RDC : L’improbable dissolution de la BIAC

Placée sous administration provisoire, la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC) est confrontée à d’énormes difficultés. Depuis quelques mois, la banque manque de liquidités et les clients se retirent. Une plainte avait même été déposée au parquet général de la RDC contre ses dirigeants par la Banque centrale, le 31 mai dernier. À la suite d’une assemblée générale tenue le 11 octobre dernier, le président du Tribunal du commerce de Kinshasa a décidé de dissoudre volontairement la BIAC.

 

Depuis le 30 mai 2016, la BIAC, l’une des institutions bancaires du pays, a été placée sous gestion du Comité d’administration provisoire de la Banque centrale du Congo.

 

Ce comité avait pour mission notamment de présenter un plan de redressement de la BIAC dont les actifs devaient être rachetés par des repreneurs tout en apportant des solutions garantissant les retraits journaliers réclamés par les épargnants.

 

À ce jour, selon nos sources, ni la Banque centrale du Congo ni même son comité mentionné ci-dessus n’ont présenté aux actionnaires un quelconque repreneur fiable.

 

C’est dans ce contexte que lors de l’Assemblée générale extraordinaire, tenue le 11 octobre 2016 à Kinshasa, à laquelle avaient pris part les trois directeurs de la Banque centrale de la RDC, de même que tous les membres du Comité d’administration provisoire et quelques cadres de la BIAC aux côtés des actionnaires présents ou représentés, plusieurs obstacles furent relevés par l’actionnaire principal qui ne lui permettent pas d’assumer son rôle, et notamment celui de la recherche d’un repreneur, nous indique notre source.

 

C’est ainsi que l’Assemblée générale extraordinaire, à l’unanimité, a souhaité que ces obstacles soient levés afin de permettre à l’actionnaire principal de participer activement aux efforts visant à redresser la BIAC.

 

Le procès-verbal de ladite assemblée générale extraordinaire avait par la suite été transmis à toutes les autorités compétentes, mais force est de constater qu’aucune suite favorable n’a été apportée à cette préoccupation légitime. Pendant ce temps, le Comité d’administration provisoire poursuit de manière active la vente des actifs et creuse la dette de la banque auprès de la Banque centrale du Congo. Aujourd’hui, cet endettement n’a servi qu’à principalement rembourser les grands comptes de la Banque et son fonctionnement. Ce surendettement auprès de la Banque centrale du Congo, qui avoisinerait 85 milliards de francs congolais, creuse un écart inquiétant entre les actifs et le passif du patrimoine de la BIAC. Cela compromet aussi bien les droits des déposants, du personnel, des fournisseurs que des actionnaires. Et si la situation perdurait en ce sens, une liquidation forcée ne garantirait pas les intérêts des déposants, du personnel, des fournisseurs et des actionnaires.

 

Les éléments catalyseurs de la faillite de la BIAC

 

 

Selon les éléments en notre possession, il est clairement établi que deux facteurs seraient à la base de la crise qui secoue à rude épreuve la troisième banque commerciale de la RDC. Primo, les prêts non remboursés notamment par le secteur public affectant 30% du portefeuille. Secundo, les crédits et le non-respect de la gestion prudentielle seraient à la base de la crise que traverse la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC). C’est dans cette optique que la banque a appelé le gouvernement de la RDC pour solliciter auprès de la Banque centrale du Congo (BCC) une ligne de refinancement au regard des garanties de l’État accordées sur ces dettes publiques. Entretemps, la Banque centrale a enjoint à la BIAC le changement du comité de direction et l’accélération de la mise en œuvre du plan de redressement. Cette phase trouble laissait planer un spectre de faillite qui fut balayé d’un revers de la main par les dirigeants de la BIAC en affirmant avec grandiloquence que la banque n’était pas en faillite. L’un des dirigeants de l’établissement renchérissait même en déclarant qu’il ne s’agissait que d’une difficulté opérationnelle passagère d’autant plus que ses fondamentaux sont encore solides avec un volume d’activité et une clientèle en croissance continue.

 

Au regard de tout ce qui précède, et sans nul doute après avoir tiré les leçons des expériences passées sur les liquidations forcées des banques au Congo et ne souscrivant nullement aux actions décrites ci-dessus, les actionnaires réunis en Assemblée générale extraordinaire convoquée et présidée par un mandataire ad hoc désigné par le président du Tribunal du commerce de Kinshasa/Gombe ont décidé de dissoudre volontairement la BIAC et de désigner un liquidateur chargé de désintéresser tous les créanciers sous la supervision et le contrôle, en toute transparence, de la Banque centrale.

Cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe auprès des clients dont les retraits étaient circonscrits à un montant préfixé. Ce que tout le monde craignait est enfin arrivé, laisse entendre un client épargnant de la banque.

 

RODRIGUE FÉNELON MASSALA   – Les Afriques –

Une pensée sur “RDC : L’improbable dissolution de la BIAC

  • 11 novembre 2016 à 17 h 23 min
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