RDC : l’opposition s’organise, la communauté internationale reste silencieuse

Une semaine après les violentes répressions d’une manifestation pacifique à Kinshasa, les opposants au régime répressif de Joseph Kabila, Moïse Katumbi, le favori de la présidentielle, et Sindika Dokolo, le gendre du président de l’Angola, ont joint leurs forces pour faire triompher l’alternance politique.

La situation en RDC pourrait être une caricature : celle de l’ambition folle d’un monarque africain des années 80. Hélas, nous sommes en 2017 et Joseph Kabila ne semble pas avoir retenu les leçons de l’Histoire congolaise. Accroché au pouvoir depuis 2015 par des moyens aussi flous qu’illégaux (citons entre autres, report des élections présidentielles, procès politiques contre son opposant principal Moïse Katumbi ou encore fermeture des réseaux sociaux), Joseph Kabila se démène pour conserver sa mainmise sur la République Démocratique du Congo, au grand dam de ses citoyens.

La semaine dernière, le lundi 7 août, des actes de violence ont ainsi éclaté à Kinshasa lors d’une manifestation pacifique des opposants contre le régime kabiliste. Le bilan était lourd pour le gouvernement. 12 personnes tuées : « des balles perdues » selon le porte-parole de la police nationale. Hélas, le chiffre des opposants est autrement différent, et pas moins de 65 morts ont été dénombrés dans différents quartiers de la ville. Ces violences, loin d’effrayer la société civile congolaise, semblent plutôt l’avoir réveillée.

Moïse Katumbi et Sindika Dokolo : les deux visages de l’opposition

Moïse Katumbi et Sindika Dokolo sont deux opposants au régime qui n’ont pas mâché leurs mots sur le maintien illégal de Joseph Kabila au pouvoir.

L’un est l’homme politique le plus populaire du pays, l’autre, gendre du président angolais José Eduardo dos Santo, se décrit simplement comme « un citoyen énervé par les promesses non tenues ». L’un lutte farouchement depuis 2015 pour obtenir des élections présidentielles en RDC, l’autre s’est récemment lancé dans un mouvement citoyen, « Debout les Congolais », qui attire la société civile malgré les restrictions qui touchent Internet et les réseaux sociaux depuis le début de la semaine.

L’un comme l’autre ont pourtant été condamnés par la justice congolaise dans un procès politique, conséquence de leurs critiques véhémentes face au régime de Kabila.

Dans le cas de Moïse Katumbi, l’enquête des évêques catholiques, puissante force politique au Congo reconnue pour sa neutralité, a même évoqué une « mascarade judiciaire » dont le but était de frapper d’inéligibilité le candidat Katumbi, soutenu par les forces d’opposition du pays.

Mais les deux hommes se connaissent et se respectent : Sindika Kodolo disait au journal Politico.CD avoir « beaucoup d’admiration » pour Moïse Katumbi, précisant qu’organiser des élections sans Moïse Katumbi serait « inconcevable ».

Une opposition soudée face à l’attentisme international

A mesure que la répression du mouvement se fait de plus en plus forte, l’opposition se soude autour d’une volonté commune. « L’union autour de l’article 64.1 nous rend plus forts. Serment est fait devant notre peuple qu’il n’y aura ni 3e dialogue, ni extension du mandat de Mr Kabila après 2017 », disait le 3 juillet Sindika Dokolo sur sa page Facebook à l’issue d’une rencontre entre Moïse Katumbi, Félix Tshisekedi et Salomon Eskadela.

Les choses ne sont pas différentes aujourd’hui, avec un Moïse Katumbi qui s’apprête à rentrer en RDC malgré les dangers, avec le soutien de l’ONU qui refuse pourtant de lui donner une véritable protection.

De fait, la communauté internationale semble terriblement attentiste et tarde à prendre des mesures sérieuses contre le président illégitime Joseph Kabila.

Malgré l’assassinat de deux experts de l’ONU en charge de faire la lumière sur les incidents au Kasaï.

Malgré les morts lors de la journée de manifestation pacifique à Kinshasa.

Malgré les restrictions des libertés et des moyens de communication.

Alors certes, les avoirs des hauts gradés du régime ont bien été gelés à l’international, mais ceux du clan Kabila restent intacts.

Aucune condamnation forte n’a été prononcée alors qu’il semble de plus en plus évident que l’élection présidentielle sera repoussée à nouveau, sur fond de modification de la constitution.

Ne serait-il pas temps que, après la société congolaise, la communauté internationale elle aussi se réveille ?

par AmadouMb  –  Agoravox.fr    –