Vangsy Goma : « Notre avenir est résolument panafricain »

ENTRETIEN. Avec Africab, sa compagnie de VTC, Vangsy Goma a osé l’Afrique dans le domaine de la mobilité urbaine. Son point de départ : Abidjan.

Vangsy Goma fait partie de la jeune génération d’Africains qui ont décidé de prendre leur destin et celui du continent en main en conjuguant nouvelles technologies et besoins du marché africain. En l’occurrence, c’est le créneau du transport urbain qu’a choisi ce Congolais de trente ans. Si la base de son business fait penser à la société Uber, désormais mondialement connue pour son système ayant favorisé le développement de véhicules de transport avec chauffeur (VTC), son inspiration et la manière dont il a pensé sa compagnie Africab conjuguent modernité et volonté de s’adapter au mieux à la sociologie urbaine africaine. Sa dynamique se nourrit d’une observation attentive du secteur informel et de ses réponses, d’une attention particulière aux voies et moyens de les adapter à un univers formel, et de la création d’un écosystème où la compagnie Africab, ses chauffeurs et ses clients sont dans une relation gagnant-gagnant.

Avant de lancer la compagnie Africab en février 2016, Vangsy Goma a suivi un cursus commercial à l’Idrac à Paris, fait un tour du côté des États-Unis pour compléter sa formation. De retour au Congo en 2008, il intègre à 23 ans la fondation Congo Assistance pour l’éducation et l’accès aux soins des enfants. À partir de 2010, son parcours est essentiellement celui d’un cadre commercial de haut vol, d’abord à la société nationale pétrolière, ensuite à la société MBTP spécialisée dans le bâtiment et les travaux publics. Parallèlement, c’est engagé avec le fonds d’investissement Cemac Capital qu’il a commencé à mûrir son projet de société de taxis qu’il a finalement lancée en février 2016. Aujourd’hui, la compagnie Africab de Vangsy Goma fait son petit bonhomme de chemin à Abidjan. Ses 90 véhicules actuels répartissent leurs courses sur une clientèle composée à 60 % de particuliers et à 40 % d’entreprises. Pour assurer une qualité de haut niveau, Africab fait repasser le permis à ses chauffeurs, jauge leur moralité et les sensibilise fortement aux outils d’accompagnement technologiques du transport urbain. Parallèlement, pour aller plus loin dans le partenariat avec son principal actif, ses conducteurs, la compagnie de Vangsy Goma a décidé de lancer un nouveau programme : Africab Invest. Objectif : leur permettre à terme d’être propriétaires de leurs véhicules.

Le Point Afrique : Qu’est-ce qui vous a conduit à imaginer une structure comme Africab dans une ville comme Abidjan ?

Vangsy Goma : La forte activité économique et la dynamique urbaine positive ont été des facteurs importants. Abidjan est la ville la plus peuplée d’Afrique de l’Ouest francophone. Malgré les douze mille à dix-neuf mille taxis en circulation à Abidjan, j’étais convaincu qu’il y existait un segment de marché insatisfait. Je percevais une catégorie de consommateurs désireux d’un service de transport individuel avec des standards de qualité de service élevés. D’ailleurs, j’ai fait ce constat dans de nombreux pays africains. Toutefois, Abidjan a été la métropole adéquate pour installer notre projet pilote. 60 % du PIB ivoirien est réalisé à Abidjan. Il y a la présence de particuliers et d’entreprises en nombre suffisant pour ce service. Finalement, Abidjan constitue une excellente rampe de lancement pour notre ambition panafricaine !

Qu’en est-il du cadre entrepreneurial ivoirien ? Est-il particulièrement favorable pour que vous ayez choisi de vous installer à Abidjan ?

La création du CEPICI (Centre de promotion des investissements de Côte d’Ivoire) a été un signal fort de la part du gouvernement en faveur des investisseurs privés. En tant qu’entrepreneur, il faut également identifier des signaux macro-économiques convaincants. À ce propos, la Côte d’Ivoire et Abidjan, en particulier, en démontrent plusieurs.

Le marché ivoirien compte pour près de 40 % du PIB ouest-africain. Sur les quatre dernières années, la Côte d’Ivoire a enregistré des taux de croissance du PIB situés autour des 8 % et a adopté un nouveau programme national de développement (PND) pour la période 2016-2020 qui détermine le développement du secteur privé comme une priorité. Sur notre marché du VTC (véhicule de transport avec chauffeur, NDLR), l’ouverture d’hôtels comme ceux des chaînes Azalaï ou Radisson ainsi que la rénovation du Sofitel ou du Pullman sont des indicateurs très éloquents de l’augmentation du tourisme d’affaires et de la santé économique d’Abidjan. Cela étant dit, il faut identifier un marché porteur, s’adresser à un segment particulier et fournir un produit de qualité. Finalement, c’est cela l’entrepreneuriat !

Qu’est-ce que votre offre et le succès qu’elle remporte disent de l’évolution socio-économique de la population d’Abidjan, en particulier, des villes africaines, en général ?

Africab a été lancé pour répondre aux besoins des particuliers, notamment ceux des classes moyennes.

Dès le lancement de nos activités, le pari était réussi puisque 90 % de nos usagers étaient des particuliers, contre 10 % d’entreprises. Ce succès confirme deux choses. D’une part, l’accroissement des classes moyennes est réel. D’autre part, les consommateurs abidjanais veulent des services de qualité.

Nous avons connu une croissance de notre clientèle professionnelle, de 10 % à 40 %, qui nous offre un enseignement intéressant. Le tissu économique à Abidjan se structure davantage. Les entreprises cherchent des services de qualité pour gérer leur mobilité. Nos clients ont perçu immédiatement les avantages de confier leur flotte automobile à Africab pour se concentrer sur le développement de leur cœur de métier.

Enfin, le succès d’Africab est une preuve de la vitalité et du dynamisme de nos villes africaines. Le tourisme d’affaires se développe, les investissements affluent et la clientèle nationale répond favorablement. En dix mois, nous avons enregistré près de 90 000 courses avec 60 véhicules à notre actif. C’est pourquoi il était également urgent pour nous d’augmenter la flotte de nos véhicules pour être en mesure de satisfaire les besoins des deux segments de marché auxquels nous nous adressons.

Une voiture de la flotte d’Africab d’Abidjan avec son chauffeur. © DR

La création et l’expansion de votre société sont étroitement liées au digital. Pouvez-nous nous dire aujourd’hui l’impact de celui-ci en termes de développement inclusif de votre activité ?

Un des piliers d’Africab est effectivement cette application que nous avons développée conjointement avec une société anglaise, Holmont (également fournisseur de la société LeCab en France et Addison Lee en Grande-Bretagne). Cette application nous a permis des avancées importantes sur ce secteur. En effet, nous avons recensé plus de 5000 adresses dans Abidjan, afin de pallier l’absence de système d’adressage. Cette étape-clé qui fait d’Africab une solution adaptée aux réalités africaines, nous la répliquerons dans chaque ville où nous nous installerons. C’est ce qui fait notre force ! En outre, le modèle économique d’Africab est également fortement dépendant de nos ressources humaines. Notre actif le plus précieux, ce sont nos chauffeurs. Voilà pourquoi la formation est au cœur de notre modèle. Nombreux sont nos chauffeurs qui ont découvert les systèmes de géolocalisation ou le GPS dans nos sessions obligatoires de formation.
Cette semaine, nous avons lancé « Africab Invest ». Un produit d’épargne sécurisé dont l’objectif est de nous permettre d’augmenter la taille de notre flotte tout en garantissant un complément de revenus aux particuliers-investisseurs. « Africab Invest » n’est rien d’autre que la digitalisation des modèles d’investissement déjà éprouvés dans le secteur informel. L’investissement dans les taxis fait partie intégrante de la culture en Afrique de l’Ouest. C’est précisément cette culture que nous intégrons dans un modèle économique innovant et sécurisé. La mise à disposition de ce nouveau produit d’investissement nous permet d’amorcer une révolution dans la structuration des start-up tout en apportant une solution innovante à la mobilisation de l’épargne des particuliers.

Pouvez-vous nous rappeler votre modèle économique et vos résultats à ce jour ?

Comme toutes les start-up, Africab ne dévoile pas ses résultats. Par contre, je vous donnerai volontiers un chiffre important pour nous : 90 000. C’est le nombre de courses qu’Africab a réalisé à Abidjan en à peine dix mois d’activité. Cela nous encourage à développer rapidement notre flotte de véhicules pour répondre à la demande en constante hausse. Nous avons récemment acquis la compagnie Drive, l’opérateur de VTC historique à Abidjan. Cela nous a permis de récupérer une dizaine de véhicules haut de gamme pour renforcer notre offre premium. Quant au modèle économique d’Africab, il est assez innovant sur le secteur des VTC et réplicable dans plusieurs pays d’Afrique. Notre flotte de véhicules nous appartient. Nous investissons conséquemment dans la formation de nos chauffeurs et développons une application de commande adaptée aux usages locaux.

 

Capture d’écran de Vangsy Goma au téléphone sur l’antenne de la chaîne de télévision Africanews. Il est ici au milieu de la flotte de voitures de sa compagnie, Africab. © DR

Vous envisagez de dupliquer votre activité ailleurs en Afrique. Quels sont les préalables pour vous installer sur un marché ? Quelle est la prochaine étape ?

Nous avons récemment ouvert une première franchise à Cotonou. Comparé à Abidjan, le marché a une taille plus modeste, mais la demande est importante et en même temps complexe. Nous avons donc choisi de nous associer avec un partenaire local. Africab Cotonou sera semblable à Africab Abidjan. Nous faisons les investissements nécessaires. Une fois notre marque et notre clientèle pérennisées, nous proposerons aux particuliers notre solution d’investissement sécurisé « Africab Invest ».

Est-il possible aujourd’hui d’envisager le même service mais d’une ville à une autre dans des voitures plus collectives ?

Bien que ce ne soit pas notre positionnement, je vois effectivement un marché fleurissant dans le domaine. Les marchés africains de la mobilité sont assez grands pour accueillir plus de services et plus d’acteurs. En ce qui concerne Africab, nous souhaitons continuer à offrir des déplacements confortables, sécurisés, et donner de la liberté à nos usagers et aux entreprises dont nous transportons les collaborateurs.

Comment voyez-vous l’avenir d’Africab ?

En novembre 2016, nous avons lancé les opérations béninoises. Celles-ci devraient être pleinement opérationnelles courant 2017 avec un mandat couvrant également Lomé. D’ici 2018, nous espérons également voir circuler nos véhicules à Dakar, Douala et Yaoundé. L’avenir d’Africab se veut résolument panafricain.

 

Propos recueillis par Malick Diawara