UEMOA : détérioration du déficit malgré une croissance soutenue

Le rythme de croissance du PIB des 8 pays de l’UEMOA maintient le cap dans une conjoncture internationale encore difficile. En 2016, le taux de croissance attendu sera légèrement en hausse par rapport à l’exercice précédent, ce qui constitue un bon cru pour l’Union. Toutefois, la détérioration du déficit budgétaire s’est poursuivie sur les neufs premiers mois de l’année, une situation qui va imposer aux pays de renforcer leur cure d’austérité.

L’horizon s’éclaircit un peu plus pour les 8 pays membres de l’Union économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (UEMOA) avec un rythme de croissance du PIB de 6,9% à la fin de l’année contre 6,6% en 2015.  C’est le constat dressé par le Comité de politique monétaire de la  banque centrale des Etats membres de l’Union qui s’est réuni, mardi dernier à Dakar sous la présidence de son président statutaire, Tiémoko Meyliet Koné, également gouverneur de la BCEAO.  A l’issue de cette réunion ordinaire, la quatrième du genre au titre de l’exercice en cours, le comité a passé en revue les principales évolutions de la conjoncture économique au cours de la période récente ainsi que les facteurs de risque pouvant peser sur la stabilité des prix et la croissance économique de l’Union. Selon le communiqué publié à la fin de la réunion, le comité a fait cas d’un rythme soutenu de l’activité économique avec un  taux de croissance du PIB communautaire de 7,1% en glissement annuel contre 6,8% le trimestre précédent. Ainsi, pour l’ensemble de l’année en cours, la croissance économique de l’Union est attendue à 6,9%, après 6,6% en 2015.

Légère amélioration des cours des matières premières

Selon le comité de politique monétaire de la BCEAO, cette situation résulte de la conjugaison d’un certains nombre de facteurs relevé par le comité notamment au plan international avec une légère amélioration de l’activité économique à l’échelle mondiale au courant du troisième trimestre 2016. La reprise de la croissance dans certains pays industrialisés ainsi que dans les pays émergents s’est  conjuguée avec une tendance à la hausse des cours mondiaux des principales matières premières sur la même période d’observation, engendrant ainsi une hausse de la demande adressé au marché régional. Parallèlement, les indices de prix des principaux produits de base exportés par les pays de l’UEMOA ont évolué de manière contrastée avec des hausses trimestrielles importantes des cours du  café robusta, du coton et e l’huile de palme, tandis que les cours de la noix de cajou, du caoutchouc, du cacao et du pétrole brut ont enregistré des baisses parfois assez significatives.

Détérioration du déficit budgétaire

Au niveau interne, la situation est moins reluisante.  L’analyse de l’exécution des budgets des Etats membres de l’Union sur les neufs premiers mois de l’année a ainsi relevé une détérioration du déficit global. Alors qu’il n’était que de 3,2% du PIB une année auparavant, il se hisse désormais à 4,1%. « Cette aggravation du déficit budgétaire résulte d’un accroissement plus important des dépenses que des recettes » a indiqué la BCEAO. Dans ces conditions, « les efforts de mobilisation des recettes fiscales et de rationalisation des dépenses publiques devraient être poursuivis afin que le déficit budgétaire respecte la norme communautaire de 3,0% du PIB à l’horizon 2019 ».

L’inflation contenue

Pour ce qui de l’évolution des prix dans l’Union, le Comité indique avoir constaté que le taux d’inflation, en glissement annuel, est ressorti à -0,1% au troisième trimestre 2016 contre un niveau de 1,2% le trimestre précédent. « Ce repli du niveau général des prix s’explique par l’amélioration de l’offre de produits alimentaires sur la période sous revue » et sur les 24 mois prochains, le taux d’inflation, en glissement annuel, est projeté à 1,6%, en phase avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la banque centrale.

Le comité a également observé une détente des taux des conditions de refinancement sur les guichets des appels d’offres à une semaine. Le taux moyen pondéré des opérations hebdomadaires d’injection de liquidités s’est établi à 3,37% contre 3,46% le trimestre précédent et 2,55% un an plus tôt. En revanche, poursuit le communiqué, sur le compartiment à une semaine du marché interbancaire, le taux d’intérêt moyen pondéré s’est accru pour s’établir à 4,39% contre 4,07% le trimestre précédent. Sur la base de ces évolutions, le comité de politique monétaire a décidé de maintenir inchangé le taux d’intérêt minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidités à 2,50%, « un niveau en vigueur depuis le 16 septembre 2013 confirmant ainsi l’orientation accommodante de la politique monétaire de la BCEAO ».

Enfin, en vue de dynamiser le marché interbancaire et, de manière générale, améliorer le fonctionnement du marché monétaire de l’Union, le comité a décidé d’élargir le corridor formé par le taux minimum de soumission aux opérations d’appels d’offres d’injection de liquidités et le taux du guichet de prêt marginal d’un point de pourcentage. Ainsi, le taux du guichet de prêt marginal est porté de 3,50% à 4,50% à compter du 16 décembre 2016 alors que le coefficient de réserves obligatoires applicable aux banques de l’Union a été maintenu à son niveau qui en vigueur depuis le 16 mars 2012, c’est-à-dire  à 5%

Par Aboubacar Yacouba Barma  – La Tribune –