La recette marocaine du développement durable

Depuis quelques années, le Maroc a multiplié les projets à consonance écologique – parcs éoliens et solaires, mise à niveau des décharges, recours à la biomasse… Et Rabat vient d’adopter une stratégie nationale de développement durable (SNDD). De quoi rester en tête de file des pays champions en énergies renouvelables.

Cette stratégie nationale de développement durable (SNDD), qui devrait démarrer en 2017 et se déployer jusqu’en 2030, couvre notamment la gouvernance, l’économie verte, la valorisation des ressources et la conservation de la biodiversité ou encore la promotion de la culture du développement durable.

 

L’économie verte est l’un des axes majeurs de cette stratégie, qui ne compte pas moins de 7 enjeux, 31 sous-thématiques, 131 objectifs… En cas de respect des axes définis, la SNDD vise sur une contribution à terme de 4 % du PIB, la création de 25.000 emplois ou un gain de 2 % en compétitivité pour les opérateurs économiques.

 

Sur ce dernier point, le Conseil national de l’environnement (CNE) parie sur la valorisation économique du développement durable. Cela passe par l’abandon des subventions gouvernementales, la réforme des politiques qui touchent l’économie verte, l’adoption de nouvelles mesures incitatives ou le renforcement de l’infrastructure des marchés et des mécanismes économiques. Sans oublier la réorientation de l’investissement public et l’intégration effective de l’économie verte dans les marchés publics.

 

Cela devrait se traduire par une conciliation entre la modernisation du secteur agricole et les exigences du développement durable, notamment en matière de gestion d’eau pour atteindre une économie de 2 milliards de mètres cubes – le déficit d’eau annoncé est de 5 milliards de m3 à l’horizon 2030. S’y ajoutent la valorisation des déchets agricoles, une meilleure gestion des sols ou encore l’adaptation des cultures au changement climatique. Au niveau du secteur halieutique, la SNDD passera dans un premier temps par le renforcement de la gouvernance du secteur, via l’amélioration du cadre législatif, et une reconstitution des stocks des espèces actuellement exploitées. La mise en place de cette stratégie a été rendue possible par l’implémentation réussie de solutions de développement durable sur le terrain.

 

Solaire : le miracle Noor

Composée de 500.000 plaques réfléchissantes incurvées, réparties en 800 rangées, pour composer les 160 MW de capacité installée, la station solaire Noor, située à Ouarzazate (130 km au sud-est de Marrakech) devrait fournir du courant électrique à plus de 700.000 foyers via la technologie thermosolaire à capteurs cylindro-paraboliques. Un chantier pharaonique qui a nécessité un investissement global de 634 millions d’euros, financé essentiellement par des canaux multilatéraux.

 

Le marché du développement et d’exploitation du site a été remporté par un consortium mené par le groupe saoudien International Company for Water and Power (Acwa Power). Le groupement comprend aussi les compagnies espagnoles Aries Ingenieria y Sistemas et TSK Electronica y Electricidad. Un contrat d’exploitation fondé sur le modèle BOOT (Build, Own, Operate and Transfer) a été établi avec la société de projet Acwa Power Ouarzazate (75% Acwa Power et 25% Masen Capital) pour une durée de vingt-cinq ans. L’électricité produite sera revendue pour près de dix centimes d’euro/ kWh au client final, l’Office national d’eau et d’électricité. Le développement de la station Noor est prévu en trois autres phases, dont deux sont déjà en cours d’exécution. À terme, l’objectif est d’atteindre une capacité minimale de 500 MW de puissance installée. Noor Ouarzazate est une composante essentielle de la stratégie solaire du Royaume, lancée en 2009. Celle-ci vise une puissance agrégée de 2.000 MW à l’horizon 2020, pour un investissement global estimé à 9 milliards de dollars. Une ambition qui a été récemment revue à la hausse pour atteindre quelque 5.000 MW d’ici à 2030.

 

Éolien : objectif 1.720 MW

Les premiers parcs éoliens au Maroc ont vu le jour il y a dix ans, dans le nord du pays, pour alimenter le complexe industriel de la filiale marocaine du cimentier Lafarge. Un projet qui sera par la suite dupliqué un peu partout dans le royaume. Rabat compte développer une capacité totale de 1.720 MW de nouveaux parcs éoliens à l’horizon 2020, dont 720 MW sont en cours de développement à Tarfaya (300 MW), Akhfenir (200 MW), Bab El Oued (50 MW), Haouma (50 MW) et Jbel-Sendouq Khalladi (120 MW). Le Projet marocain intégré de l’énergie éolienne devrait s’étaler sur une période de dix ans pour un investissement total estimé à 31,5 milliards de dirhams (2,91 milliards d’euros), qui permettra au pays de porter la puissance électrique installée, d’origine éolienne, de 280 MW en 2010 à 2.000 MW à l’horizon 2020.

 

Un programme ambitieux qui vise à porter la part de l’énergie éolienne à 14 % de la capacité électrique totale, pour atteindre une capacité de production annuelle de 6.600 GWh, correspondant à 26 % de la production électrique actuelle. Ce qui permettrait au Maroc d’économiser 1,5 million de tonnes de pétrole/an, soit 750 millions de dollars, et pourrait éviter l’émission de 5,6 millions de tonnes de CO2 par an.

 

Biocarburants : l’impératif économique

Les unités industrielles marocaines ont de plus en plus recours aux carburants alternatifs, notamment les cimentiers, l’industrie automobile ou encore les unités parachimiques. Le recours à ces sources alternatives d’énergie répond plus à un impératif économique, vu qu’il réduit la dépendance des industriels au pétrole, avec un apport calorifique qui passe de 100 à 40 dollars/tonne. Là où certains comme les aciéristes, briquetiers et cimentiers privilégient les déchets reconvertis en combustibles (RDF), le site marocain de Renault a opté pour sa part pour la biomasse, à base de noyaux d’olives, pour alimenter ses chaudières. La filiale marocaine de la multinationale Unilever a quant à elle choisi un mix entre ces différentes techniques, en généralisant la réutilisation des eaux usées, le recyclage et compostage des déchets non dangereux, réutilisés comme carburant ou revendus à d’autres opérateurs industriels.

Amine Ater   – La Tribune –