Rèforme constitutionnelle en Mauritanie : L’obstination suspecte d’Abdel Aziz

Après avoir essuyé l’affront des sénateurs qui ont « osé » retoquer son projet de réforme constitutionnelle, le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, comme on pouvait s’y attendre, a décidé de mener l’ultime combat : aller au peuple. En effet, pour se venger de cette résistance du Sénat, il n’a pas hésité à annoncer lors de sa sortie médiatique, le 22 mars dernier, qu’il entend user de l’article 38 de la Constitution qui dispose que : « Le Président de la République peut, sur toute question d’importance nationale, saisir le peuple par voie de référendum. » On voit bien que l’artifice juridique est tout trouvé par le natif d’Akjoujt pour tenter de sauver l’honneur. Quand on sait que cette option référendaire avait été le vœu pieux des partis politiques de l’opposition et des mouvements de jeunesse depuis que ce débat de réformes constitutionnelles s’est posé en 2016, il est à se demander ce qui explique cette obstination, pour le moins suspecte, de la part du président Abdel Aziz, après cette gifle humiliante du Sénat dont le président, Mohsen Ould El-hadji, aurait déjà, selon des médias, pris la poudre d’escampette. En son temps, les thuriféraires du pouvoir avaient avancé l’argument de la conjoncture économique difficile pour imposer la voie parlementaire (Assemblée nationale et Sénat). Ce qui avait amené le Forum national pour l’unité et la démocratie (FNUD) regroupant les partis d’opposition radicale, à ruer dans les brancards et à battre le pavé pour dénoncer une tentative de passage en force pour modifier la Constitution, parce que les deux chambres du parlement sont dominées par l’Union pour la république (UPR), parti au pouvoir. Il est important de rappeler que c’est le président mauritanien lui-même qui avait annoncé à grand renfort de publicité, au sortir du dialogue national inclusif en octobre 2016, tout de même boycotté par le FNDU, que ces amendements de la loi fondamentale qui portent sur la suppression du Sénat, de la Haute Cour de justice, du Médiateur de la République, du Haut conseil islamique et sur les changements du drapeau national et de l’hymne national, devraient être soumis au référendum populaire, avant de se raviser. Alors, au-delà du fait que ce rétropédalage, après s’être heurté au mur sénatorial, pose un problème d’éthique politique, il pourrait bien cacher un funeste projet d’ambition personnelle.

Il n’y a pas de fumée sans feu

Les points de réformes de la loi fondamentale porteraient sur la sacralisation du mandat présidentiel ou sur le renforcement de la répression contre l’esclavage que le président Abdel Aziz se serait illustré comme un chantre de la démocratie, dans ce continent africain qui en a assez de ces satrapes qui s’agrippent au pouvoir en tripatouillant sans cesse la Constitution. Certes, aucun des aspects de ces modifications de la Constitution n’a trait à la limitation des mandats. Mais, toutes choses étant égales par ailleurs, il y a lieu de s’inquiéter de cette volonté de l’homme fort de la Mauritanie à opérer coûte que coûte ces changements constitutionnels, d’autant que c’est par petites touches que certains des despotes africains ont pu construire leur pouvoir à vie. A première vue, le contenu de ce projet de réforme devrait permettre d’alléger l’architecture institutionnelle de la Mauritanie, dans le contexte de récession économique qui est le sien. Mais s’il suscite autant de remous, c’est qu’il y a anguille sous roche. Il n’y a pas de fumée sans feu, dit-on. En tout cas, si le président Abdel Aziz ne voyait, à travers ces amendements constitutionnels, que les intérêts de son peuple qu’il dit pris en otage par seulement 33 personnes en référence au nombre des sénateurs qui les ont rejetés, il abandonnerait son projet de réformes. Par contre, s’il n’a aucune arrière-pensée et qu’il tient seulement à laver son honneur à travers la tenue de ce référendum constitutionnel, il pourrait donner des gages qu’il ne se représentera plus, à l’image du président ivoirien, Alassane Ouattara, qui a dû d’abord faire le serment de ne pas déverrouiller la clause limitative du mandat présidentiel afin d’obtenir l’adhésion de son peuple à la nouvelle Constitution. A deux ans de la fin de son deuxième et dernier mandat présidentiel, s’il garde toujours un silence de carpe sur son avenir politique, il ne donne pas d’autre choix à la classe politique, notamment à l’opposition, que de le soupçonner de tout. Ce qui est certain, cette volonté du président Abdel Aziz d’aller au référendum, va raviver les tensions sociopolitiques. Nul besoin de dire qu’Abdel Aziz ne va manquer de faire l’impossible pour éviter une deuxième raclée.

Drissa TRAORE

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