Le renvoi du directeur du FBI sème la tempête à Washington

Donald Trump a surpris l’Amérique en limogeant mardi 9 mai James Comey, directeur du FBI, mettant en cause sa gestion de l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton.
Les adversaires du président dénoncent une tentative visant à empêcher toute enquête sur les liens entre la Maison-Blanche et Moscou.
Le 8 novembre dernier, au soir de l’élection présidentielle, de nombreux électeurs républicains ont cru au retour de leur héros, Ronald Reagan. Avec son style peu conventionnel, défendant haut les couleurs de l’Amérique du travail et pourfendant les élites, Donald Trump s’inscrivait dans la droite ligne de l’acteur devenu chef de l’État en s’adressant aux cols-bleus du pays.

Pourtant, c’est aujourd’hui le spectre d’un autre président républicain qui hante la Maison-Blanche : le limogeage surprise du directeur du FBI James Comey mardi a rappelé les heures agitées des années Nixon. « Jamais depuis le Watergate un président n’avait destitué une personne conduisant une enquête le concernant, réagissait le New York Times. La décision de Donald Trump fait immédiatement penser au « Saturday Night Massacre » d’octobre 1973, quand le président Richard Nixon a ordonné le renvoi d’Archibald Cox, le procureur spécial qui menait l’enquête sur un soi-disant cambriolage de troisième catégorie qui allait finalement conduire Nixon à sa perte ».

La gestion de l’enquête des e-mails d’Hillary Clinton

Dans un mémorandum publié mardi pour justifier cette décision, le ministère de la justice souligne les erreurs commises par James Comey au cours de l’enquête sur les e-mails d’Hillary Clinton. Il aurait ainsi outrepassé son autorité en annonçant publiquement, en juillet 2016, que le dossier ne méritait pas des poursuites judiciaires, une décision du ressort du ministre de la justice. Le courrier adressé au Congrès trois mois plus tard, à dix jours du scrutin présidentiel, pour informer les élus de la réouverture de l’enquête, était lui aussi, avance le ministère, contraire aux pratiques du FBI, habitué à plus de discrétion.

« Si j’ai apprécié que vous m’ayez informé, en trois occasions distinctes, du fait que je ne faisais pas l’objet d’une enquête, je suis cependant d’accord avec l’analyse du ministère de la Justice selon laquelle vous n’êtes pas capable de diriger de manière efficace le Bureau », écrit Donald Trump dans un courrier adressé à James Comey pour l’informer de son renvoi immédiat.

 

Un limogeage pour « étouffer » l’affaire russe ?

 

Mais alors, s’interroge l’Amérique, si les faits sont anciens et bien connus… pourquoi avoir pris cette décision maintenant ? « Donald Trump était furieux que James Comey révèle, fin mars, lors d’une audition publique au Congrès, qu’une enquête était en cours sur les liens entre son équipe de campagne et la Russie, explique Vincent Michelot, professeur de civilisation américaine à Sciences-Po Lyon. Il n’avait plus confiance en lui, il était donc décidé à agir. De récentes approximations de James Comey lors d’une nouvelle audition devant les élus lui ont fourni l’opportunité attendue ».

Sans attendre, l’opposition, dénonçant une manœuvre politique, a exigé des garanties sur le dossier russe. « Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous faites une grave erreur », a déclaré le chef de file de l’opposition démocrate du Sénat, Chuck Schumer lors d’une conférence de presse au Capitole. L’élu de New York a appelé à la nomination d’un magistrat indépendant pour mener l’enquête visant Moscou, jugeant que les Américains étaient en droit de soupçonner que ce limogeage constituait une tentative d’« étouffer » l’affaire.

 

 

Des dossiers brûlants qui s’accumulent à Washington

 

Les appels en ce sens, déjà, se multiplient. Même les alliés du président ont du mal à dissimuler leurs états d’âme. Le chef de la puissante commission du renseignement du Sénat, Richard Burr, s’est ainsi déclaré « troublé ». Élu du Congrès, où il représente le Michigan, Justin Amash a qualifié la lettre présidentielle de « bizarre » et annoncé vouloir « créer une commission indépendante sur la Russie ».

Alors même que les dossiers brûlants s’accumulent à la Maison-Blanche (réforme de la santé, vote du budget, crise nord-coréenne…), c’est donc une violente tempête qui gronde à Washington. Une tempête menaçante. « Elle risque d’engloutir l’énergie et le capital politique de l’administration, estime Vincent Michelot. Le président aura bien du mal à refuser la nomination d’un procureur indépendant ». Avec les risques qu’une telle décision comporte : l’un des derniers procureurs indépendants s’appelait Kenneth Starr et avait poussé Bill Clinton au bord de la destitution.

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► James Comey et l’affaire des e-mails

4 septembre 2013. Barack Obama nomme James Comey, un républicain, à la tête du FBI.

2 mars 2015. Le New York Times révèle qu’Hillary Clinton a utilisé un serveur privé quand elle dirigeait le Département d’État.

4 août 2015. La presse révèle que le FBI enquête sur les e-mails de la candidate démocrate.

5 juillet 2016. James Comey conclut que le dossier ne justifie pas des poursuites contre Hillary Clinton.

28 octobre 2016. Dans une lettre aux élus du Congrès, le directeur du FBI les informe que de nouveaux e-mails ont été trouvés et qu’ils justifient la réouverture de l’enquête.

5 novembre 2016. James Comey innocente de nouveau Hillary Clinton

8 novembre 2016. Donald Trump remporte l’élection présidentielle.

Gilles Biassette   –  La Croix –

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