Sécurité, économie : le Burkina se construit son cercle vertueux

Appel à la vigilance des populations contre les terroristes, initiatives pour le financement de son programme de développement : le pays s’organise.

« Pour assurer convenablement nos tâches il nous faut consolider la paix et la sécurité pour tous. C’est le lieu de rappeler aux populations la nécessité de coopérer avec l’armée et les forces de sécurité et d’être plus vigilantes que par le passé pour dénoncer nos ennemis et permettre de mieux les traquer. »

 

Vigilance contre les djihadistes

Dans un contexte global marqué par des attaques djihadistes, le président Roch Marc Christian Kaboré a donc profité de son discours de fin d’année pour marquer la priorité sécuritaire du pays. S’exprimant à la télévision publique, le chef de l’État burkinabè a incité les populations « à faire corps » avec la « vaillante armée nationale » ainsi que « les forces de sécurité » qu’il faut « soutenir dans l’intérêt supérieur de la nation ».

 

Il faut dire que, depuis le début de l’année 2016, le Burkina Faso, longtemps épargné par les attaques terroristes, a été la cible de nombreuses agressions des groupes djihadistes. « La liste des attaques terroristes perpétrées à Ouagadougou, et à l’intérieur de nos frontières avec son corollaire de victimes et de blessés ont marqué profondément les familles des victimes, l’armée nationale, nos forces de sécurité », a-t-il précisé. Illustration de l’implication du Burkina dans la lutte internationale contre les djihadistes et pour la paix : partageant une large frontière avec le Mali et le Niger, il est le 11e pays contributeur de troupes au monde dans le cadre de missions onusiennes, avec plus de 1 740 hommes déployés contre l’insécurité au Mali.

 

Au-delà des questions de sécurité, l’un des enjeux dominants du Burkina se cristallise autour de son Programme national de développement économique et social (PNDES, 2016-2020) pour lequel une conférence des partenaires a été organisée à Paris les 7 et 8 décembre derniers. Pour rappel, le PNDES a été élaboré à l’issue d’un « processus participatif et inclusif », dit-on à Ouagadougou. Il se veut le cadre d’orientation du développement économique et social du Burkina Faso pour la période 2016-2020, fondé sur le programme présidentiel, la vision Burkina 2025 et les agendas internationaux de développement durable. Sur ce front, le pays des hommes intègres a enregistré des résultats encourageants quant au financement. De quoi se projeter de manière plus sereine dans la concrétisation de chantiers majeurs pour le pays.

 

Le PNDES, la réponse pour une croissance durable

Les raisons d’être confiant ne manquent pas pour le Burkina, qui a largement dépassé ses objectifs quant au financement de son programme. Ce sont en effet quelque 28 milliards d’euros (environ 18 500 milliards de francs CFA) que le pays est parvenu à mobiliser à Paris lors de sa conférence des partenaires organisée avec l’appui de la Banque mondiale. Si 350 personnes ont participé à la première journée, le 7 décembre, ce sont 800 investisseurs venus du monde entier qui ont suivi la deuxième journée. L’occasion de saluer la « pertinence » du programme et de réaffirmer leur « confiance » au Burkina.

 

Aussi les partenaires du secteur public ont-ils annoncé un montant de 12,2 milliards d’euros (soit 8 000 milliards de francs CFA) pour soutenir le PNDES là où le secteur privé et les opérateurs économiques ont jaugé les 80 projets structurants qui leur ont été présentés et pour lesquels ils ont annoncé des engagements d’un montant d’environ 16 milliards d’euros (soit 10 500 milliards de francs CFA). Les secteurs choisis : l’énergie, les infrastructures, les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

 

L’État burkinabè soutenu financièrement…

Il s’agit là d’une belle réponse à l’État burkinabè qui envisage de financer son programme à hauteur de 15 milliards d’euros sur un montant total de près de 23,5 milliards d’euros, soit 15 395 milliards de francs CFA. Ce sont donc 8,5 milliards d’euros, soit 5 570 milliards de francs CFA, de financement complémentaire qui étaient requis. De quoi comprendre les propos de Roch Marc Christian Kaboré lors de la cérémonie d’ouverture saluant la forte participation d’acteurs divers. « Votre mobilisation témoigne de l’engagement de la communauté des partenaires du Burkina Faso à soutenir continûment les efforts que déploie le gouvernement pour assurer un mieux-être aux populations burkinabè. Merci pour votre participation effective, signe de votre intérêt pour le développement de mon pays », a-t-il dit. Ce à quoi le Premier ministre Paul Kaba Thiéba a ajouté combien il avait « souhaité que cette conférence soit un cadre de partenariat, un cadre d’engagements réciproques afin de mettre le Burkina sur un sentier de croissance durable et fort ». Pour compléter l’édifice économique et social que le gouvernement souhaite construire, Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique a ajouté que « le groupe de la Banque mondiale, premier partenaire du Burkina, a mobilisé un financement de 3,8 milliards de dollars pour accompagner la mise en œuvre du plan national de développement. Ce montant exceptionnel est à la hauteur de l’ambition affichée par les autorités d’engager les réformes qui permettront de transformer l’économie et placer le pays sur une trajectoire de croissance inclusive, et créatrice d’emplois. »

 

De quoi traduire concrètement les objectifs du PNDES qui s’inscrit, sur les plans global et sectoriel, dans une dynamique de transformation structurelle de l’économie pour l’amélioration des conditions de vie des Burkinabè à travers « une croissance forte, inclusive et durable ». Faut-il le rappeler : l’objectif d’ici 2020 est d’atteindre un taux de croissance moyen de 7,7 % et de créer 50 000 emplois par an grâce à trois axes stratégiques : d’abord, la réforme des institutions et la modernisation de l’administration, ensuite, le développement du capital humain, enfin, la dynamisation des secteurs-porteurs pour l’économie et les emplois.

 

… et dans son approche à travers le PNDES

Il faut en tout cas croire que le Burkina a trouvé la recette pour convaincre si l’on se réfère au chapelet de déclarations faites par certaines personnalités présentes lors de la conférence des partenaires. « Le PNDES apporte les bonnes réponses aux défis immédiats et à plus long terme, sur les questions d’environnement ou d’urbanisation », a ainsi dit Matthias Fekl, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur de la promotion du Tourisme et des Français de l’étranger. Ce à quoi Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, a ajouté que « le Burkina Faso ne vient pas les mains vides mais avec un plan solide et crédible ». « Now more than ever, Burkina Faso is open for business » (plus que jamais, le Burkina est ouvert aux affaires), a de son côté précisé Andrew Young, ambassadeur des États-Unis au Burkina Faso. Quant à Marcel De Souza, président de la Commission de la Cédéao, il a souligné « l’effort remarquable de financement de la part du Burkina Faso » et indiqué combien il « reste convaincu que l’environnement des affaires est propice aux investissements ». « Le Burkina Faso devrait servir d’exemple aux autres pays de la sous-région. Il ne se présente pas en victime du réchauffement climatique et veut transformer les contraintes en opportunités », a, pour sa part déclaré Tosi Mpanu-Mpanu, administrateur du Fonds vert de l’ONU, alors que Metsi Makhetha, coordinatrice du Système Nations unies au Burkina Faso, a déclaré : « Pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, le Burkina Faso est choisi comme pays pilote pour “sustaining peace” (…) Le Burkina Faso a démontré sa capacité à protéger sa démocratie, sa capacité à vouloir créer les conditions afin que le PNDES soit mis en œuvre dans un cadre de dialogue social. C’est en cela que le terme de sustaining peace trouve sa raison d’être. »

 

Autant d’illustrations que le Burkina, au cœur du Sahel, semble en voie de bien faire passer le message d’un pays qui se met sur une orbite positive de sécurité et de croissance. Certes, il reste encore un long chemin à parcourir mais, au-delà de la volonté politique, la mobilisation de moyens pour un développement inclusif est un signe annonciateur de lendemains construits avec et pour les populations. N’est-ce pas là le début de l’émergence ?

Malick Diawara     –   Le Point Afrique –

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