Paul Kagamé lance les travaux de la réforme de l’Union africaine

Après 14 ans d’expérimentation et de tâtonnement dans le concert des nations, la commission de l’Union africaine, dont le fonctionnement s’éloignait de plus en plus de la vision prospective du traité de Syrte, nécessitait une réforme profonde en vue de l’accommoder aux défis du moment et de répondre aux aspirations des peuples qui souhaitent une refonte de l’institution continentale transformée en une union africaine des peuples.

Face à l’immobilisme constaté ici et là et aux multiples critiques du fonctionnement de la commission de l’Union africaine qui depuis le départ de Konaré a perdu son leadership, redevenant a fortiori un syndicat des chefs d’État où se côtoient dictateurs, usurpateurs, démocrates, plusieurs illustres fils du continent ont dit stop lors du dernier Sommet de l’UA à Kigali. C’est dans cette optique que le sommet des chefs d’État a confié au président réformateur du Rwanda de conduire les réformes de l’institution.

Pour réaliser un tel travail, Kagame relègue les aspects politiques au second rang et place l’économie au centre de la réforme. Il s’entoure à cet effet des meilleurs : les cracks du continent, en respectant le leitmotiv qui lui tient à cœur et qu’il applique scrupuleusement dans son pays : la parité homme/femme. L’équipe mise en place est composée de neuf experts : Carlos Lopez, de Guinée-Bissau, l’un des meilleurs économistes en développement du continent et ex-secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des questions économiques et qui a qualifié le franc CFA de «mécanisme désuet» ; Donald Kaberuka, ancien président de la Banque africaine de développement, actuel professeur à Harvard et conseiller principal du fonds d’investissement américain TPG/Satya. Il est le créateur de la taxe dee 0,2% sur les importations pour financer l’UA ; Cristina Duarté, ancienne ministre des Finances du Cap-Vert, siégeant au conseil des gouverneurs de la BAD et du FMI ; Mariam Mahamat Nour, ministre de l’Économie du plan et de la coopération internationale du Tchad ; Amina J. Mohammed, ministre de l’Environnement du Nigéria, conseillère de l’ONU sur les Objectifs du millénaire pour le développement, et une ancienne de la FAO ; Tito Mboweni, ancien gouverneur de la banque centrale sud-africaine et actuel associé de la banque Goldman Sachs ; Acha Leke, jeune Camerounais, conseiller principal au cabinet McKinsey & Co Vera Songwe camerounaise et directrice pour l’Afrique de l’Ouest et centrale de la Société financière Internationale, filiale de la Banque mondiale. Et comme Kagame ne fait jamais les choses comme tout le monde, le dernier expert est tout simplement le manager le plus doué et le plus philanthrope d’Afrique.

La tâche est certes ardue, mais la confier à des managers dont la compétence et les qualités intrinsèques ne souffrent aucun doute est un acte courageux. Ainsi, il serait judicieux de revoir le mode de désignation des commissaires qui devraient être choisis par appel à candidatures et nommés par le président de la commission. Ce qui éviterait d’avoir des commissaires qui répondent plus à l’autorité de leur président ou de la région qui a soutenu leur candidature.

La réforme de la commission de l’UA est une nécessité impérieuse notamment au moment où la présidente actuelle est sur le départ. Paul Kagame est l’un des dirigeants africains disposant de plusieurs atouts. Il est un réformateur hors pair. Il a une vision et une méthodologie qui forcent l’admiration. Illustration : en juillet 2016, lors du Sommet de l’Union africaine à Kigali, les chefs d’État et la commission lui ont confié la mission de la réforme institutionnelle de l’UA. Il a alors de prime abord fixé un cap : la réforme ne sera pas politique (l’UA fait assez de politique comme ça depuis sa création), mais à forte connotation économique.

Kagamé a l’ambition d’innover et de réformer l’Union africaine pour l’orienter vers les questions du développement et les enjeux du moment, afin non seulement d’être le véritable porte-voix du continent, mais également une institution prête à porter haut l’étendard du continent lors des grands rendez-vous du donner et du recevoir.

RODRIGUE FÉNELON MASSALA    –  Les Afriques –

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