Ronke-Amoni Ogunsulire : « Le Burkina peut être un carrefour d’affaires »

ENTRETIEN. Représentante de la SFI pour le Burkina Faso, Ronke-Amoni Ogunsulire livre son regard sur la mise en œuvre du programme de développement de ce pays.

La Nigeriane Ronke-Amoni Ogunsulire est la représentante régionale de la Société financière internationale (SFI)* (en anglais IFC) au Burkina Faso, mais aussi au Ghana, au Niger et au Togo. Basée à Accra, elle a en charge les investissements et les services-conseils de cette structure de la Banque mondiale dans les pays cités. Titulaire d’un MBA en finances de l’université de Yale (États-Unis) ainsi que d’une maîtrise en études environnementales, Ronke-Amoni Ogunsulire est également titulaire d’une licence en ingénierie chimique et en ingénierie de l’université de Dartmouth, toujours aux États-Unis. C’est en 2002 qu’elle a rejoint la SFI. Avant d’être nommée représentante, elle était conseillère du vice-président exécutif et directrice générale de la SFI. Au moment où le Burkina est à un tournant important de son histoire tout court, mais aussi de son histoire économique, elle s’est confiée au Point Afrique.

Le Point Afrique : Quel regard posez-vous sur les défis que doit relever le Burkina Faso ?

 

Ronke-Amoni Ogunsulire : Les défis du développement du Burkina Faso sont ceux que le Programme national de développement économique et social (PNDES) a déjà identifiés. Il s’agit, entre autres, des difficultés d’accès au financement pour les PME, des questions liées à l’énergie, de la faiblesse des infrastructures et des emplois. Ces défis peuvent devenir des opportunités pour le secteur privé, d’autant que le Burkina Faso regorge de potentiel. La SFI entend s’appuyer sur ce potentiel pour soutenir le développement du Burkina Faso. Nous voyons des opportunités, notamment dans plusieurs secteurs : l’énergie – grâce au solaire – les mines, le secteur financier, l’immobilier commercial, l’agrobusiness, le bétail et l’hôtellerie. La formation professionnelle et la santé offrent également des opportunités intéressantes.

 

Les objectifs de la conférence de partenaires pour le financement du PNDES ont été atteints, voire dépassés. S’il y a un ou des pièges à éviter sur le chemin de la réalisation des chantiers du PNDES, quels seraient-ils ?

 

Comme le souligne le PNDES, le secteur privé jouera un rôle important pour accroître la croissance économique du Burkina Faso, et le gouvernement a enregistré plusieurs expressions d’intérêt, y compris du secteur privé national et international. Pour autant, l’action du gouvernement ne devrait pas se limiter à obtenir ces expressions d’intérêt. Pour que les investisseurs s’engagent effectivement au Burkina Faso, le gouvernement burkinabé doit les attirer en mettant en place un cadre propice. Il faut penser aux fondements qui attirent les investisseurs vers une économie. Un environnement des affaires transparent, prévisible et attractif est l’un de ces fondements. Il est rassurant de voir que le gouvernement burkinabé place l’amélioration de l’environnement des affaires au cœur de sa politique.

 

Comment la Société financière internationale accompagne-t-elle le Burkina Faso dans sa volonté de lutter contre la pauvreté, diversifier son économie, lutter contre le changement climatique et construire un développement durable ?

 

La SFI s’engage au Burkina Faso depuis 1975. Notre portefeuille actuel au Burkina Faso est d’environ 100 millions de dollars dans les secteurs des services financiers, de l’immobilier, des mines, de l’agrobusiness, de l’énergie et de la distribution. Dans le cadre de l’appui au PNDES, la SFI a annoncé qu’elle pourrait investir jusqu’à 800 millions de dollars au cours des cinq prochaines années au Burkina Faso. Cela dit, la SFI ne peut investir au Burkina Faso qu’en partenariat avec les entreprises privées. En conséquence, nous ne pourrons investir ces 800 millions de dollars que si des projets sont effectivement montés par les entreprises et éligibles pour le financement. Les interventions de la SFI couvriront un volet investissement et un volet d’assistance technique.

 

Dans le domaine de l’inclusion financière, la SFI soutiendra la mise en place d’un bureau d’information sur le crédit et mettra des lignes de crédit à disposition de banques locales pour accroître leur capacité de financer les PME dans des secteurs tels que l’agrobusiness et la finance numérique. Une priorité sera notamment accordée au financement des femmes.

 

Dans l’agro-industrie, nous allons contribuer à la création d’emplois – et en particulier pour les femmes et des jeunes – en soutenant le développement de certaines chaînes de valeur ainsi que l’industrialisation du pays, tel que les filières de la noix de cajou et des haricots verts.

 

Dans le domaine de l’énergie, la SFI veut soutenir le Burkina Faso pour améliorer l’accès à l’énergie, diversifier la production d’énergie, réduire les coûts et diminuer la dépendance vis-à-vis de l’importation. Nous mettrons un accent particulier sur les énergies renouvelables. Par exemple, la SFI est mandatée par Windiga Energy, un opérateur privé, afin de sécuriser le financement en dette du projet Zina Solaire qui générera 27 mégawatts.

 

 

La SFI va également engager son expertise pour le développement des infrastructures à travers des partenariats public-privé, qui sont une priorité du gouvernement. Ces PPP pourraient être mis en place dans des secteurs tels que la santé, les infrastructures de désenclavement, l’eau ou encore la fibre optique.

 

Enfin, il y a l’amélioration du climat des investissements. La SFI apporte déjà son assistance technique au Burkina Faso dans ce domaine depuis 2006. Nous continuerons de soutenir le gouvernement pour élaborer et mettre en œuvre les réformes qui rendront l’environnement des affaires plus attractif pour les PME et les investisseurs. Il faut noter que, dans le cadre de ces interventions, la SFI s’assurera que non seulement les projets mis en place sont financièrement rentables, mais qu’ils respectent aussi les normes et les standards environnementaux et sociaux tels que reconnus par elle-même.

 

Sur les fronts des nouvelles technologies, de l’entreprise et de la jeunesse, quel est l’apport de la SFI au Burkina Faso ?

 

Pour ce qui est des TIC, la SFI compte soutenir l’investissement dans la fibre optique. Nos interventions pour améliorer le climat des affaires et l’accès au financement, ainsi que l’appui à l’agrobusiness, visent à encourager le développement de l’entrepreneuriat, et donc la création d’emplois décents, y compris pour les jeunes.

 

Pouvez-vous nous dire les raisons pour lesquelles il est possible aujourd’hui de croire dans l’avenir du Burkina Faso ?

 

Plusieurs raisons sous-tendent l’idée que l’on peut croire en l’avenir du Burkina Faso. D’abord, la croissance économique du Burkina est stable. Le pays a connu une croissance moyenne au-dessus de 6 % dans les années 2000. Certes, celle-ci a été réduite à 4 % en 2014 et 2015, mais les projections sur le moyen terme de l’ordre de 5, 4 % en moyenne assurent la relance économique. Ensuite, il y a que le gouvernement met le secteur privé au cœur de sa stratégie de développement et apparaît être disposé à mettre en place les conditions pour attirer des investissements privés dans l’économie burkinabée. Cette disponibilité à continuer d’améliorer l’environnement des affaires est un atout, quand on sait que le Burkina Faso a déjà figuré parmi les meilleurs réformateurs dans le rapport Doing Business. En outre, il y a la situation géographique du Burkina – qui partage des frontières avec six pays – qui peut en faire un carrefour d’affaires en Afrique de l’Ouest. Enfin, le Burkina dispose  d’un potentiel humain exceptionnel. Le peuple burkinabé croit en l’État de droit et a démontré qu’il est capable de prendre son destin en main. Cette volonté a permis de réussir la transition politique et explique aujourd’hui la forte exigence de redevabilité vis-à-vis des autorités.

 

 

* La Société financière internationale (SFI) est membre du Groupe de la Banque mondiale. Elle est la plus importante institution internationale d’aide au développement au service du secteur privé dans les pays émergents. Forte de ses 60 années d’expérience, la SFI travaille avec plus de 2 000 entreprises dans le monde pour créer des opportunités là où elles font défaut. Au cours de l’année fiscale 2016, la SFI a consacré près de 19 milliards de dollars d’investissements à long terme et mobilisé son capital, son expertise et son influence pour accroître la capacité du secteur privé à participer aux efforts mondiaux de lutte contre la pauvreté et pour plus de prospérité partagée.

PROPOS RECUEILLIS PAR Malick Diawara – Le Point Afrique