Le Tchad mobilise pour financer son Plan national de développement

 À Paris, Idriss Déby Itno et son gouvernement sont déterminés à séduire les bailleurs de fonds internationaux pour sortir l’économie tchadienne de l’ornière.

Le compte à rebours est lancé. Experts, conseillers et cadres du ministère tchadien de l’Économie enchaînent les rendez-vous en catimini dans la capitale française. Objectif : convaincre les bailleurs de fonds à l’approche de la table ronde qui doit se tenir du 6 au 8 septembre à Paris. Au cours de cette messe internationale, il sera question de présenter le Plan national de développement 2017-2021 (PND) adopté par le gouvernement le 7 juillet. « On essaie de jauger la tendance et on présente les avancées que nous avons faites pour rendre notre pays attrayant  », confie Amir Adoudou Artine, président de la Chambre de commerce, d’agriculture, d’industrie, des mines et de l’artisanat, sur le point de se rendre aux ateliers du Medef. Car le défi est immense pour ce pays d’Afrique centrale.

 

Mobiliser tous azimuts

Le Tchad espère mobiliser ses partenaires autour de plus de 300 projets regroupés en quatre axes : renforcer l’unité nationale et la bonne gouvernance, développer une économie diversifiée et compétitive, ainsi qu’améliorer la qualité de vie de la population tchadienne, selon le document que Le Point Afrique a pu consulter. «  Il est l’expression de la conviction que du développement économique et social dépendent la performance, la vitalité, le dynamisme de tous les secteurs-clés d’activité et surtout de la stabilité sociale  », résume dans un communiqué Nguéto Tiraïna Yambaye, ministre de l’Économie et de la Planification du développement.

Plus de 7 milliards de dollars à lever

L’objectif de cette rencontre est de lever plus de 3 710 milliards de francs CFA (soit environ 7 milliards dollars) pour un projet évalué à 5 538 milliards de francs CFA (soit un peu plus de 11 milliards de dollars). Le reste étant financé par les ressources propres de l’État et des financements extérieurs déjà acquis. « Nous sommes sereins, notre économie est la moins endettée du continent et nous avons du potentiel à valoriser », se targue Amir Adoudou Artine, précurseur du projet. Et de préciser : « Nous sommes sur le point de recenser toutes les inscriptions à la table ronde à Paris. »

Près de 400 partenaires sont attendus, contre 200 prévus, à en croire un cadre diplomatique. « Je ne m’explique pas cet engouement, c’est un défi à relever pour l’organisation », ironise cette même source. « Entre accepter de participer à la présentation du projet et avoir des promesses de financement, il y a un monde », nuance un autre expert proche du comité. « J’ai commencé à contacter certains partenaires, notamment la Banque mondiale, un fonds canadien privé et une agence française concernant les projets relatifs aux communes. Rien n’est arrêté, mais ils se positionnent », rétorque Mariam Djimet Ibet, maire de N’Djamena et membre du comité de l’événement.

Un moyen de lutter contre la crise économique

De fait, ce plan représente une bouffée d’air pour le Tchad, touché par une crise économique sans précédent imputée à la baisse des cours du pétrole et aux aléas climatiques. Les recettes ont baissé de 45 % en 2016, tandis que le déficit budgétaire affiche 274 millions de francs CFA (soit 411 millions de dollars), selon les estimations officielles. Impossible donc de financer entièrement les Objectifs du millénaire pour le développement auxquels le pays a souscrit sous l’égide des Nations unies. Pour y faire face, deux stratégies nationales de réduction de la pauvreté ont préalablement été mises en œuvre pour les périodes 2003-2011 et 2013-2015. Si la croissance s’est maintenue aux alentours de 5 %, l’émergence tarde en revanche à se faire ressentir.

« On ne peut pas dire que ces plans ont été satisfaisants, car beaucoup de choses sont restées en suspens », analyse Nestor Nodjitidjé Djimasra, professeur d’économie à l’université de N’Djamena. « Il était donc nécessaire d’avoir recours à un nouveau plan pour accéder à l’émergence d’ici 2030 et retrouver la croissance en passant par la diversification de notre économie », poursuit l’expert. Cependant, il attire l’attention du gouvernement et des partenaires quant à la gestion des fonds qui seront mobilisés. « Il faudrait que des garde-fous soient mis en place afin de garantir la bonne utilisation des sommes récoltées », avertit Nestor Nodjitidjé Djimasra.

 

Garde-fous

Cette crainte est partagée par certains membres de l’opposition et de la société civile tchadienne. « Cet argent éventuellement levé ne servira pas au développement du pays et à sa population », argue Mahamat Nour Ibedou, porte-parole de la plateforme citoyenne Ça suffit. « Idriss Déby a des parents et des proches dans toutes les institutions, l’argent ira dans leurs poches », déplore celui qui est également secrétaire général de la Convention de défense des droits de l’homme. Les détracteurs au projet « Tchad, vision 2030 » s’organisent pour dépêcher une délégation à Paris et tenir une contre-conférence à cette table ronde.

« Une partie du projet est consacrée à l’amélioration de la bonne gouvernance et de l’État de droit », rassure un expert proche du comité, avant de tempérer : « Mais, en coulisses, on sort les arguments pour convaincre les partenaires de la bonne utilisation des fonds qui sont gigantesques. Le Tchad veut montrer qu’il ne répétera pas les erreurs du passé. Est-ce que cela sera suffisant pour redonner confiance ? » Réponse dans quelques jours.

PAR Aurekie Bazzara  – Le Point Afrique –