Sierra Leone : un pays qui revient de loin

Après Ebola, le pays a bénéficié d’un bel élan économique que le gouvernement doit conjuguer avec un haut niveau de réformes structurelles.

Alors que la Sierra Leone se remet progressivement de la crise Ebola (épidémie qui a fait 3 600 morts), la croissance économique de ce pays anglophone, membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), devrait atteindre 4,3 %. Après une chute abyssale de 21,5 % en 2015, soit 29 % du PIB. Outre l’épidémie, le pays a été confronté au choc majeur de la perte des cours du minerai de fer (50 % des exportations) entre 2014 et 2015.

La croissance du PIB réel pourrait remonter à 5 % en 2017
Mais, depuis 2016, l’économie repart. « La reprise est là », attestent le gouvernement et les institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international. C’est le secteur des importations, avec de nouveaux projets d’investissement dans le secteur minier, qui a tiré l’économie du pays vers le haut. Notamment, « avec la reprise des opérations dans la mine de Tonkolili, le secteur du fer devrait profiter en 2017 du lancement de la production par la compagnie China Kingho Energy Group, qui avait signé un mémorandum d’accord avec le gouvernement pour 6 milliards de dollars d’investissement dans des projets d’infrastructures et miniers », analyse, pour sa part, la Coface dans un bulletin d’analyse.

Mais l’agriculture s’est aussi bien comportée. L’économie du pays dépend en grande partie de l’agriculture, qui « représente près de la moitié du PIB (46 % en 2008) et fournit environ 75 % de la population active (15-64 ans) dans le pays. La Sierra Leone compte 5,4 millions d’hectares (74 %) de terres potentiellement cultivables. Elle bénéficie d’un certain nombre d’avantages naturels enviables, car elle est située dans l’un des plus grands ports naturels du monde. Le gouvernement, après 2007, a augmenté la répartition budgétaire dans le secteur pour s’établir à 7,7 % en 2009, à un taux de 1,6 % moindre, rendant ainsi la productivité agricole très faible.

Autre symbole de la reprise, ou « frémissement », devrait-on plutôt observer : le secteur du tourisme. Dynamique et attirant un grand nombre de touristes (le nombre d’arrivées de touristes internationaux avait été multiplié par 2,5 entre 2007 et 2013) avant la flambée de la maladie à virus Ebola, ça pourrait repartir, à condition que les risques politiques soient évités, ainsi qu’une résurgence de l’épidémie sous contrôle.

Un point noir : les finances publiques
Les perspectives de croissance pour l’économie sierra-léonaise restent favorables alors que le gouvernement est actuellement confronté à d’énormes difficultés pour s’acquitter de ses obligations financières, telles que le paiement des salaires des travailleurs du secteur public et des partenaires privés qui dépendent de lui. Pour ce faire, le gouvernement du président Ernest Koroma a fait appel au Fonds monétaire international. L’institution a d’ailleurs approuvé un programme de facilité de crédit de 224,2 millions de dollars (199,4 millions d’euros) sur trois ans pour soutenir les efforts de développement du gouvernement dans la lutte contre l’inflation, les dépenses en infrastructures et le renforcement du filet de la sécurité sociale. L’institution a déjà autorisé un premier décaissement de 54,3 millions de dollars.

« Les réformes structurelles visant à améliorer la gouvernance et à améliorer l’environnement des affaires contribueront à accroître le soutien à la participation du secteur privé à l’économie et à promouvoir la diversification économique », écrit le FMI dans un communiqué après une visite de travail dans le pays. Selon lui, la Sierra Leone a montré une résilience remarquable pour surmonter les chocs jumelés de l’effondrement des exportations de minerai de fer et de l’épidémie de virus de l’Ebola.

Austérité à tous les étages
Mais il avertit le gouvernement : « le défi politique immédiat est de rétablir la discipline budgétaire, d’augmenter les réserves de change et de ramener l’économie dans une voie de croissance élevée, de progrès social et viser la stabilité macroéconomique. » En ligne de mire, le déficit qui a été plus élevé que prévu à 8,3 % du PIB. En raison de l’augmentation des opérations sur le marché secondaire pour financer le déficit, la base monétaire a augmenté plus rapidement au second semestre, ce qui a contribué à une forte augmentation de l’inflation.

Les mesures d’austérité se succèdent dans le pays, depuis novembre 2016. Le président a mis en place la suppression des subventions pétrolières qui garantissaient aux Sierra-Léonais les prix les plus bas de la sous-région. Il s’est ensuite attaqué aux dépenses publiques en ciblant le gouvernement, lui-même « interdiction des achats de fournitures de bureau et de voitures ou encore suppression des heures supplémentaires rémunérées. » Des mesures qui satisfairont les investisseurs et les institutions de Bretton Woods, telles que le FMI, mais elles, devraient peser sur les plus démunis.

 

PAR JOYCE EDIMO   -« Sierra Leone : un pays qui revient de loin »-  – Le Point Afrique –