télécoms, à qui le gouvernement du Sénégal a decide de prolonger la concession pour encore 17 longues années pour la modique somme de 68 milliards de FCFA. Cerise sur le gâteau­: le gouvernement lui octroie ensuite des fréquences 4G à vil prix­: 32 milliards de FCFA. Cette convention a consacré le bradage de la SONATEL. Le démarrage de la commercialisation de la 4G par SONATEL/Orange au mois de Juillet 2016 est la confirmation que le décret portant approbation de la concession et du nouveau cahier des charges de l’opérateur a été signé. Aucune publication­! Tout a été fait dans le plus grand secret par le gouvernement et France Télécoms. Comment une concession d’un groupe qui produit 10 fois plus de bénéfices 20 ans après, avec un chiffre d’affaires de 863 milliards en 2015 en croissance constante, peut être vendue au même prix qu’en 1996 ? C’est à dire 70 milliards si on retire les 30 milliards du 4G qu’avait demandé l’ARTP et que Orange avait refusé pour justement faire ce tour de passe-passe ? Y a-t-il besoin de faire une surperbe grande école de commerce ou d’ingénieur pour savoir que c’est une arnaque que l’état sénégalais en complicité des représentants de France Telecom ont fait avaler aux populations sénégalaises? Cela dénote de l’opacité du dossier de prolongation de la concession et de l’extension au réseau 4G. S’il est acquis que «­nul n’est censé ignorer la loi­», cela suppose en amont que les formalités de publication soient faites, et en toute transparence. Tel n’est pas le cas dans cette affaire avec le gouvernement, incapable de travailler dans la transparence pour préserver les intérêts nationaux. Le seul et l’éternel perdant est le Peuple Sénégalais. France Télécoms continue de faire de la SONATEL sa vache laitière et du Peuple Sénégalais son pigeon avec la complicité du gouvernement.

 

La revanche de Bolloré….

 

Après Orange, c’est au tour du groupe Bolloré de prendre sa revanche. Le groupe Bolloré n’a jamais digéré son camouflet devant la multinationale Dubaï Port World dans l’attribution du Terminal à containers. Mais sous l’ère Macky Sall, il va faire son retour en force. Et ce, à travers un micmac inqualifiable. Car, après avoir attribué le marché du Terminal roulier au groupement SOMICOA Smith et Kraft Grimaldi en novembre 2011, le Port Autonome de Dakar (PAD) va revenir pour annoncer l’octroi de la concession dudit Terminal au groupe français Bolloré. Plus étonnant encore, dans l’appel d’offres émis par le PAD pour le Terminal roulier, la concession était d’une durée de quinze (15) ans. Mais celle accordée à Bolloré s’étale sur vingt cinq (25) ans. Un autre appel d’offres s’avérait donc obligatoire. Hélas, il n’aura jamais lieu.

Mais c’est l’attribution de la concession Vraquier du môle 8 à la multi­nationale NECOTRANS qui a véritablement créé une levée de bouclier. C’est le 13 novembre 2013, à l’issue d’un conseil d’administration du Port que le Terminal Vraquier, où passent toutes les marchandises solides comme le ciment, les phosphates, les produits miniers, a été concédé à l’opérateur français NECOTRANS et à sa filiale locale GETMA. Le Syndicat des Entreprises de Manutention des Ports du Sénégal (SEMPOS) a violemment et vigoureusement dénoncé cette concession. Pour eux, cette concession n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres. Il n’y a même pas eu de concertation entre acteurs concernés. Le pire est que cette décision, dénuée de toute transparence, a eu des conséquences dramatiques. Des dizaines de sociétés sénégalaises ont mis la clef sous le paillasson. Ainsi, M. Baïdy Agne, président du SEMPOS, à travers une lettre incendiaire, dénonça cette concession qualifiée de scandaleuse. « NECOTRANS ne justifie pas aujourd’hui l’expérience avérée qui mériterait qu’on lui attribue cette concession. Sa structure locale, GETMA, est loin dans ce secteur dans le classement des manu­tentionnaires du Port, pour ne pas dire qu’elle n’a réalisé aucun tonnage concernant ce trafic », souligne-t-il. Avant d’avertir le Directeur général du Port : « le monopole que vous voulez accorder à NECOTRANS aura des conséquences économiques négatives sur les industries telles que la cimenterie, les mines, les transports, etc. »

 

Mais la levée de bouclier du SEMPOS et la missive de son président n’ont pas eu l’effet escompté. Le PAD a campé sur sa décision. Pourquoi le groupe NECOTRANS bénéficie-t-il d’un tel traitement ? Ce dossier n’est-il pas en réalité une affaire personnelle pilotée depuis le Palais présidentiel ? Le candidat Macky Sall a-t-il bénéficié du soutien logistique du groupe NECOTRANS ?

 

EIFFAGE, DES AVANTAGES EN BÉTON

 

EIFFAGE, voilà un autre groupe français qui s’active dans le secteur du BTP et qui est véritablement le chouchou de la République. Sous le règne de Wade, ce groupe a pratiquement eu la mainmise sur tous les grands travaux de l’Etat. EIFFAGE a raflé l’attribution du marché de l’autoroute à péage par entente directe. A l’époque, Macky Sall était le Premier ministre, Diène Farba Sarr, son chargé des Grands Travaux et Aminata Niane, Directrice de l’APIX. Ces trois personnes avaient donc piloté le dossier sous Wade et sous l’oeil bienveillant du Palais bien sûr. Et quand Macky Sall arrive au pouvoir, Diène Farba Sarr est propulsé directeur de l’APIX alors que Aminata Niane est recyclée au Palais qui lui sert de paravent contre la traque des biens supposés mal acquis. Bref, le trio Macky-Diène Farba –Aminata Niane se reconstitue donc. Et EIFFAGE déroule. On lui attribue, par entente directe s’il vous plait, le tronçon Thiès-Touba, un prolongement de l’autoroute à péage.

 

Plus scandaleux encore, c’est la gestion de l’autoroute à péage par EIFFAGE pour une durée de 30 ans alors qu’elle a été réalisée sur la base d’un partenariat Public-Privé. Et selon le montage financier, l’Etat a injecté trois cent dix neuf (319) milliards, la participation du groupe EIFFAGE étant estimée à « seulement » 20,8 milliards. Des financements ont été également obtenus de partenaires financiers comme la BOAD, BAD, CBAO, etc. Or, selon le directeur d’EIFFAGE, l’exploitation de l’autoroute à péage peut rapporter 10 millions par jour.

Une question s’impose : qu’est-ce que l’Etat gagne pour sa part dans ce partenariat ? Toujours avec la même baraka, le groupe EIFFAGE va encore rafler le marché du tronçon Diamniadio-Aéroport de Diass pour un montant de 80 milliards. Encore par entente directe. Diène Farba Sarr, alors directeur de l’APIX, avait justifié ce marché par la procédure d’urgence. Rien de surprenant après tout. Car nommé ministre de la Promotion des Investissements et du Partenariat, après l’attribution du tronçon Thiès-Touba à un groupe chinois, toujours par gré à gré, il n’avait pas manqué, lors d’une cérémonie organisée par EIFFAGE, de clamer sa nette préférence pour le groupe français. Allez savoir pourquoi !

 

Le Ter aux Français…..

Le dernier projet phare de Macky Sall lancé en grande pompe est également tombé dans l’escarcelle des entreprises françaises. Les groupes français Engie (mandataire) et Thalès (co-traitant) ont raflé le marché de la conception et de la réalisation des infrastructures et systèmes du futur Train express régional (TER), cette ligne ferroviaire qui doit relier Dakar à l’Aéroport international Blaire Diagne (Aibd) de Diass.

L’État, par le biais de l’Apix, qui conduisait l’appel d’offres, a décidé d’affecter à ces deux entreprises françaises les contrats d’un montant de 225 millions d’euros (147,5 milliards de francs CFA).

En contrepartie, l’État exige que les travaux, qui démarrent durant le troisième trimestre de cette année (octobre-novembre-décembre), n’excèdent pas 26 mois. Une autre entreprise française, Eiffage, participera aux travaux, sur le volet génie civil, génie électrique et installation-gestion de la base vie du chantier en consortium avec la société turque Yapi Merkezi et l’entreprise sénégalaise CSE, et pour 330 milliards de francs CFA. Des choix fortement contestés par les entreprises turques au point d’introduire un recours au niveau de l’ARMP. Mais avec la France rien est de trop aux yeux de Macky Sall.

Bref résumé de la puissance française dans l’économie sénégalaise :

  • Agriculture et agro-industrie: Compagnie fruitière dans la production horticole, Castel dans le secteur des boissons et dans le raffinage d’huile végétale en partenariat avec Sofiproteol, CASL dans la production de riz ;
  • Carrières, Mines et Industrie : cimenterie Sococim (Vicat), Eramet coactionnaire du projet d’exploitation de sables titanifères « Grande Côte Opération », Air Liquide dans le secteur du gaz

industriel, etc.

  • BTP : principalement Eiffage avec la première concession autoroutière du pays et SOGEA SATOM
  • Distribution : Total est le premier distributeur de carburants au Sénégal avec plus de 140 stations

, présence de Casino au travers d’une franchise et d’Auchan avec la marque Attac

  • Transport aérien et tourisme: Air France et Corsair, Accor, Club Méditerranée

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  • Transports maritimes et logistique : Bolloré, Necotrans, Delmas (CMA-CGM)
  • Télécommunications et médias: la Sonatel, dont Orange est le premier actionnaire, et qui est devenu le premier opérateur téléphonie et internet du pays, le premier chiffre d’affaires au

Sénégal et la première capitalisation à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières ; ATOS qui a installé à Dakar un hub de services numériques et Canal Plus

  • Banques et Assurances : SGBS et BICIS, filiales respectives de la Société Générale et de BNP Paribas, constituent les 2ème et 3ème banques du Sénégal, Axa Sénégal leader de l’assurance dommages, Gras Savoye, courtier en assurances.

 

Deux grandes périodes se distinguent s’agissant des investissements français au Sénégal : l’implantation historique, complétée par une vague d’investissements des années 1990. Si ce tissu dense accueillait jusqu’à récemment peu de nouveaux venus, les dernières années ont été marquées par un certain regain d’intérêt des entreprises françaises pour le Sénégal : entrée en production en 2014 de la mine de zircon,

détenue à 50% par le groupe Eramet ; attribution de la concession du terminal roulier du port de Dakar à Bolloré en 2013 ; attribution de la concession du terminal vraquier du port de Dakar à Necotrans en 2014

, lancement prévu d’un nouveau Club Méditerranée sur la Petite Côte et extension de celui situé au Cap Skirring en Casamance, arrivée d’ATOS (informatique) en 2014 ; développement de la Compagnie fruitière; reprise par Auchan (via Attac) de sa franchise pour un développement en propre en 2014.

Cette présence pourrait se consolider dans les années à venir ; plusieurs entreprises se positionnant sur des projets majeurs au Sénégal.

Sur le projet KMS3, plusieurs sociétés françaises sont intéressées : pour le traitement des eaux, la fourniture et la pose de la canalisation, pour la fourniture des pompes et des équipements.

Alors que la France était en net recul sous Wade, elle , à travers ses milieux d’affaires, est plus que jamais présente au Sénégal avec des procédés qui renseignent sur l’impuissance de l’Etat à encadrer ce grand retour des Gaulois.Et aux yeux des milieu d’affaires français Macky est un bon élève….

Dakarposte

 

Afriact.net