Togo: Vers la fin de la monarchie Eyadema ?

Après un règne cumulé d’un demi-siècle à la tête du Togo, la monarchie Eyadema montre des signes d’essoufflement. Rebutant les Togolais tout aussi pour cette longévité imméritée au pouvoir que pour l’approche cavalière et arrogante et les procédés antidémocratiques, le pouvoir togolais ne fait même plus peur. Ainsi, les populations ont massivement répondu à l’appel à la manifestation que l’opposition réunifiée pour la circonstance, avait émis dans une dizaine de villes du pays. Cristallisée dans les réformes constitutionnelles exigées par les opposants, la crise de confiance entre les autorités et les populations pourrait cependant très vite se muer en une révolution insurrectionnelle. C’est ainsi que parmi les mots d’ordre que clamaient les manifestants de ce mercredi, il y avait des appels à la démission de Faure Gnassimgbé, le président de la République qui succédait à son père il y a 12 ans. D’où l’intérêt de celui-ci et de son entourage à ne surtout pas chercher à jouer au  plus malin.

Des rues bondées de monde

Ce mercredi, les rues de Lomé la capitale, mais aussi de Sokodé, Dapaong et Kara, dans le nord du pays, étaient bondées d’une foule qui ne s’est point gênée de faire part de sa colère et de son ras-le-bol. Une foule difficilement chiffrable mais dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il était compacte. Répondant à l’appel des opposants, les Togolais sont donc sortis en masse, munis de pancartes et de banderoles en signe d’avertissement au pouvoir incarné par Faure Gnassimgbé. Faisant suite à celle du 19 août 2017 qui avait enregistré deux morts, la manifestation d’hier s’inscrit dans la dynamique de la pression que l’opposition exerce pour obtenir du pouvoir les révisions constitutionnelles qui, à leur tour, devraient enfin favoriser l’alternance dans ce pays. Très concrètement, les réformes souhaitées ont trait à la limitation du nombre de mandats présidentiels et au mode du scrutin. A l’image de ce qui prévaut dans la majorité des pays africains, les opposants veulent que le nombre des mandats du président de la République soit verrouillé à deux et que le mode de scrutin, pour sa part, soit celui à deux tours.

Attention aux manœuvres!

Sur le principe, le pouvoir togolais, plutôt réaliste, semble prêt à aller dans le sens des exigences de l’opposition. Toutefois, vu la crise de confiance entre les acteurs, les opposants redoutent de la part de Faure Gnassimgbé et de son camp, une manœuvre qui leur permettrait de jouer à la montre et de tirer le processus de réforme en longueur. Sauf que sur la base du rapport des forces en présence, une telle manœuvre serait plutôt contreproductive pour le pouvoir lui-même. En effet, vu le degré d’impopularité actuelle des autorités, une crise interminable a de fortes chances de déboucher sur une insurrection qui pourrait alors écourter le pouvoir actuel. D’autant que les velléités allant dans ce sens se sont clairement exprimées à la faveur de la manifestation d’hier. Des manifestants portés par l’ampleur de la mobilisation ont en effet laissé entendre que l’objectif était désormais la démission du président de la République. Dans un tel contexte, le pouvoir gagnerait à très vite tourner la page de cette parenthèse risquée. C’est dire que pour une fois, la ruse et la duperie, ingrédients classiques de ce type de bras de fer, risquent de ne pas être payantes. A bon entendeur salut.

Boubacar Sanso Barry  – Le Djely –

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