Proche-Orient/ John Kerry : la colonisation met «en péril la solution de paix à deux Etats»

A quelques jours de la transition politique aux Etats-Unis, le secrétaire d’Etat américain John Kerry vient de prononcer un discours en forme de testament politique de l’administration Obama sur le dossier israélo-palestinien. Un discours pour remettre les pendules à l’heure après le vote de la semaine dernière et pour réaffirmer les principes d’un règlement de paix sur la base de deux Etats pour deux peuples.

 

« Les amis doivent se dire la vérité et se doivent le respect mutuel », a dit John Kerry en réponse à l’avalanche de critiques israéliennes survenues depuis la semaine dernière lorsque les Etats-Unis ont décidé de ne pas utiliser leur véto et de laisser passer à l’ONU une résolution contre la colonisation israélienne des territoires palestiniens.

« Il s’agissait de préserver la solution à deux Etats », a assuré le secrétaire d’Etat américain qui rappelle que l’administration Obama a été l’administration américaine la plus engagée pour la sécurité d’Israël, y compris financièrement.

Jérusalem comme capitale de deux Etats

Le secrétaire d’Etat américain a eu des mots très forts pour critiquer la politique de colonisation menée par la coalition la plus à droite de l’histoire d’Israël. Avec la colonisation « la solution de paix à deux Etats est en péril », affirme Kerry, et si Israël choisit de faire durer l’occupation et de privilégier une solution à un Etat unique, alors Israël pourra être « un Etat juif ou un Etat démocratique mais pas les deux » prévient John Kerry.

Le chef de la diplomatie américaine a ensuite énuméré les principes permettant d’envisager un accord de paix israélo-palestinien. Des paramètres déjà bien connus : les frontières de 1967 comme base de négociation, Jérusalem comme capitale des deux Etats ou encore une solution juste à la question des réfugiés palestiniens.

John Kerry l’a cependant reconnu, la prochaine administration américaine, celle de Donald Trump, semble vouloir prendre un chemin différent. En réaction, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a dénoncé le discours « biaisé » de Kerry.

Discours de Kerry sur le processus de paix: les réactions en Israël et Palestine

Le discours testamentaire de John Kerry, mercredi 28 décembre 2016 à Washington, sur le processus de paix au Proche-Orient, n’a pas tardé à provoquer des réactions. Benyamin Netanyahu, Premier ministre israélien, a dénoncé une prise de position biaisée. Mais du côté des dirigeants palestiniens, les mots du secrétaire d’Etat américain sortant ont été perçus positivement, puisque cette déclaration allait dans le sens de leur revendication en vue d’une reprise des négociations.

Condamnation de la colonisation israélienne ; réaffirmation d’une solution à deux Etats ; proposition de Jérusalem comme double capitale des deux Etats israélien et palestinien… John Kerry a repris mercredi dans son discours bon nombre des revendications brandies par les Palestiniens.

Résultat : une joute oratoire entre le Premier ministre israélien et le chef de la diplomatie américaine. Les propos de John Kerry constituent une « grande déception », affirme Benyamin Netanyahu. « Ils traitent selon lui de manière obsessive de la question des implantations, plutôt que de s’occuper de la racine du conflit », dit-il.

« Tenez bon Israël, le 20 janvier approche à grands pas ! »

Le chef du gouvernement israélien se dit étonné de la teneur des propos de John Kerry : « Le Proche-Orient est en flamme. Des pays entiers disparaissent. Le terrorisme se déchaîne. Et pendant une heure complète, le secrétaire d’Etat attaque le seul pays démocratique de la région, qui préserve la stabilité au Proche-Orient. »

Israël attend maintenant l’entrée en fonctions du nouveau président américain, qui a clairement pris ses distances avec les positions avancées récemment par l’administration Obama finissante. M. Netanyahu vient de retweeter le soutien de Donald Trump, qui invite Jérusalem à la patience : « Tenez bon Israël, le 20 janvier approche à grands pas ! »

Ce discours, le « coup de poignard final » de M. Obama ?

Quant à l’aile droite de la coalition israélienne, elle proclame que John Kerry a finalement raison dans son analyse, arrivant à la conclusion suivante : pas question d’Etat palestinien. Enfin, de son côté, la gauche israélienne apporte un soutien réservé aux propos du secrétaire d’Etat américain, comme le relate notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

Du côté de la presse, l’éditorialiste de Yediot Aharonot évoque le requiem du rêve du secrétaire d’Etat : l’idée de la solution à deux Etats est bien morte. Et Haaretz qualifie les propos de M. Kerry de discours pro-sioniste arrivant avec trois ans de retard. On souligne aussi dans la presse le contraste entre deux Amériques, celles d’Obama et de Trump, un éditorialiste n’hésitant pas à parler de « coup de poignard final » de l’administration sortante.

« Nous avons compris qu’il soutenait la solution à deux Etats »

Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres, et après le discours de M. Kerry, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s’est déclaré prêt à reprendre les négociations si le gouvernement israélien cesse la colonisation des Territoires occupés, relate notre correspondante à Ramallah, Marine Vlahovic.

Les Palestiniens saluent ce qu’ils perçoivent à juste titre comme un baroud d’honneur. Xavier Abu Eid, porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine, explique : « John Kerry a été dur avec l’occupation israélienne. Il a parlé en tant qu’ami d’Israël, et il l’a dit clairement, mais nous avons compris que son intention est de soutenir la solution à deux Etats. »

Reprise des négociations conditionnée à l’arrêt des implantations

« C’est, comme il l’a dit, un intérêt national pour les Etats-Unis, ajoute le porte-parole de l’OLP. C’est important, non seulement pour la prochaine administration américaine, mais aussi pour le monde entier, de comprendre que la paix entre les Israéliens et les Palestiniens s’établira avec la fin de l’occupation, l’établissement de deux Etats et le respect des droits des Palestiniens selon les standards des lois internationales. »

  1. Abbas rappelé qu’il est prêt à reprendre les négociations de paix « à la minute où le gouvernement israélien cessera la colonisation» dans les Territoires palestiniens, y compris à Jérusalem-Est. Et le président de l’Autorité palestinienne place désormais aussi ses espoirs dans l’initiative française et la conférence internationale de paix qui doit être organisée à Paris prochainement.

RFI