Salvatore Rebecchini : « L’Afrique, une priorité pour Rome »

ENTRETIEN. Sous la pression migratatoire, l’Italie mise sur une diplomatie économique plus offensive vers l’Afrique. Explications avec le directeur de Simest.

On connaissait Ferrero le célèbre chocolatier, quatrième mondial, présents sur le continent en Afrique du Sud et au Cameroun notamment, d’ou il exporte son indispensable cacao. Il y a également Eni, présent sur l’ensemble de la chaîne pétrolière et gazière, la plus importante société italienne au regard de son chiffre d’affaires (115 milliards d’euros en 2013). Essentiellement implanté en Afrique du Nord, il opère également au Congo, Angola et Nigéria. Ou encore Iveco (acronyme de Industrial Vehicles Corporation), constructeur mondial, qui compte une filiale en Afrique du Sud. Mais à côté de ces multinationales, nombre de PME essaiment en Afrique. Parfois dans leur sillage, très souvent de leur propre fait. En toute discrétion. Et sur des niches, avec une véritable spécialisation donc. Et pour leur permettre de bénéficier davantage des opportunités que leur offre l’Afrique, Simest, la société financière dédiée à l’internationalisation des entreprises italiennes, les accompagne financièrement. Une stratégie déjà à l’œuvre sur le continent.

Discrets, les Italiens n’en sont pas moins présents en Afrique. Des multinationales mais également de plus en plus de PME. Et leur présence est amenée à croître, l’Afrique étant devenue une priorité pour Rome, qui cherche à limiter la pression migratoire en augmentant leur contribution au développement socio-économique dans les pays d’origine des migrants. Par ailleurs, des outils ont été mis en place pour accompagner l’internationalisation des sociétés italiennes. En Afrique en premier lieu. Sur le modèle de la stratégie chinoise en Afrique, les Italiens offrent, en plus de leur expertise, des financements, donc des solutions complètes. Cela grâce à trois institutions en particulier, l’Agence italienne du commerce extérieur, la Sace, l’agence de crédit à l’exportation ainsi que Simest, société financière dédiée à l’internationalisation des entreprises italiennes. Rencontre avec son directeur.
Le Point Afrique : Quel est le rôle de Simest, la société financière dédiée à l’internationalisation des entreprises italiennes ?

Salvatore Rebecchini : Simest est une société qui appartient à la Caisse de dépôts italiens, dont l’actionnaire est l’État, même si c’est une structure de droit privé. Nous accompagnons financièrement les entreprises italiennes qui investissent à l’étranger. Par la prise de participation minoritaire. L’objectif étant d’encourager l’internationalisation des entreprises italiennes à l’étranger, en Afrique en particulier, priorité des autorités nationales. On essaie de les amener à pénétrer des marchés pour lesquels ils n’auraient pas l’accès seuls.

Justement, dans quelle mesure l’Afrique est-elle une priorité aujourd’hui pour l’Italie, tant du plan de sa diplomatie que de son économie ? Jusqu’à présent, les Italiens étaient peu visibles en Afrique…

L’Afrique est une priorité pour les autorités italiennes, du point de vue de sa politique étrangère, dans la lutte contre l’immigration clandestine et en contribuant à promouvoir le développement économique par une plus grande coopération bilatérale. Simest s’inscrit dans cette démarche. Nous avons déjà opéré dans plusieurs pays africains, au Maghreb en particulier, mais aussi en Afrique australe, au Ghana. Nous venons de démarrer une petite coopération au Bénin…

Le modèle économique italien, composé en majorité de PME, intéresse tout particulièrement les Africains. Vous les accompagner également ?

Ce sont surtout des entreprises manufacturières, ciments de l’économie italienne, des PME pour l’essentiel. Elles sont à la fois la force et la faiblesse de l’économie italienne. Mais effectivement, du fait de leur taille elles ont une plus grande flexibilité qui s’adapte mieux aux besoins des pays africains aujourd’hui.

Concrètement, comment renforcez-vous la présence italienne en Afrique ?

Simest intervient, par la prise de participation minoritaire, dans des entreprises qui ont le savoir-faire mais souvent pas les moyens suffisants pour aller seules sur de nouveaux marchés. Si notre participation minoritaire ne se fait qu’avec des partenaires privés italiens, dans le financement du projet, on peut trouver un partenaire public, une banque de développement ou autre institution local.

Pouvez-vous nous donner un exemple récent d’une entreprise italienne accompagnée ainsi en Afrique ?

En 2016, nous avons acquis une participation dans un projet pour la production d’énergie hydroélectrique avec un partenaire italien en Ouganda.

Quels sont les pays, les secteurs que vous privilégiez ?

À notre avis, pour l’Afrique, il y a beaucoup de potentiel dans les secteurs de la transformation agroalimentaire et des énergies renouvelables, mais aussi dans le secteur manufacturier traditionnel.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

La priorité pour nous est de cibler les marchés avec un climat institutionnel et politique stable, en faveur des investissements provenant de l’étranger et avec des mesures pour favoriser l’attractivité des investisseurs. Ce qui manque souvent…

Pour conclure, qu’est-ce qui différencie l’offre italienne des autres partenaires étrangers en Afrique, de plus en plus nombreux (Chinois, Français, Turcs…) ? Le financement ?

Nos entreprises sont appréciées pour le fait qu’elles sont porteuses de créativité et de la qualité du savoir-faire italien, de l’esprit italien. En plus, elles sont très souvent leader dans leur domaine d’activité. Leur compétitivité n’est pas à démontrer. Avec l’accompagnement financier qu’on leur apporte, les Italiens ne peuvent en être que plus présents en Afrique.

 

Dounia Ben Mohamed  – Le Point Afrique  –

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