Poursuivi, le pétrolier Shell préfère les tribunaux d’Abuja à ceux de Londres

Les communautés du Delta du Niger craignent une délocalisation de leur recours collectif contre Shell, de Londres à Abuja. Ces derniers justifient leur crainte par  la collusion  entre la multinationale et le Nigéria
Poursuivi pour pollution, le pétrolier Shell redouble d’effort pour éviter une procédure judiciaire en Angleterre. La multinationale vient de déposer un recours devant la Haute Cour britannique pour délocaliser le procès à Abuja. Une éventualité qui fait craindre le pire aux communautés Ogale et Bille.

La compagnie pétrolière anglo-hollandaise, Shell, fait face à une procédure judiciaire qui vient suite à un recours collectif des communautés nigérianes Ogale et Bille (40.000 personnes) accusant la multinationale d’avoir pollué leurs terres. Un recours a été déposé par les plaignants en Angleterre pour le que le procès se déroule sous juridiction britannique.

Face à ce recours, la réaction de la multinationale ne s’est pas faite attendre. Cette dernière a contesté devant la Haute Cour de Londres, la légitimité de la justice anglaise à traiter cette affaire. Pour le géant pétrolier, l’affaire doit être traitée à Abuja vu que le responsable de la pollution est sa filiale nigériane SPDC et que les dégâts matériels étaient tous localisés au Nigéria. « Cette affaire concerne fondamentalement des problèmes nigérians », a argumenté Peter Goldsmith, l’avocat du groupe devant la Haute Cour.

Casier judiciaire

La possibilité de voir le procès dépaysé de Londres à Abuja, inquiète les plaignants. Pour ces derniers le choix de la justice britannique représente un gage d’impartialité et pourrait faire stopper la pollution dans la région du Delta du Niger. Pour les communauté Ogale et Bille, une délocalisation du procès à Abuja serait un signe de mauvaise augure et traduirait le manque de confiance des populations dans la justice nigériane. En plus des réparations matérielles, l’objectif de ce recours est d’obliger Shell à reconnaître les conclusions d’une enquête de l’ONU qui date de 2011 et qui pointe du doigt les dommages de la pollution pétrolière dans la région de l’Ogoniland. Selon les conclusions de l’enquête onusienne, les dommages subis par les régions d’Ogale et de Bille nécessiteraient la plus vaste opération de nettoyage jamais entreprise au monde et devrait durer entre 25 et 30 ans.

Avec 50 champs de pétrole et 5.000 km d’oléoducs, Shell est la plus grande compagnie pétrolière en activité dans le Delta du Niger. Cette dernière, également plus grand producteur de pétrole du Nigéria, conteste les accusations de pollutions. La compagnie soutient que les régions de Bille et Ogale sont régulièrement touchées par le vol de pétrole, le sabotage des oléoducs ou encore le raffinage illégal qui seraient, selon elle, les principales sources de pollution dans le Delta. Un avis qui est loin d’être partagé par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), qui est derrière l’enquête à charge contre Shell.

Un pollueur en série

Pour le PNUE, la responsabilité de la pollution au pétrole dans le Delta du Niger incombe à Shell et à au gouvernement nigérian qui ont été invité à participer solidairement à hauteur d’un milliard de dollars à la dépollution de la région. Le pétrolier est accusé de ne pas avoir correctement nettoyé la pollution engendrée par ses oléoducs et ses puits. Le gouvernement est accusé pour sa part de délivrer des certificats de dépollution pour des zones qui gardaient des traces de pétrole brut.

Cette affaire n’est pas le premier procès pour dépollution pour Shell, la multinationale sort tout juste d’une bataille juridique de 3 ans qui a pris fin en janvier 2015. Un recours qui s’est soldé par le versement de plus de 80 millions de dollars à 15.600 pécheurs de la région de Bodo, victimes d’importantes fuites de pétrole en 2008.

Amin Ater – La Tribune-