Trump Président : « l’Afrique souhaite plus d’investissements américains »

 

L’élection de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale au détriment de la démocrate Hilary Clinton a fait couler beaucoup d’encre cette semaine. La surprise générale qu’elle a suscitée soulève des interrogations quant à l’avenir des relations entre les Etats-Unis et l’Afrique. Dans un entretien avec La Tribune Afrique, Ousmane Sène, spécialiste en civilisation américaine est directeur du West African Research Center (WARC – Centre de recherche Ouest-africain), appelle de ses vœux la multiplication des investissements américains en Afrique. Interview.

Selon vous, que représente pour l’Afrique l’élection de Donald Trump à la présidence américaine ?

 

D’abord il faut dire que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis résulte de la volonté du peuple américain, même si je vois que dans certaines régions la situation dégénère un peu, avec des manifestations comme à Portland jeudi soir, où il y a eu des casses, chose qu’on n’a pas vu depuis longtemps dans la géopolitique américaine. De prime abord, je crois qu’il n’y aurait pas grand changement dans la politique américaine en Afrique, sauf peut-être le renforcement des liens militaires -puisqu’on le sait, l’Afrique est un peu le va-tout du combat contre le terrorisme. Logiquement les Américains seront donc peut-être plus présents sur le continent pour contrer la descente éventuelle des groupes terroristes en Afrique. Cela peut faire l’objet d’une coopération renforcée. On en a d’ailleurs vu les prémices ces dernières années ou derniers mois, avec une certaine présence militaire américaine dans certains pays comme le Sénégal. Même si l’ambassadeur avait dit que ce n’était pas vraiment une présence, mais des passages. Oui ! Quoi qu’il en soit, on les voit de plus en plus.

 

Quid du volet économique ?

 

Sur le plan économique, je crois que l’USAID [Agence des Etats-Unis pour le développement internationale, NDLR] continuera de faire ce qu’il fait dans le cadre de la coopération. Dans l’ensemble, à mon avis, la situation restera en l’état, étant donné que les intérêts économiques majeurs des Etats-Unis ne sont pas vraiment en Afrique, en tout cas pas dans tous les pays africains. La carte des intérêts économiques des Etats-Unis dans le monde montre bien que l’Europe, la Chine, et peut-être l’Amérique latine, du Sud et les pays arabes sont leurs premiers partenaires. La présence économique des Etats-Unis en Afrique est effective, mais elle n’est pas majeure. On souhaiterait d’ailleurs qu’elle se renforce et que dans sa détermination à contrer les avancées économiques chinoises, les Etats-Unis pensent à investir en Afrique. Ce serait une bonne chose. Je crois que l’Afrique toute entière souhaite que les Etats-Unis y investissement davantage. Il y a une expertise américaine, il y a aussi des fonds américains, mais tout investissement entraîne ceci, le renforcement du nombre de salariés et donc le renforcement de l’économie

 

Cependant, je ne parle pas d’investissements ayant pour seul but pour de siphonner les ressources premières de notre continent, mais un investissement gagnant-gagnant dans lequel l’Afrique et les Etats-Unis trouvent chacun leur compte. Après tout, les Chinois sont en train d’investir lourdement en Afrique, les Français et les Anglais ont toujours investis en chez nous parce que ce sont les anciens pouvoirs coloniaux, pourquoi pas l’Amérique, d’autant plus que les ressources dont regorge le continent sont à même d’intéresser les Etats-Unis ? Au Sénégal à titre d’exemple, on a récemment parlé de ressources pétrolières et de gaz découvertes en quantité. Maintenant, il faudrait que cela intéresse les pétroliers américains et qu’ils apportent aussi leur savoir-faire, comme pourraient le faire les Européens.

 

Hillary Clinton semblait avoir du soutien en Afrique, notamment en raison de ses relations de longue date avec certains pays, le Libéria notamment où la présidente Ellen Johnson Sirleaf a affiché sa déception après la victoire de Donald Trump. Pensez-vous que les relations entre certains gouvernements africains et Washington pourraient en être impactées ?

Entre Donald Trump et Hillary Clinton, qui représentait la grande « menace » ? Qui est pour les droits de l’homme dans tous les domaines au point d’en faire une arme de destruction massive en disant : « si vous ne respectez pas les droits de l’homme, on va revoir notre coopération avec vous ». C’est bien le discours des démocrates, d’Hillary Clinton. Cela veut peut-être dire que si Hillary Clinton gagnait, elle aurait davantage renforcé la politique de Barack Obama. Pour ne citer que le cas du Sénégal, quand il est en visite officielle en 2013, c’était, entre autres, pour nous parler de droits de l’homme, principalement de ceux qui ont une préférence sexuelle différente… Macky Sall [le président sénégalais, NDLR] lui a dit que c’est une question de culture et de société. Il lui a dit que chaque société a sa propre culture et son niveau de compréhension des choses, le Sénégal n’étant pas arrivé au même niveau que les Etats-Unis.

 

Je crois que les droits de l’homme auraient été un point d’achoppement entre Hillary Clinton et certain chefs d’Etats africains. Encore qu’Hillary pour parler de l’Afrique y a mis les pieds combien de fois ? En tout cas au Sénégal elle est venue trois fois, une fois avec son mari à l’époque Président des Etats-Unis, une deuxième fois en visite privée et une troisième fois en tant que Secrétaire d’Etat. Elle connait très bien nos pays.

 

Concernant Donald Trump, je ne suis pas certain qu’il serait là à marteler droits de l’homme, droits de l’homme… Peut-être qu’il ferait autre chose, difficile de savoir pour l’instant de savoir de quoi il s’agirait.

 

D’un autre côté, la victoire de Donald Trump est du pain béni pour les présidents africains contestés. La RDC notamment n’y est pas allée de main morte, savonnant au passage Barack Obama…

 

C’est justement dans la logique de ce que je disais plus haut. Le président américain qui aurait pu se prononcer sur un certain nombre de développement en Afrique serait assurément Hillary Clinton. Rappelons qu’elle était la secrétaire d’Etat de Barack Obama jusqu’à ce qu’au moment où elle a voulu s’engager dans la course à la présidence. Et le discours de Barack Obama pour l’Afrique, c’est : la fin des présidences à vie ; l’appel à la progression de la démocratie ; le respect des droits de l’homme.

 

Les présidents contestés sont ceux qui veulent encore rester au pouvoir. Ils doivent être justement soulagés. Face à eux, Hillary Clinton élevait un peu la voix. Mais est-ce une des préoccupations de Donald Trump ? Pour le moment, il n’en a pas fait montre. Peut-être qu’il changera plus tard, mais pour le moment, on ne le voit pas.

Par Ristel Tchounand   – La Tribune –

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