Sur le Sénégal pèse la responsabilité de l’exemplarité démocratique en Afrique (par Cécile Kyenge, députée européenne)

Sous nos yeux, un peu partout dans le monde, se joue une dialectique souvent violente, qui met aux prises les dirigeants politiques et les exposants de la magistrature. Le Sénégal du Président Macky Sall est aussi pleinement engagé dans cette aventure, et doit, comme tous les autres Etats du monde, garantir une nette séparation des pouvoirs. C’est ainsi que le week-end dernier, en convoquant et en écrouant le Maire de Dakar, Khalifa Sall, le procureur sénégalais a renouvelé un défi interinstitutionnel qui a cours là-bas depuis un certain temps.

Contre Khalifa Sall sont formulées des reproches gravissimes : détournement de deniers publics, recel de deniers publics, escroquerie et association de malfaiteurs. Ce sont des chefs d’accusation qui donnent de l’homme publique une piètre et inquiétante image, comparable à celle des mafieux qui gouvernaient sous d’autres cieux moyennant la violence.

Le présumé innocent Khalifa Sall a donc été placé en détention provisoire à Rebeuss, c’est-à-dire qu’il a été incarcéré et ceci devrait lui empêcher d’exercer pleinement les fonctions de Maire pour lesquelles il a été élu. C’est ici le point sur lequel j’ai voulu concentré mon attention, car en ce moment, la volonté populaire dakaroise, exprimée dans et par les urnes, se trouve elle aussi incarcérée avec le Maire.
Certes, ce n’est pas parce que l’on est élu qu’on ne peut pas être mis en prison. Cependant, il est important pour la justice sénégalaise de ne pas succomber à la tentation de la visibilité, qui fait que l’on s’en prenne aux politiques les plus en vue, question de soulever le plus de poussière possible.

La politique de la reddition des comptes mise en marche au Sénégal est à encourager, parce que la gestion des affaires publiques doit être faite selon des standards étiques les plus élevés, donc la transparence constitue l’essence première. Mais la commission du ministère des finances qui a pointé du doigt la gestion du fond spécial de la Mairie de Dakar devrait nous élucider sur l’universalité de ses méthodes d’action, lesquelles sont naturellement soumises elles aussi aux exigences de transparence et d’impartialité. Si non que la sensation de voir cibler des adversaires politiques pour les livrer à la répression judiciaire risque de prendre le dessus, et légitimer d’avantage la réaction de Khalifa Sall qui lui, parle depuis lors d’une cabale judicaire.

Nul doute que la figure du Maire de Dakar est une figure importante de la politique sénégalaise, notamment de l’opposition nationale socialiste, qui manœuvre justement pour rentrer aux affaires, légitimement, après que d’autres organisations politiques aient légitimement gouverné le pays de Senghor eux-aussi. Dans cette affaire, ce qui étonne un tant soit peu, c’est le moment pré-électoral où la justice a choisi d’intervenir sur un personnage politique de premier plan comme Khalifa Sall, et le choix radical de procéder directement à son emprisonnement. Nous sommes tous conscient q’une telle décision ne va pas manquer de lui getter l’opprobre, et même en cas d’une sentence de non-lieu au bout de la procédure judiciaire qui viendra, souvent le mal est déjà fait. Sans vouloir syndiquer la décision du procureur de la république, l’on est en droit de se demander si l’inculpé ne pouvait pas se défendre tout en restant en liberté, jusqu’à la démonstration irréfutable des illicites commis, devant un juge au cours d’un procès équitable. Ce serait cela un juste comportement voué au garantisme judiciaire.

À la vue de la célérité avec laquelle Khalifa Sall a été incarcéré nonobstant ses fonctions de Maire de Dakar, il y a lieu de craindre que la justice sénégalaise se soit accommodée des méthodes obstructionnistes que certains tribunaux africains mettent en œuvre, à commandite, pour disqualifier des adversaires politiques des gouvernants en place pour l’heure.

C’est au nom de cette inquiétude que la communauté internationale appelle toutes les autorités sénégalaises compétentes à faire preuve de respect de l’État de droit et des principes fondamentaux de la démocratie. Démontrer la culpabilité de Khalifa Sall, dans de plus brefs délais, et procéder à la formulation d’une sentence en bonne et due forme, serait alors l’impératif à impartir à la Justice sénégalaise ; elle qui, en arrêtant Khalifa Sall, s’est posée un grand défi, celui de démontrer sa neutralité et son indépendance.

Il en va de la dignité de tout un pays, le Sénégal, qui doit rester un pays phare de la démocratie en Afrique francophone.

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