Trump président : la folle nuit qui a changé le monde. Carte blanche à l’apprenti

D’ordinaire, à New York, les supporters de Trump se cachent. Ceux qui s’aventurent à afficher un peu trop ouvertement leur soutien au milliardaire sont dévisagés par les passants, voire carrément insultés. Difficile d’imaginer une ville plus partiale.

 

Improvisée capitale du pays le temps d’une journée, la grosse pomme sûre de son fait a préparé la grande soirée électorale du 8 novembre avec enthousiasme, allumant l’Empire State Building et les écrans géants de Times Square aux couleurs du pays.

 

Côté démocrate, les festivités promettaient d’être grandioses

 

Dès la tombée de la nuit, les new-yorkais se sont rendus en masse au gigantesque centre de conférences Javits Center, une impressionnante structure de verre donnant sur l’Hudson, pour célébrer la victoire certaine d’Hillary Clinton.

 

A en juger par la taille du service d’ordre, les festivités promettent être grandioses : la candidate a dû renoncer aux feux d’artifice, mais pas aux confettis ni aux célébrités – Lady Gaga, Cher et Katy Perry sont de la fête. En prévision du grand rassemblement qui l’attend, Hillary Clinton a pris soin de retirer toute allusion partisane dans la salle : plus d’affiches « Stronger together » accrochées aux murs, mais à la place, des drapeaux américains, et des fanions « USA ».

 

Un peu plus haut dans Manhattan, caché derrière des camions remplis de sable : le plus modeste hôtel Hilton Midtown, choisi par Donald Trump pour célébrer la soirée.

 

Comparé au château réservé par Hillary Clinton, l’endroit est ridiculement petit. La soirée, où peu d’invités ont pu entrer, se déroule au milieu des clients de l’hôtel et des touristes. Vers 18 heures, un incroyable gâteau à l’effigie de Trump traverse le hall sous les regards éberlués des invités.

Les premiers résultats, tombés en rafale à partir de 19 heures, n’inquiètent personne. Trump emporte coup sur coup le Kentucky et l’Indiana, puis la Virginie Occidentale. Mais ce sont des Etats républicains. Puis arrivent les premières tendances en Caroline du Nord et en Floride, où Trump est en tête. Le « New York Times », qui jusqu’à mardi évaluait à près de 85 % les chances d’Hillary Clinton de gagner, ramène brutalement la probabilité de son modèle à … 47 % . Les marchés commencent à trembler. La famille Trump, enfermée dans la Trump tower, s’est mise sur son 31, et se serre devant son écran de télévision.

 

 

Les yeux rivés sur leurs smartphones, les supporters de Clinton se décomposent peu à peu. Quand Trump emporte l’Ohio, certains se mettent à pleurer, d’autres quittent la salle. A l’hôtel Hilton, l’hypothèse d’une victoire de Trump qui gagne en crédibilité fait monter la température. La salle ressemble à une mer de casquettes rouges.

 

Les journalistes pris de panique

 

Les sondeurs ont raconté n’importe quoi. Leurs prédictions ne valent même pas le prix du papier sur lequel elles sont imprimées.

Les journalistes, pris de panique, commencent à réécrire leurs papiers dans l’urgence. Les présentateurs de télévision sont pris de court. « Je ne vois pas un seul sondage qui ait prédit que Trump allait passer ce type de nuit », se désole Jake Tapper, le présentateur de CNN. « Les sondeurs ont raconté n’importe quoi, s’agace la présentatrice vedette de Fox Megyn Kelly. Leurs prédictions ne valent même pas le prix du papier sur lequel elles sont imprimées ».

 

A 2 heures du matin, les résultats ne sont toujours pas officiels, mais Hillary Clinton fait savoir qu’elle ne parlera pas. Elle a perdu, mais se contentera d’appeler le vainqueur une heure plus tard. La défaite est cuisante : les démocrates ont aussi perdu le Congrès. Les milliers de supporters effondrés qui attendent leur candidate depuis des heures quittent dans le Javits Center dans la nuit. Laissant derrière eux son grand plafond de verre.

– Elsa Conesa, bureau de New York –

 

 

Victoire de Trump : les leaders étrangers entre félicitations et préoccupations

Poutine souhaite « sortir relations Russie Etats-Unis situation critique » dit « être qu’un dialogue constructif établi Moscou Washington »

Poutine souhaite « sortir les relations entre la Russie et les Etats-Unis de leur situation critique » et a dit « être certain qu’un dialogue constructif sera établi entre Moscou et Washington » – Montage AFP

Les dirigeants populistes se sont tous félicités de la victoire de Donald Trump. D’autres en Europe sont préoccupés.

 

Après la victoire de Donald Trump à la présidence des Etat-Unis , les messages de félicitations de la part des leaders internationaux se multiplient. Ceux prononcés par les détracteurs du candidat populiste sont dits avec une forme d’amertume dans la voix. Ces partisans, eux, ne cachent pas leur joie.

 

Vladimir Poutine ne s’est pas contenté de féliciter Donald Trump, il lui a fait part de son espoir de coopérer avec lui sur les grands dossiers internationaux. Il souhaite « sortir les relations entre la Russie et les Etats-Unis de leur situation critique » et a dit « être certain qu’un dialogue constructif sera établi entre Moscou et Washington ». Durant la campagne, Donald Trump n’a jamais caché son affection pour le président russe.

Même tonalité du côté du leader du pays qui concurrence de plus en plus le leadership des Etats-Unis. Xi Jinping, le président chinois, s’est dit « prêt » à travailler avec Trump au « développement des relations sino-américaines ». « La Chine oeuvrera avec le futur président américain, Donald Trump, à un développement solide et stable des relations diplomatiques bilatérales », a ainsi déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

 

Le nouveau président américain a reçu le soutien d’un autre leader populiste européen, le dirigeant Hongrois Victor Orban. Dans un message publié en anglais sur sa page Facebook, ce dernier estime qu’il s’agit d’une « très bonne nouvelle » et affirme que « la démocratie est toujours vivante ».

 

 

Etonnement, Shinzo Abe, le dirigeant japonais, a rappelé que « le Japon et les Etats-Unis sont des alliés inébranlables liés par des valeurs communes telles que la liberté, la démocratie, les droits de l’homme fondamentaux et l’Etat de droit ». Pourtant, les déclarations de Donald Trump pendant la campagne présidentielle, demandant notamment à Tokyo de contribuer davantage financièrement à l’alliance de sécurité scellée entre les deux pays, avaient suscité l’inquiétude dans l’archipel.

 

L’Union européenne espère poursuivre la coopération économique

 

Mais d’autres réactions sont beaucoup moins enjouées. C’est notamment le cas du président du Parlement européen, Martin Schulz. « La victoire de Donald Trump est univoque et doit être respectée. Je le félicite, lui et son parti, pour cette victoire », commence-t-il par affirmer avant d’ajouter : « M. Trump a réussi à devenir le réceptacle de la colère et des peurs de millions d’Américains. Ces inquiétudes doivent maintenant être adressées avec des politiques et des solutions crédibles ».

 

 

Même préoccupation pour la dirigeante britannique qui espère « maintenir » des liens forts avec les Etats-Unis. L’Allemagne s’inquiète elle d’une Amérique « moins prévisible ». Le ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier, s’attend à ce que Donald Trump soit tenté de décider seul et moins avec ses partenaires.

 

Le monde musulman s’inquiète

 

De son côtén le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a appelé Donald Trump à « respecter les accords » internationaux en ajoutant que « tout président des Etats-Unis doit comprendre les réalités du monde d’aujourd’hui ».

 

En Indonésie, pays à majorité musulmane, un responsable du Conseil des oulémas, première instance religieuse du pays, a estimé que la victoire de Donald Trump pourrait raviver des tensions entre les Etats-Unis et le monde musulman. Il a rappelé que celui -i avait tenu des propos « négatifs, cyniques » sur les musulmans, notamment sa proposition d’interdire aux musulmans d’entrer aux Etats-Unis.

Trump président : carte blanche à l’apprenti

 

ANALYSE. Donald Trump a emporté la victoire haut la main. Son programme est léger, sa promesse l’est moins : casser Washington.

 

C’est une victoire totale. L’apprenti arrive au pouvoir. C’est sa première élection et, contre toute attente, il l’emporte haut la main. En défiant l’establishment, Donald Trump emporte suffisamment de grands électeurs, mais il mène aussi en nombre de votes plus de 55 millions des voix. Les républicains ont également la majorité à la Chambre et au Sénat. Donald Trump a donc carte blanche pour diriger la première puissance mondiale.

 

 

 

Les marchés ont très mal réagi et les bourses asiatiques ont été les premières à dégringoler à la nouvelle . A quelle Amérique allons-nous avoir à faire ?

 

 

 

On sait que la victoire est celle d’une Amérique qui se sent laissée pour compte. Elle a privilégié un président qui symbolise la force, qui peut ériger des murs et « Make America Great Again ». Trump a gagné parce qu’il a su convaincre les ouvriers blancs de la « rust belt » et les retraités de Floride qu’il comprenait leur anxiété et ferait entendre leur voix. Il a percé le mur bleu, composé de ses Etats qui composent traditionnellement l’électorat démocrate.

 

Même le Wisconsin est tombé. Rien ne l’a arrêté : ni les petits candidats qui auraient pu le freiner, ni les latinos (les sondages hors des urnes montrent qu’il a progressé davantage que Mitt Romney auprès des hispaniques), ni ses propos sexistes, racistes ou tout simplement abrasifs.

 

 

 

Son programme est plus que léger : il se limite à bâtir un mur avec le Mexique, rejeter Obamacare réduire les impôts et investir 500 milliards de dollars dans les infrastructures. Sa promesse est bien plus lourde : casser Washington.

 

 

 

 

 

La moitié de l’Amérique et les chancelleries du monde entier inquiets

 

 

 

Et c’est ce qui inquiète au moins la moitié de l’Amérique et les chancelleries du monde entier. Sa campagne, faite à sa main, virulente et choquante, laisse augurer d’une diplomatie de boxeur. A la complexité des crises d’aujourd’hui (terrorisme, réfugiés…) quelle sera la réponse de l’Amérique ? Comment va se positionner la Fed, qu’adviendra la Cour Suprême avec les nominations du Président Trump ?

 

 

 

Les premiers mots de Trump ont été de réconciliation et il a promis de servir le peuple : Nous allons reconstruire notre nation et renouveler le rêve américain. Ceux qui ont été oubliés ne le seront plus. Et au soir de cette victoire qui ferme et scelle pour toujours l’héritage de huit ans d’Obama , l’apprenti président a même envisagé un deuxième mandat.   – Virginie Robert –

 

Les Echos