Racisme en Tunisie : Jusqu’où peut-on aller dans l’intolérance ?

Parler de racisme en Tunisie est devenue monnaie courante. Le phénomène n’est pas nouveau en soi mais il suscite pas mal de questions. D’où nous vient cette intolérance à l’égard d’une personne de couleur ? Pourquoi certaines personnes manifestent-elles autant de haine ? A quand une prise de conscience réelle ?
Répondre à ces questions revêt une importance capitale pour dénoncer l’insoutenable. Et pourtant, ce calvaire est vécu au quotidien par des  personnes  de couleur, vivant en Tunisie et dont une importante minorité de Noirs y vivent.
Racisme envers les Noirs: Une réalité occultée !
Les étudiants subsahariens en Tunisie endurent chaque jour des discriminations tant en actes qu’en paroles. Des discriminations qui passent souvent « inaperçues » comme les « agressions » et « les tentatives de viol ».
La dernière agression remonte à samedi dernier où trois Congolais (deux filles et un garçon) ont été agressés à l’arme blanche par un Tunisien dans la capitale, au niveau du quartier du Passage. Une agression qui aurait pu très mal finir… mais par miracle, le jeune homme s’en est sorti indemne avec une légère blessure au bras droit. Alors que pour les deux filles l’inévitable s’est produit. La première, admise en réanimation, ne devrait pas tarder à sortir, tandis que la troisième, grièvement blessée, est dans le coma, touchée au cou et au visage.
Indignée par ce genre de traitements racistes, l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie a même édité un communiqué dénonçant cette discrimination, en appelant tous les étudiants et stagiaires africains à un rassemblement hier sur l’Avenue Habib Bourguiba.
Ce rassemblement était une occasion pour les étudiants subsahariens d’exprimer leur désarroi face à cette souffrance vécue au quotidien. Plusieurs Tunisiens s’y sont même mêlés pour condamner eux aussi ces conduites indignes qui n’ont aucun lien avec notre religion, qui nous a inculqué le respect d’autrui et l’esprit de tolérance.
En octobre dernier, une autre facette du racisme anti-noir a aussi enflammé les réseaux sociaux où une jeune fille s’est fait insulter en pleine rue à cause de sa couleur de peau.
A quand le débat ?
On assiste chaque jour à des débats télévisés en tous genres sur tout et n’importe quoi.  Et pourtant le racisme n’en fait pas partie. N’a-t-il pas sa place dans ces plateaux ? N’est-il pas important de le soulever, de le dénoncer.
Toutes ces personnes qui en sont victimes n’ont–elles pas le droit de clamer leurs droits dans une société censée accorder une importance capitale à la vie en communauté, à l’hospitalité, et au sens du partage?
Il est temps que cette situation cesse! Dans un pays qui a fait une révolution, se vantant d’avoir tiré partie en termes de liberté et de dignité, en revendiquant inlassablement les droits de l’Homme.
Il est aujourd’hui indécent pour nous Tunisiens, de voir aujourd’hui de tels actes racistes se perpétrer à l’orée de l’année 2017. L’africanité fait partie de notre identité et nous nous retrouvons encore à  protester là-dessus pour faire entendre raison.
Il est temps de changer la donne en acceptant nos différences car contrairement à ce que pensent certains « Ce n’est pas la couleur de notre peau qui nous rend différents, c’est la couleur de nos pensées ». Alors arrêtons de nous voiler la face et soyons tolérants envers les autres, car au fond « On a tous le même sang, même si la couleur change. On finit tous pareils, on tend la main aux anges ».
Des mesures drastiques à engager en urgence 
Face à cette situation critique, la réponse du gouvernement d’union nationale était rapide et ferme. Chose que l’on doit saluer. De ce fait, à l’occasion de la journée nationale contre la discrimination raciale, le Chef du gouvernement Youssef Chahed a appelé à l’examen « en urgence » par le Parlement d’un projet de loi criminalisant le racisme,  et ce au lendemain d’une manifestation d’étudiants africains dénonçant d’innombrables agressions  faites à leur encontre.
Chahed a demandé à ce que les députés en débattent impérativement, insistant sur l’importance de lancer des campagnes de sensibilisation pour dissuader quiconque de recourir à la violence. Selon le chef du gouvernement, il est capital que le sujet soit discuté à la lumière du jour car «la discrimination raciale constitue une atteinte aux droits de l’Homme», a-t-il souligné.
C’est dans cet ordre d’idées que Medhi Ben Gharbia, ministre chargé des Droits de l’Homme, a aussi appelé à rompre le silence en invoquant le changement des mentalités. La volonté politique est donc bel et bien là, en somme. Ne mettons pas en doute l’engagement pris par le gouvernement d’union nationale. À présent, ce sera au législateur de jouer son rôle afin d’étudier la proposition de loi relative à la criminalisation des actes racistes.
Un beau tableau commence à se dessiner, mais il ne sera, malheureusement, pas achevé, tant qu’un changement radical dans les consciences ne soit opéré. Non, ce ne sont pas 11 millions de Tunisiens qui sont « malades ». Il s’agit d’une (triste) minorité qui n’a eu de cesse de stigmatiser et de fustiger tous les étrangers, quels qu’ils soient, Noirs ou autres. De ce fait, il serait dommage de placer tout le monde dans le même sac, car les esprits sains existent en Tunisie et c’est grâce à eux que le pays tient encore debout, malgré tout ce qui l’a accablé. L’espoir demeure, mais le chemin est encore long et parsemé d’embûches.
Amira Gordah