Roland Ratsiraka :  « Les redevances handicapent la destination Madagascar »

La haute saison touristique bat son plein, aussi bien au niveau international que national. La destination Madagascar reprend du poil de la bête, comme en témoignent les chiffres en hausse en 2016. Mais les efforts du ministère du Tourisme sont hypothéqués par le coût exorbitant des redevances. Le point avec Roland Ratsiraka, ministre du Tourisme.

• On parle beaucoup de la réussite du «Mada­gascar promotion Tour», mais on oublie d’évoquer ce qui se passe dans le pays. Comment va le tourisme intérieur ?

- En effet, la promotion de la destination Madagascar réussit. On a enregistré près de deux cent quarante quatre mille touristes étrangers en 2015. Deux cent quatre vingt treize mille en 2016, soit une augmentation de 20%, et on passera sûrement le cap des trois cent mille cette année.  C’est un exploit, vu qu’après la crise politique de 2009, le chiffre de trois cent soixante quinze mille de l’année 2008 est tombé à cent soixante mille. En 2014-2015 par exemple, soixante mille Français sont venus alors que d’habitude, ils n’étaient pas moins de cent soixante mille, soit cent mille de moins. Mais on a remonté la pente, et je peux dire que la situation va mieux.

 

• Qu’est-ce qui a contribué à cette nette évolution ?

- C’est surtout la suppression des droits de visa pour les croisiéristes qui a fait augmenter les chiffres. C’est une demande que mon département a effectuée auprès du ministère des Finances et du budget en 2016. Beaucoup de touristes ont évité de venir à Madagascar, en raison de ce droit de visa, ce qui a quelque peu handicapé la destination Iles Vanille, Maurice, Seychelles, La Réunion. La venue des croisiéristes, faisant le tour des îles de l’océan Indien, notamment à Morondava, a grandement contribué au développement du tourisme. Quarante mille touristes de plus sont venus, suite à cette mesure. Les différentes
rencontres internationales telles que le sommet de la Francophonie, ou le cham­pionnat du monde de Pétanque vers la fin de l’année 2016 n’ont pas amené tellement de touristes, seulement quelque quinze mille au grand maximum. Ce sont les road show dans diverses capitales du monde qui ont boosté la destination Madagascar.

 

• Et le tourisme à l’intérieur du pays ?
- On ne parle pas souvent du tourisme intérieur en effet, mais je suis en mesure de confirmer que les Malgaches voyagent et contribuent au développement du tourisme intérieur. Dernièrement, j’ai pris la route pour rejoindre Mahajanga, au départ de la capitale. J’aperçois des cars de touristes, des taxis-brousse et des véhicules particuliers en mouvement vers la capitale de la région Boeny. Je ne parle pas du monde qu’il y a à Mahajanga, surtout le soir. On me rapporte également des déplacements importants du côté de Foulpointe et Mahambo, malgré le mauvais état des routes et le mauvais temps. Beaucoup rejoignent également la région Menabe et la région Sud-ouest, longeant la route nationale 9 reliant Toliara à Morombe. Les voyages de groupe arrangent beaucoup de vacanciers, afin de profiter des périodes de vacances à moindre coût. Les établissements hôteliers sont presque de 90 à 100% de taux de remplissage.

• Cent cinquante mille vacanciers ont rejoint Mahajanga depuis le mois de Juillet. Beaucoup dorment dans les voitures, sur les plages. Comment résoudre le problème ?
- Jusqu’ici, la commune et les autorités locales arrivent tant bien que mal à gérer la situation en proposant des lieux d’hébergement. Je reconnais que ce n’est pas encore assez, car même toute la capacité d’accueil de tout le pays ne dépasse pas soixante mille chambres. Les opérateurs et autres offices régionaux d’autres localités doivent proposer des destinations intéressantes autres que Mahajanga. Les opérateurs de Mahajanga s’activent pour attirer d’autres cibles que les touristes nationaux. Nous nous attelons actuellement à une politique de promotion des investissements dans le tourisme. Les opérateurs déjà en activité, ainsi que ceux qui sont intéressés sont sollicités à investir dans les infrastructures d’accueil.

« Nous nous attelons actuellement à une politique de promotion des investissements dans le tourisme. »

• Comment y parvenir financièrement ?
- Mon département est en train d’analyser des  possibilités de partenariats avec les banques, afin que celles-ci proposent des prêts à taux réduit qui permettront aux opérateurs de niveau moyen de construire par exemple deux à trois bungalows de plus par an. Ce sont les infrastructures d’accueil qui manquent, car c’est désolant de voir des vacanciers cuire le riz par terre, à défaut d’endroit adéquat pour le faire.

• Outre ces incitations à investir, que proposez-vous pour mener le tourisme intérieur à la qualité ?
- Pousser le tourisme durable et le tourisme communautaire. Travailler plus et mieux avec les collectivités, et pour gérer le flux, et pour éduquer les touristes nationaux. Éduquer dans le sens où  il faut leur faire comprendre que voyager se prépare. Les éduquer à respecter l’environnement. Je dénonce les exploitations abusives dans les parcs nationaux perpétrées par des gens haut-placés, et qui détruisent l’environnement et le paysage qu’on essaie de faire connaître au reste du monde. Le ministère du Tourisme avance également dans la labellisation des infrastructures durables et des repas bio.  Et enfin, exploiter au mieux les réalités locales. Je vous donne quelques exemples d’actions qu’on peut entreprendre à court terme pour le tourisme durable. Créer des aires de repos aux alentours du pont Kamoro, nouvellement construit par exemple, pour faciliter les prises de photos et autres.  Créer des circuits touristiques dans les zones d’exploitation aurifère de Maevatanàna. Des actions qui n’attendent pas toujours forcément le ministère du Tourisme.

 

• Quelque part, Mada­gascar est victime de sa renommée, et doit bien gérer le développement du tourisme. Cela demande la participation effective d’autres départements et entités. Où en êtes-vous dans les lobbyings ?

- Les touristes étrangers et nationaux exigent d’abord la sécurité. La première impression pour les touristes étrangers est ce qu’ils ressentent à l’aéroport. Des travaux sont en chantier dans le réaménagement de nos aéroports. C’est déjà une bonne chose. Par contre, il est ennuyeux d’apprendre que des touristes ont été refoulés à la frontière pour des raisons insignifiantes. Les touristes sont trop fouillés à l’arrivée. Ce sont ceux qui sortent qui sont à craindre de peur d’emmener or, tortues et autres. On demande  également plus de collaboration de la part des agents de la douane et de la police des frontières, pour éviter les vols de bagages et d’argent dans les aéroports. Les redevances perçues aux aéroports de la capitale et de Nosy be sont déjà un fait, auquel je n’adhère pas trop, mais le processus est déjà lancé. 100 euros de redevances aéroportuaires en effet sont beaucoup pour un billet qui a coûté 198 euros par exemple, alors que Madagascar est déjà l’une des destinations les plus chères au monde. La construction des routes et l’assurance de la disponibilité en énergie sont primordiales pour faire venir les touristes, et pour faire aimer le paysage du pays par nos concitoyens. Mon département déploie beaucoup d’efforts dans la collaboration avec les autres départements. L’aboutis­sement du partenariat Air Madagascar- Air Austral contribuera bien sûr à la bonne marche de toutes les stratégies de développement du tourisme à Mada­gascar.

Propos recueillis par Mirana Ihariliva   – L’express de Madagascar  –