Pétrole : la baisse de production par l’OPEP, un leurre ?

Le 28 septembre dernier, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) surprenait avec un accord sur la baisse de la production de pétrole conclu à Alger et visant à rééquilibrer le marché suite à la chute du cours du pétrole. Mais alors que la production de l’Opep a enregistré des hausses consécutives ces deux derniers mois et que plusieurs pays membres s’orientent vers une augmentation de leur production nationale, le scepticisme monte quant à l’atteinte de l’objectif visé par l’Accord d’Alger.

L’Opep va-t-il réellement réduire sa production de pétrole ? C’est bien la question qui se pose au vue de la récente actualité. En pourparlers depuis quelques mois suite à la chute des cours dans le but de rééquilibrer le marché, les pays membres de l’Opep se sont accordés fin septembre, à la surprise générale, pour une légère baisse de leur production pour la situer entre 32,5 et 33 millions de barils par jour (bpj).

Mais face aux enjeux d’une telle orientation, plusieurs analystes, ont tout de suite appelé à la prudence, d’autant plus que ses contours n’ont pas encore été défini. « La question-clé […] est la fixation des niveaux maxima de production par pays. C’est le point le plus délicat », décryptait pour Le Point Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes et de la société Stratener.

Des productions toujours plus grandes

La question se pose en effet, puisqu’au moment où l’Opep s’accordait le 29 septembre dernier, le cartel clôturait un mois de hausse de sa production, et pas des moindres. L’instance dirigée par le nigérian Mohammed Sanusi Barkindo a en effet constaté une production de 33,39 millions bpj, soit une hausse de 220.000 bpj par rapport à août. Dans un contexte de chute vertigineuse du cours du pétrole, l’annonce de l’Accord d’Alger avait rapidement relevé le cours du baril au-dessus des 47 dollars, avant qu’il ne chute à nouveau. Jeudi 3 novembre, les compteurs affichent 45,39 dollars US, son niveau le plus bas depuis plusieurs semaines.

Et alors que le processus de négociation initié par l’Opep devait normalement conforter l’orientation de réduction de la production, celle-ci suscite le doute. En attendant les données du cartel pour le mois d’octobre, Reuters a fait le décompte et décelé qu’en dépit de la légère baisse de production enregistrée par l’Arabie Saoudite, à 10,53 millions bpj contre 10,55 millions bpj en septembre, l’Opep a vu sa production globale grimper de 130 000 bpj. Principal moteur ? La hausse des extractions du Nigéria, de la Libye et l’Irak, mais aussi de la Russie. D’ailleurs ce dernier a terminé à 11,2 millions bpj en octobre, un niveau record depuis la chute de l’ex-URSS. A noter que le gouvernement russe se dit prêt à geler sa production au niveau actuel, mais pas à la réduire.

Parallèlement les projets à court ou moyen terme de certains pays membres ne sont pas rassurant quant à l’atteinte de l’objectif de l’Opep. L’Iran a déjà clairement marqué la rupture en réfutant le plafonnement de sa production. Le pays de Hassan Rohani a même annoncé à la mi-octobre la hausse de sa capacité de production à 4 millions de barils de pétrole par jour (mbj) d’ici mars 2017. Une question source de discorde au sein du cartel

Angola, Nigéria, … des ténors ambitieux

De leur côté, les grosses machines africaines -dont le poids est non négligeable dans ces négociations de l’Opep- s’orientent également vers une augmentation de leur production. Premier producteur africain depuis mars dernier, l’Angola poursuit le développement de projets d’exploration pétrolière. Le Nigéria aussi a annoncé à la mi-octobre un grand projet d’exploration dans le Nord-Est du pays. Deux semaines plus tard, c’est le pétro-gazier américain ExxonMobil qui annonçait la découverte au large du Nigéria d’un gisement de pétrole d’un potentiel de 500 millions à 1 milliard de barils. Et même si le groupe américain est actuellement en froid avec Abuja (qui le poursuit pour sous déclarations et non déclarations de pétrole nigérian), l’exploitation de cette nouvelle réserve se fera par directement ou indirectement par des sociétés nigérianes.

Au moment où le scepticisme gagne de plus en plus par rapport au projet de réduction de la production par l’Opep, de nombreux analystes restent convaincus que la clé pour avancer reste l’entente sur la limitation de la production par pays. Giovanni Staunovo, analyste chez UBS l’a clairement affirmé à Sputnik :

« Il serait plus difficile pour l’Opep d’atteindre cet objectif [stabiliser le marché grâce au gel de la production pétrolière, ndlr] tant que la Libye et le Nigeria continuent d’accroître leur production. Le cartel a évoqué la réduction de la production, mais pour le moment nous ne voyons que sa croissance »

Le 30 novembre 2016, le Jour-j

A Vienne samedi dernier, le Comité de haut niveau de l’Accord d’Alger -constitué de l’Opep et des pays non membres- a tenu sa première réunion au cours de laquelle, le secrétaire général de l’Opep, Mohammed Sanusi Barkindo, tirait la sonnette d’alarme, invitant tous les participants à faire des compromis. Un moment critique pour le marché mondial du pétrole.

« Les marchés sont encore sous la pression de l’offre excédentaire […]. Le processus de rééquilibrage a pris beaucoup trop de temps et nous ne pouvons pas risquer de retarder l’ajustement plus longtemps »

Lundi 31, Reuters a pu obtenir de « sources sûres » que ledit Conseil a validé à Vienne lundi un document fixant les grandes lignes de la stratégie à long terme du cartel. Ce qui laisse présager un certain consensus vers la réduction effective de la production de pétrole. Mais au regard des tournures inattendues qu’ont habituellement le mérite de prendre les négociations de l’Opep, il faudrait attendre la décision du 30 novembre pour savoir enfin ce que feront ces ténors de l’or noir.

Par Ristel Tchounand   – La tribune –