Révision constitutionnelle au Bénin: une belle « gifle démocratique » pour Talon

Inédit sur le continent africain, le président Patrice Talon a proposé de modifier la Constitution pour introduire le mandat unique. L’Assemblée nationale met son véto.

Le Bénin, une démocratie qui marche ! Voir le laboratoire de la démocratie en Afrique ! Assurément (pourrait-on se réjouir) si l’on en croit le texte de modification de la loi sur lequel planchent les députés béninois depuis ce 24 mars. En substance, ici il n’est pas question de modifier la Constitution pour donner plus de pouvoir au président ni pour proroger indéfiniment son bail, mais bien au contraire, il s’agit de ramener l’exercice du pouvoir présidentiel à une durée de six ans non renouvelable. Inédit.

Loin de faire l’unanimité, le projet fait même polémique. Déjà à l’ouverture de la 7e session de l’Assemblée nationale, soixante-trois élus présents ont décidé de rejeter l’examen en procédure d’urgence de la révision de la constitution telle que proposée par le président de la République. C’était donc à la commission des lois de l’examiner et de le soumettre à la plénière dès que possible. Après avoir produit un premier rapport sur la prise en considération du projet et un second sur le fond de la question.
Mais il n’a pas fallu attendre bien longtemps, avant que ce mardi 4 avril, le Parlement béninois refuse d’examiner le projet de révision de la Constitution. Cette fois, 60 députés ont voté en faveur de l’étude du texte, 22 contre et 1 s’est abstenu, alors que la majorité des trois quarts était exigée. La séance plénière, qui a duré toute la journée de mardi, a été l’objet de vifs débats entre les députés, et a été interrompue à deux reprises.

Comment s’explique ce premier revers, alors que le chef de l’État se dit prêt à aller jusqu’au bout ?

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Patrice talon persiste et signe
S’adressant à la nation dans un discours télévisé le jeudi 23 mars, le président Patrice Talon a dit l’urgence pour les députés de se plonger sans plus tarder dans ce débat. Il s’appuie pour cela sur la Constitution, qui lui permet de saisir « l’Assemblée nationale en session extraordinaire » afin de statuer sur le projet de révision de la loi fondamentale, qui prévoit notamment un mandat présidentiel unique.

En effet, le nouveau projet de Constitution était l’une des promesses de campagne du candidat Patrice Talon, ancien homme d’affaires et roi du coton, vainqueur de l’élection présidentielle du 20 mars 2016 au Bénin avec plus de 65 % des voix. Les textes prévoient aussi « une discrimination positive en faveur des femmes » dans le monde politique, un financement public des partis, mais également la mise en place d’un « mandat présidentiel unique », une mesure historique sur le continent africain et qui suscite la controverse.

« C’est une gifle ! »
« C’est un échec pour le gouvernement, une gifle », a confié un député à l’AFP, sous couvert d’anonymat. « Voilà un problème de réglé », a soupiré quant à lui, le président du Parlement à l’issue du vote tard dans la soirée. Le président Patrice Talon, qui porte cette réforme, avait décidé de faire approuver le texte par l’Assemblée nationale, où il dispose d’un fort soutien, plutôt que d’organiser un référendum, comme il l’avait promis l’an dernier à son arrivée au pouvoir.

Le fait de ne pas soumettre la réforme au vote populaire, l’opacité des textes, et l’idée d’un mandat présidentiel unique ont également suscité de vives protestations dans le petit pays d’Afrique de l’Ouest, considéré comme calme et démocratique. « Il s’agit d’une victoire pour le peuple béninois », exulte Léonce Houngbadji, président du PLP (Parti pour la libération du peuple), un parti d’opposition, qui a mené une campagne active contre le vote de cette loi. Joint par l’AFP, il a assuré que « la veille (sur le texte) sera maintenue » et ses partisans garderont « la pression sur les députés ».

La semaine dernière, le ministre de la Défense Candide Armand-Marie Azannai, fort soutien du président jusque-là, a démissionné, justifiant sa décision par le contexte social et économique tendu. Avant de parvenir à ce vote, les députés ont eu de chaudes empoignades après des déclarations de l’une d’entre eux, Rosine Vieyra Soglo, qui déclarait que « tous les députés ont reçu de l’argent pour voter » en faveur du projet.
Ses collègues ont regretté cette accusation, invitant la députée de l’opposition et ex-première dame à présenter des « excuses publiques », qualifiant ses propos de « surprenants et outrageux ».

 

JOSÉPHINE JOHNSON (AVEC AFP)  – Le Point Afrique –

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