Réformes constitutionnelles en Mauritanie : Abdel Aziz devrait travailler à sortir par la grande porte

17Rarement, une révision constitutionnelle a déjà  fait l’objet de consensus, en Afrique. Car, très souvent, l’opinion nationale, à tort ou à raison, soupçonne le régime en place d’avancer masqué, canif dans la poche, pour in fine rouler tout le monde dans la farine. On l’a vu au Burkina Faso où Blaise Compaoré, alors président, avait ouvert un vaste chantier de réformes politiques, avec pour seul objectif de modifier l’article 37 de la Constitution pour s’éterniser au pouvoir. La suite, on la connaît ! Très récemment, on a aussi assisté à de véritables empoignades sur fond de dribles politiques entre l’opposition et le pouvoir d’Allassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire, qui tenait à son projet de révision constitutionnelle finalement adopté par voie référendaire en fin octobre 2016. On peut multiplier les exemples à travers le continent. C’est, du reste, le cas actuellement de la Mauritanie où annoncée, il y a bientôt un an, la réforme constitutionnelle n’en finit pas de provoquer des remous sociaux, si elle ne met pas à mal la cohésion sociale. Car l’opposition réunie au sein du Forum national pour l’unité de la démocratie (FNUD), est vent debout contre ces réformes en cours et dénonce une volonté du pouvoir d’opérer un passage en force. Pour se faire entendre, elle a battu le macadam, le 11 mars dernier, à Nouakchott pour exiger la prise en compte de ses desiderata. Or, a priori, quand on examine les modifications proposées comme la suppression du Sénat, de la Haute cour de justice, et le Haut conseil islamique, on se demande parfois si l’opposition n’en fait pas trop en ruant dans les brancards dans la mesure où cela pourrait contribuer à la réduction de certaines dépenses de l’Etat. Soit, mais en politique, rien n’est fait au hasard. Tout semble bien calculé ou préparé à l’avance dans les officines.

Abdel Aziz doit éviter de céder aux sirènes des Raspoutine

Car, s’il est vrai que Abdel Aziz n’a pas officiellement inscrit la modification du nombre ou de la durée du mandat présidentiel à l’ordre du jour, il n’en demeure pas moins que l’homme a quelque chose derrière les idées. La preuve est qu’une fois la révision constitutionnelle actée, la Mauritanie passera à une nouvelle République avec tout ce que cela comporte. Les pendules seront, en effet, remises à zéro. Ce qui veut dire qu’Abdel Aziz pourra briguer un nouveau mandat. Du reste, certains de ses ministres avaient déjà annoncé la couleur en n’excluant pas la possibilité, pour le chef de l’Etat, de rester dans les starting-blocks lors de la présidentielle prochaine. Voyez-vous ? A malin, malin et demi. L’opposition mauritanienne sait de quoi elle parle. Elle ne veut pas cautionner une forfaiture pour après s’entendre dire, non sans acrimonie, que l’ensemble de la classe politique avait approuvé la modification constitutionnelle. Cela dit, Abdel Aziz va-t-il se laisser aller à la tentation du pouvoir à vie ? Rien n’est moins sûr quand on sait que le pouvoir change l’homme. C’est ce qui explique qu’ils sont nombreux les chefs d’Etat africains qui, au départ, étaient présentés comme des parangons de la vertu, et qui, aujourd’hui, ont enfilé le costume de dictateurs. En tout état de cause, quant à Abdel Aziz, on attend de lui un sursaut patriotique. Il devrait travailler à sortir par la grande porte. Et pour y parvenir, il doit éviter de céder aux sirènes des Raspoutine qui, en réalité, ne cherchent qu’à protéger leurs propres intérêts.

Boundi Ouoba      –  Le Pays  –