Ces personnalités qui ont fait l’Afrique en 2016

Hommes politiques, écrivains, artistes, sportifs, chefs d’entreprise… Ils ont marqué le continent par leur engagement, leur talent et leur audace.

Maroc

« Commandeur des croyants », architecte d’une COP22 africaine… il n’y a pas à dire, le roi du Maroc a affiché sa différence sur bien des sujets les plus sensibles de notre époque. On l’aura compris, le roi Mohammed VI continue d’étendre son influence sur tout le continent à travers ses tournées, mais aussi dans ses prises de position. Après la conquête de l’Ouest, le souverain chérifien a lancé le 18 octobre une mini-tournée au Rwanda, en Tanzanie et en Éthiopie, première visite officielle du roi dans la Corne de l’Afrique. Au cours de ses visites officielles, le monarque marocain, accompagné d’une forte délégation d’hommes d’affaires, entend explorer de nouvelles opportunités économiques dans ces pays qui font figure de modèles en termes d’essor économique et de croissance en Afrique. Mais le principal objectif du souverain est surtout politique : il veut réintégrer l’Union africaine. Rendez-vous, fin janvier 2017, lors du prochain sommet de l’UA à Addis-Abeba, en Éthiopie, pour savoir si ses pairs africains ont entendu son message.

Leïla Slimani, 35 ans, écrivain, Goncourt 2016

Son roman aura été l’un des plus grands succès littéraires de cet automne 2016. Chanson douce (Gallimard), ou le récit glaçant d’une tragédie annoncée, a remporté le prix Goncourt 2016. Leïla Slimani succède à Mathias Enard, récompensé l’année dernière pour Boussole (Actes Sud). Dès la première page, le lecteur est saisi… d’effroi. Louise, la nounou engagée pour s’occuper des deux enfants de Myriam et son mari, les tue. La première phrase du livre : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. » Le reste du roman, de fil en anguille, explique comment ce geste fut possible dans la vie quotidienne de ce trio (la nounou, les parents et les enfants) prêt à voler en éclats.

John Magufuli, 57 ans, président de la Tanzanie

Retenez bien ce nom et ce visage. Surnommé « tingatinga », « bulldozer » en swahili, Magufuli a entamé fin 2015 son mandat en balayant lui-même les rues de la capitale le jour anniversaire de l’indépendance (cliquez ici pour voir les photos), dont il avait annulé les cérémonies par souci d’économies. Il a débarqué sans ménagement des officiels soupçonnés de corruption ou d’inefficacité, mais aussi des fonctionnaires dont il avait constaté le retard au travail lors de visites-surprises dans leur administration. Dans la même veine, il a interdit les voyages en première classe et drastiquement réduit les confortables per diem des délégations gouvernementales voyageant à l’étranger. Depuis son élection en octobre 2015, John Magufuli, 57 ans, a montré un talent certain pour attirer sur lui les projecteurs et renforcer son image d’homme proche du peuple, chantre de l’anticorruption et leader qui ne s’en laisse pas conter. Une image qui lui vaut une réelle popularité dans son pays : élu avec 58 % des voix, il est crédité par un récent sondage de 96 % d’opinions favorables.

Tony Elumelu, 53 ans, homme d’affaires, fondateur de Heirs Holdings et philantrope

Le capitalisme du XXIe siècle c’est lui. « L’Africapitalisme »  (un terme dont il est le concepteur), qui vante un modèle économique alternatif plutôt que l’aide au développement, c’est lui. La Fondation Tony Elumelu qui promeut les jeunes pousses africains, c’est encore lui. À 53 ans, l’homme d’affaires nigérian, serial entrepreneur, Tony Elumelu semble toujours en mission pour l’Afrique. Que ça soit aux côtés de Bill Gates, à Paris avec le Médef, ou sur le continent avec le président Buhari, la tâche est immense pour faire prendre à l’Afrique le virage économique qui le fera vraiment décoller. Pour cela, Elumelu mise sur le secteur privé et a fait le pari fou d’accompagner 10 000 start-up africaines sur dix ans avec un fonds de 100 millions de dollars de sa poche. À suivre….

Felwine Sarr, 44 ans, écrivain et économiste

« L’Afrique ne doit plus courir sur les sentiers qu’on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu’elle se sera choisi », dit Felwine Sarr dans Afrotopia, son ouvrage devenu un incontournable de la nouvelle pensée africaine. Toute la force et la nouveauté de son approche résident dans la liberté qu’il s’octroie de croire en une autre Afrique, une Afrique porteuse d’un « inédit » engendré à l’issue d’une « profonde révolution culturelle ». Cette Afrique-là s’assume dans son originalité, dans ses différences et dans sa capacité à porter l’humanité à un autre palier. Ce sera chose faite lors de la première édition des Atelers de la pensée, organisés à Dakar et Saint-Louis, au Sénégal, autour des plus grands noms de l’intelligentsia en Afrique.

Riyad Mahrez, 25 ans, footballeur

Riyad Mahrez a signé une année 2016 exceptionnelle en remportant, à la surprise générale, le titre de champion d’Angleterre avec Leicester. Ses 17 buts et 11 passes décisives ont été déterminants dans le sacre des Foxes. Depuis, l’international algérien Riyad Mahrez vit en plein rêve. Lui qui a déjà reçu de la BBC le titre prestigieux de joueur africain de l’année, récompensant ainsi son implication dans le succès de Leicester, champion de Premier League 2016. « C’est énorme, c’est très important pour les joueurs africains, je suis très heureux et très fier », a-t-il déclaré à la BBC. L’attaquant de 25 ans, né à Sarcelles, est aussi arrivé 7e au classement du Ballon d’or 2016. Il avait déjà été le premier Africain à remporter le titre de joueur de l’année de l’Association des footballeurs professionnels, grâce à ses 17 buts et 11 passes décisives pour Leicester. De surprise en surprise, son nom figure parmi les trois derniers footballeurs en lice pour le trophée du meilleur joueur africain de l’année, décerné le 5 janvier prochain, avec le Sénégalais Sadio Mané (Liverpool) et le tenant du titre gabonais Pierre-Emerick Aubameyang (Dortmund).

Barthélémy Toguo, 50 ans, artiste contemporain

Barthélémy Toguo est un artiste en-ga-gé ! Autant le dire tout de suite, les sujets de ses œuvres ne sont pas « tièdes » ou abstraits. Quand une idée lui vient, il va voir sur place, se renseigner, à la manière presque d’un reporter, mais, à la place du stylo, il s’empare de son pinceau pour des dessins mêlant peinture, collage, céramique, sculpture, clous, matériau brut, pour retranscrire ses impressions. La guerre, comme en 2004, en Serbie où il se rend comme point de départ, avant de terminer à Pristina, au Kosovo, auprès des populations. En 2011, il récidive en se rendant place Tahrir au Caire, en pleine révolution arabe. Il expose dans le monde entier, de l’Italie au Brésil, en passant par Cuba et les États-Unis, ses créations et performances. Mais il a réservé pour son pays natal l’une de ses plus belles œuvres. Artiste contemporain franco-camerounais, Barthélémy Toguo a ouvert en 2008, dans le nord du Cameroun, la résidence artistique Bandjoun Station. Plus qu’un lieu de culture, c’est aussi un centre agricole, où il produit du café ! Finaliste du prix Marcel Duchamp 2016, avec ses dernières œuvres issues de « déluge », Barthélémy Toguo continue sa conquête de l’art contemporain sans aucun complexe.

Wayde van Niekerk, 24 ans, recordman du monde du 400 mètres

Le Sud-Africain, champion olympique et recordman du monde du 400 mètres, a été l’une des figures marquantes des JO. Le 14 août dernier, Wayde van Niekerk bat en 43 secondes 03 le fameux record du monde de Michael Johnson en 43′ secondes 18 établi en 1999. Porte-drapeau de sa délégation, van Niekerk, 24 ans, déjà champion du monde 2015 à Pékin est un phénomène, seul athlète de l’histoire à avoir couru le 100 mètres en moins de 10 secondes (9,98 en 2016), le 200 mètres sous les 20 secondes (19,94 l’an dernier) et donc moins de 44 secondes sur le tour de piste. En fait, le décathlonien du sprint allie vitesse et résistance. Mais, attention, le jeune athlète, coaché par sa grand-mère de 74 ans, n’aura pas le temps de se reposer sur ses lauriers en 2017, il pourrait bien se frotter directement à son idole Usain Bolt.

Loza Maléombho, 31 ans, styliste

Voilà une styliste qu’on ne présente plus, mais qui crée toujours la surprise là où on ne l’attend pas. De tous les combats et de toutes les causes qui réaffirment l’identité noire et africaine, Loza Maléombho, 31 ans, est devenue en même pas dix ans une créatrice incontournable dans le monde de la mode d’inspiration africaine. On retrouve ses créations dans les boutiques (de Lagos, à New York), mais aussi sur les podiums (elle a défilé récemment avec succès pour la marque Vlisco), sur les réseaux sociaux (sa série de selfies Alien Edits dénonce les clichés sur la beauté des femmes noires) et bien entendu dans les clips vidéo de grands artistes. Et cette année, c’est la diva Beyoncé en personne qui, par le biais de ses stylistes, a fait appel à la jeune Ivoirienne pour sa vidéo sortie début février Formation, un temps décriée, mais vue depuis par plus de 6 millions de personnes. L’artiste aux multiples récompenses a joué toute l’année sur sa négritude à travers plusieurs tableaux. Dans l’un d’eux de cette vidéo, l’une de ses danseuses arbore une création signée Loza Maléombho pour sa collection printemps-été 2016 Zaouli, inspirée de la tradition des masques du centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Rappelons que c’est en 2015 que Loza se fait remarquer par Solange Knowles, la sœur de Beyoncé, lors de sa participation au Vogue Talent lancé par le magazine Vogue Italia.

Wizkid, 26 ans, roi de l’afro-pop

La toute-puissance de la naija musique s’est une nouvelle fois manifestée par le couronnement du chanteur nigérian Wizkid comme « artiste de l’année » et « meilleur musicien » aux MTV Africa Music Awards décernés le 22 octobre dernier à Johannesburg. Wizkid a également remporté un prix pour ses collaborations avec d’autres artistes lors de cette édition 2016 des MTV Africa Music Awards. En effet, la liste des collaborations de ce jeune prodige de la musique africaine est déjà très longue… Même la star mondiale Drake n’a pas pu résister. Résultat : une pluie de tubes été comme hiver. Et c’est vrai que ce sacre tombe à pic, au moment où le continent africain vit une véritable lune de miel avec sa musique. Traduction immédiate : les revenus des succès des artistes africains, notamment dans les concerts, ont enregistré une forte croissance dans plusieurs pays africains, confirme une récente enquête du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC). Au seul Nigeria, l’industrie musicale a généré en 2015 un chiffre d’affaires de 47 millions de dollars, en hausse de 6,4 % sur l’année précédente. Allez, Wizkid !

Mmusi Maimane, 36 ans, chef du parti d’opposition Alliance démocratique (DA)

À 34 ans, seulement, Mmusi Maimane a été élu en mai 2014 à la tête de l’Alliance démocratique (DA), première force d’opposition en Afrique du Sud. Mais voilà, Mmusi Maimane est noir à la tête d’un parti historiquement « blanc » né à Soweto, diplômé en psychologie et titulaire de deux maîtrises (une en administration publique et une en théologie), l’homme d’affaires et philanthrope est devenu la figure emblématique de la nouvelle Afrique du Sud. Celui qu’on surnomme affectueusement « Barack Obama de Soweto » affiche d’emblée la couleur : « Jacob Zuma est un voleur et l’ANC, un parti de traîtres; » Son parti a d’ailleurs infligé un revers historique à l’African National Congress (ANC, au pouvoir) lors des municipales d’août dernier et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Avec une cible comme Zuma dans le viseur, prise en étau, il n’y a pas à en douter, il faudra compter Mmusi Maimane parmi les prochains présidentiables.

 

Par Viviane Forson  – Le Point Afrique –