Rapport de l’UE : la riposte de Bongo face une communauté internationale qui se dérobe

Deux jours après la présentation du rapport accablant mais modéré de la mission de l’UE de l’élection présidentielle au Gabon, le Palais du bord de mer a riposté (tardivement!) aux anomalies soulevées. Ragaillardi par la modération du rapport, le pouvoir gabonais a été conforté dans son assise devant une communauté internationale qui a opéré une impressionnante reculade devant ses exigences des premières heures de la réélection contestée d’Ali Bongo.

L’encre du  rapport présenté, le 12 décembre dernier par la Mission d’observation électorale de l’UE au Gabon (MOE) a été dilué dans la modération. D’un côté, il pointe des « anomalies » accablantes et l’opacité du processus électoral qui a conduit à la réélection contestée mais actée d’Ali Bongo Ondimba. Mais l’équipe européenne présidée par l’eurodéputée bulgare Mariya Gabriel, s’est montrée remarquablement modérée comparée à ses déclarations au lendemain du scrutin.

Riposte du pouvoir

Annoncée pour le 7 décembre puis repoussée par le pouvoir gabonais, la présentation du rapport de la MOE n’a guère inquiété le Palais du bord de mer à Libreville. Mieux, il l’a conforté et sa riposte cinglante ne s’est pas faite attendre. Après Jean Ping, le candidat malheureux à la présidentielle du 27 août 2016, c’est le ministre gabonais de la communication, Alain Claude Bilie Bye Nze qui est monté au créneau pour servir son bagout en guise de réponse du pouvoir au rapport européen.

 

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D’un revers de la main, ce porte-parole du Palais de Libreville essuie les accusations d’opacité. « Il n’y avait pas opacité, il y avait refus justifié par le fait que tel n’était pas l’accord avec la Cenap [Commission électorale nationale permanente, ndlr] donc refus que les observateurs assistent aux opérations de dépouillement ».

Osant même l’ironie à l’encontre de l’opposant qui se réclame toujours être le « président élu » du Gabon, le ministre de la Communication, signale que « nulle part dans ce rapport il n’est écrit que Jean Ping est président élu au Gabon », non sans lui demander de prêter serment et devenir président si « ça peut lui faire du bien ».

Résignation de la communauté internationale, une reconnaissance de fait de la réélection de Bongo

Une latitude que peut se permettre le pouvoir gabonais devant l’impressionnante reculade de la communauté internationale qui visiblement a mis de l’eau dans son vin à l’encontre du déroulement de la présidentielle du 27 août. Pire, elle semble avoir validé le quitus de la réélection contestée d’Ali Bongo sans aucune autre forme de réclamation ou de sanction que les recommandations du rapport désormais tournées vers les « prochaines échéances électorales ». Pour cette communauté internationale, pas de retour en arrière donc ni de contestation de la « victoire » désormais actée d’Ali Bongo.

Et pourtant, en remontant le cours des événements jusqu’au lendemain de la présidentielle du 27 août 2016, les mises en doutes ont succédé aux exigences de recomptage des suffrages. Mais trois mois après, ces injonctions et déclarations de circonstances ont laissé place à une acclamation entérinée d’Ali Bongo sur le fauteuil présidentiel du Palais du bord de mer.

Retournement de veste

Ainsi les « sérieux doutes » de Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères sur la légitimité de la victoire de Bongo, ont fondu comme neige au soleil. Au plus fort de la crise post-électorale consécutive à l’annonce des résultats, John Kerry pour les Etats-Unis, Federica Mogherini pour l’Union européenne, ne voyaient d’autre voie que celle d’un recomptage des voix « bureau de vote par bureau de vote ». Plus maintenant !

Même Manuel Valls, le premier ministre français d’alors qui doutait de la première élection d’Ali Bongo en 2009 a opéré un spectaculaire retournement de veste. « Le Gabon a un président. Et le seul souhait que nous pouvons émettre, c’est qu’il y ait un dialogue, une réconciliation », s’est résolu Manuel Valls depuis Abidjan en octobre dernier. Un appel du pied au pouvoir gabonais de se conforter en place, bientôt suivi par les capitales des grandes déclarations truffées de subtilités diplomatiques tout comme l’étonnante modération du rapport du 12 décembre.

Pour Jean Ping, ce rapport est encore une preuve qu’il est le « président élu » du Gabon. Mais, lâché par ses soutiens ou par des membres de sa coalition qui ont répondu aux sirènes de l’appel présidentiel à un dialogue politique, l’ex-beau frère d’Ali Bongo prêche sa cause dans le désert. Candidat malheureux à la présidentielle de 2016, il n’a plus que ses yeux pour pleurer sur les épaules d’une communauté internationale qui constate dans la résignation, une réélection contestée !

 Par Ibrahima Bayo Jr.     – La Tribune –