Pourquoi Berlin stoppe le rachat d’une PME par un fonds chinois

Aixtron est un fabricant allemand d’équipement spécialisé destiné à l’industrie des composants électroniques.

Berlin retire son autorisation de rachat de l’allemand Aixtron par le fonds chinois FGC pour 670 millions d’euros. L’Allemagne veut mettre un coup d’arrêt aux acquisitions de ses pépites industrielles par la Chine.

Pour la première fois, l’Allemagne a mis le holà au rachat d’une de ses entreprises par une société chinoise. L’affaire est d’autant plus symbolique qu’il s’agit d’un rétropédalage des autorités de Berlin. Le ministère allemand a décidé de retirer son autorisation au rachat de l’équipementier des semi-conducteurs Aixtron par Fujian Grand Chip Investment Fund (FGC) pour 670 millions d’euros.

Ce feu vert avait été accordé le 8 septembre 2016 et son retrait signifie que les autorités de Berlin ont décidé de réexaminer l’opération. Aixtron s’est vu notifier cette décision le vendredi 21 octobre 2016, le jour même de la clôture de l’OPA de FGC, conclue par des promesses de vente des actionnaires d’Aixtron représentant 65% du capital, suffisantes pour poursuivre le rachat.

Alors que, par tradition, les autorités allemandes ne s’immiscent pas dans les décisions stratégiques prises par les entreprises outre-Rhin, l’appétit de l’empire du Milieu, friand du made in Germany et du savoir-faire de l’ingénierie allemande, suscite une inquiétude croissante parmi les milieux politiques. L’acquisition du fabricant de robots industriels Kuka par le géant chinois Midea a agi comme un révélateur pour Berlin alors que la loi allemande ne permet au gouvernement de s’opposer à une prise de contrôle étrangère que si la sécurité ou l’ordre public sont en péril.

Dans la foulée du rachat, mi-2016, de la « pépite » Kuka, Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’Économie, a plaidé pour que l’UE érige des barrières aux investissements de prédateurs non-européens dans des « industries stratégiques ». Sans la nommer, la Chine était clairement désignée par le ministre. Le récent intérêt montré par le chinois Sanan Optoelectronics pour le spécialiste allemand de l’éclairage Osram (ex-filiale de Siemens) a précipité la volonté des autorités berlinoises de mettre un coup d’arrêt à l’appétit chinois pour les joyaux industriels de l’Allemagne.

Des fuites récentes ont révélé que le ministère de l’Économie allemand voulait protéger les sociétés high tech de toute OPA hostile, surtout celles que pourraient lancer des entreprises publiques ou semi-publiques de pays non-européens, rapportait il y a une semaine le journal Welt am Sonntag. Cet hebdomadaire précisait que le secrétaire à l’Économie, Matthias Machnig, avait transmis à des membres du gouvernement un document comportant six points fondamentaux gouvernant l’examen des investissements au niveau de l’Union européenne (UE). Selon ce document, l’UE mais aussi les pays membres auraient toute latitude d’interdire l’achat de sociétés par des investisseurs extérieurs à l’Union.

Visiblement, l’Allemagne n’attendra pas qu’une solution européenne soit trouvée pour juguler l’appétit de la Chine pour les firmes du Vieux continent, quitte à revenir sur une autorisation de rachat déjà accordée.

Frederic BERGÉ, Grand reporter   -BFMTV –