Présidentielle américaine: Et si Hillary Clinton pouvait encore battre Donald Trump

C’est hautement improbable mais pas forcément impossible. Aux Etats-Unis, certains appellent au recomptage des voix, d’autres demandent aux grands électeurs de voter pour la candidate démocrate…

 

Hillary Clinton a beau avoir deux millions de voix d’avance sur Donald Trump, c’est bien elle la grande perdante de l’élection présidentielle américaine. Avec 306 grands électeurs obtenus par le milliardaire contre 232 pour la candidate démocrate, c’est bien Donald Trump qui sera désigné, sauf retournement de situation, 45e président des Etats-Unis le 19 décembre prochain.

 

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Tout le monde ne s’est cependant pas encore fait à l’idée de voir le magnat de l’immobilier accéder à la Maison Blanche, et même si dans les faits l’affaire semble pliée, il reste encore quelques recours au camp démocrate pour tenter de barrer la route au candidat républicain.

 

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Recomptage des voix

 

Le premier d’entre eux serait de demander un recomptage des voix dans certains états clés. Une démarche déjà engagée par Jill Stein. Accusée par certains démocrates d’avoir fait perdre Hillary Clinton en récoltant 0,98 % des suffrages, la candidate écologiste à la présidentielle a déjà levé près de 4,8 millions de dollars pour initier un recomptage des voix dans le Wisconsin où le vote a été particulièrement serré.

 

 

« Cette démarche a très peu de chance d’aboutir, explique Jean-Eric Branaa, maître de conférences à Paris 2 et spécialiste des Etats-Unis. Le recours doit être porté par Hillary Clinton elle-même, et elle n’a pas l’air décidée à le faire, d’autant que le temps presse. » Dans le Wisconsin, ce 25 novembre est la date butoir pour demander un recomptage. Les démocrates auront ensuite jusqu’au 28 novembre en Pennsylvanie et jusqu’au 30 dans le Michigan.

 

Ces trois états sont donc au centre de toutes les attentions puisque si Hillary Clinton venait finalement à s’y imposer, elle disposerait d’assez de grands électeurs pour être élue. Un groupe d’experts en cyber sécurité a d’ailleurs appelé le camp Clinton à demander un recomptage des voix manuel dans le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie où les résultats ont été très serrés et où des déficits d’environ 7 % de votes démocrates ont été repérés dans les bureaux de vote équipés de machines électronique par rapport aux autres bureaux traditionnels de ces états.

 

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Le spectre d’une fraude électronique

 

De là à y voir le spectre d’une fraude électorale via un piratage électronique, il n’y a qu’un pas. Certains ne sont cependant pas près à le franchir, comme Nate Silver, un statisticien américain et fondateur du site de data-journalisme FiveThirtyEight, qui estime que le vote Trump dans ces trois états « s’explique très bien par la démographie et pas par le piratage ».

 

 

Un avis partagé par Jean-Eric Branaa. « Il n’y a aucune preuve de hacking, affirme-t-il. Les résultats sont certes surprenants, mais c’est surtout parce que les sondeurs n’avaient pas du tout prévu ce qui allait s’y passer. Ils ont sondé le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan bien en amont des élections en pensant que, puisqu’ils étaient historiquement démocrates, ils étaient acquis à Hillary Clinton. Alors que dans d’autres états, des sondages réalisés à la veille du scrutin montraient bien que Trump avait des chances de s’imposer. »

 

« Ce n’est qu’une histoire de rumeur et de complot, poursuit l’universitaire. Cela n’a rien à voir avec le cas de la Floride en 2000 entre George W. Bush et Al Gore, où le système utilisé pour voter était tout simplement mal foutu et où chaque recomptage donnait un résultat différent. Clinton a reconnu la victoire de Trump bien avant le décomptage total des voix et aujourd’hui, elle ne donne pas suite à ces histoires de recomptage et de fraude, ce qui montre bien qu’elle a accepté sa défaite. »

 

Appeler les grands électeurs à désobéir

 

Une autre option, peut-être encore plus improbable que celle du recomptage des voix sera d’inciter les grands électeurs du collège électoral à voter pour Hillary Clinton plutôt que pour Trump. Une pétition lancée sur le site Change.org a déjà recueilli 4,6 millions de signature pour demander aux grands électeurs de désobéir afin « d’utiliser cette institution anti-démocratique [le Collège électoral] pour obtenir un résultat démocratique ».

 

 

Un scénario peu vraisemblable. « Il n’y a jamais eu de cas où un groupe de grands électeurs a fait volontairement basculer le résultat de l’élection présidentielle », a expliqué dans les colonnes du journal québécois La Presse, le professeur de droit à l’université de Columbia, David Pozen.

 

Dans l’histoire des Etats-Unis, seuls 157 grands électeurs n’ont pas respecté leurs consignes de vote. Techniquement ils sont libres de leur choix, sauf dans certains états où ils peuvent être condamnés à payer une amende s’ils désobéissent, mais dans les faits ils sont engagés politiquement, désignés par leur parti politique et affiliés au candidat de ce parti et ne pas respecter cet engagement est très mal vu. « Les grands électeurs sont dans un camp, rappelle Jean-Eric Branaa. Ils sont marqués du côté démocrate ou républicain et avec la polarisation du débat présidentiel, ils vont rester sur leur position, on voit mal comment des grands électeurs républicains pourraient se retourner en nombre contre leur camp et finalement voter démocrate. » Pour Hillary Clinton, les jeux sont donc presque faits.

 

Pierre Fesnien  – 20 minutes.fr –