Opération commando pour un ultimatum à Ali Bongo

Armés de revolvers et de machettes, un commando cagoulé a fait irruption dans les locaux de TV+ et d’Africa N°1, ce 16 juin à Libreville, où ils ont tenté de diffuser une déclaration de Roland Désiré Aba’a, ancien candidat à la présidentielle 2016, demandant à Ali Bongo de quitter le pouvoir dans les prochaines 72 heures.

 

Véritable scénario hollywoodien que les scènes enregistrées en milieu de matinée ce 16 juin à Libreville, notamment à la station de la Radio Africa N°1 et au siège provisoire de la télévision privée TV+.

Descentes commando

Selon le témoignage du régisseur d’antenne d’Africa N°1, quatre personnes cagoulées et une autre à visage découvert ont débarqué dans la salle de rédaction après avoir usé de subterfuge pour accéder à l’édifice. Armés de gourdins, machettes et autres armes blanches, ils ont mis tout le monde à plat ventre et intimé l’ordre à l’un des techniciens de passer un enregistrement qu’ils avaient apporté avec eux. Réalisé en format vidéo, «l’élément était incompatible avec notre matériel, mais comme le compteur tournait, ils ont pensé qu’il était audible par les auditeurs», explique un agent de la radio. Un explosif a été laissé sur une table de la station visant à «leur donner le temps de s’enfuir». Le désamorçage de la bombe, visiblement artisanale, a nécessité l’intervention d’un général de Gendarmerie, du démineur de la Garde républicaine et de quelques officiers avec la mise en place d’un rayon de sécurité autour de la station panafricaine.

 

Scénario littéralement identique à TV+ : alors que les journalistes du média vaquaient à leurs occupations quotidiennes, un commando armé, toujours de cinq personnes, a fait irruption dans les locaux du média sis à Nkembo, dans le 2e arrondissement de Libreville. «Armés de révolvers et de machettes», les hommes cagoulés ont braqué l’ensemble du personnel, exigeant également la diffusion d’un élément enregistré sur un DVD. «Tout le monde a été sommé de s’allonger sur le sol», a raconté un journaliste encore sous le choc. «Un des hommes a même exhibé une bombe, menaçant de la faire sauter si on ne s’exécutait pas», a poursuivi le journaliste. Craignant pour leur vie, les journalistes se sont ainsi exécutés. «Il fallait d’abord faire une conversion du fichier, dont le format initial n’était pas compatible avec nos installations», a témoigné un responsable de TV+. Ce n’est qu’après cette manipulation que l’élément a pu être diffusé. Après diffusion de l’élément, les journalistes ont été conduits au rez-de-chaussée du bâtiment abritant les locaux de leur média. «Pendant que nous descendions les marches d’escalier, un des hommes du commando a relevé que leur prochaine destination serait Africa N°1, Télé Africa, puis RTN», a indiqué un journaliste avant d’ajouter : «Une fois au rez-de-chaussée, les hommes nous ont maintenu en joue, avant d’embarquer à bord d’un véhicule où les attendait un chauffeur». Les mêmes faits ont failli se produire au siège de Canal 7 où le commando n’a pu accéder, à la différence que là des fusils à pompe ont été aperçus.

Ultimatum et déclaration de l’épreuve de force

Craignant d’être accusé de complicité dans la diffusion de cet élément vidéo, les responsables de TV+ se sont empressés de monter un dossier qu’ils sont allés présenter urgemment au gouvernement. Une démarche d’autant plus nécessaire que l’élément vidéo met en vedette Roland Désiré Aba’a, ancien candidat à la présidentielle 2016, demandant à Ali Bongo de quitter le pouvoir dans les prochaines 72 heures, sous peine de chaos dans le pays.

La vidéo de Roland Désiré Aba’a Minko, visiblement enregistrée face à un prompteur, est littéralement une déclaration de guerre. Après un rappel de l’issue de toutes les élections présidentielles depuis le retour au multipartisme en 1990, le candidat à la présidentielle décline ses intentions : «Moi, Roland Désiré Aba’a Minko, accompagné de compatriotes décidés et déterminés, j’ai décidé ce jour et à l’instant de conduire la révolution du peuple pour la libération du Gabon, l’investiture de Jean Ping, président de la République, chef de l’Etat, et pour la restauration définitive de l’Etat de droit et du pouvoir du peuple dans notre pays. »

 

Lançant un ultimatum à Ali Bongo et brandissant ses moyens de pression, l’homme dont le projet de société lors de la présidentielle 2016 était «Gabon nouveau départ (GND)», a déclaré : «pour éviter le massacre des populations désarmées, à l’instar du 31 août 2016, nous avons simultanément pris en otage les édifices publics ainsi que leur personnel. Toutefois, et pour vous prouver notre détermination à aller jusqu’au bout de ce combat pour le respect de la vérité des urnes et la restauration du pouvoir du peuple, nous avons miné tous les sites pris en otage de dynamites à déclenchement télécommandé. Tous les ravisseurs citoyens sur les sites sont prêts à offrir leur vie pour libérer le Gabon. A cet effet, nous exigeons, dans un délai de 72 heures, le départ d’Ali Bongo Ondimba du pouvoir et du Gabon, le désarmement de la Garde républicaine par l’armée gabonaise, l’investiture de Jean Ping par la Cour constitutionnelle. Au terme de ces 72 heures accordées, si nos exigences ne sont pas totalement satisfaites, les bâtiments minés exploseront les uns après les autres.

Poursuivant, toujours dans la vidéo qui démarre et se termine par l’hymne national du Gabon, Aba’a Minko a prévenu : «Par ailleurs, toute action de force du gouvernement actuel sur les sites pris en otage expose immédiatement les compatriotes en otage ainsi que les bâtiments minés. Toutefois, pour suivre l’évolution de cette action citoyenne, seul l’ambassadeur de France au Gabon pourra échanger avec moi. Monsieur l’ambassadeur sera informé des lieux minés, du nombre de personnes prises en otage et de nos revendications. La patrie ou la mort, nous vaincrons. Nous disons, plus jamais de dictature au sommet de l’Etat au Gabon.»

Mettant enfin l’armée gabonaise «face à ses responsabilités devant l’histoire», Roland Désiré Aba’a Minko, a appelé à désarmer la Garde républicaine, «qui massacre impunément les Gabonais». A cet effet, l’initiateur de l’«opération de libération du Gabon», a tenu à donner quelques orientations à l’armée. Pour lui, le désarmement de la Garde républicaine et la prise de contrôle par l’armée gabonaise des réserves d’armes et de munitions de certaines unités, parmi lesquelles, l’Unité d’intervention spéciale au Camp de Gaulle, l’armurerie de la présidence de la République et le Camp d’instruction de la Garde républicaine au premier campement, au Cap Estérias. Par ailleurs, Roland Désiré Aba’a Minko a demandé «aux populations et aux opérateurs économiques de toutes les villes du Gabon de cesser toute activité, de garder le calme et de rester chez eux afin d’éviter les dégâts collatéraux durant cette opération».

Ancien membre du Conseil économique et social (CES), directeur associé et promoteur de l’entreprise d’ingénierie UNNG, Roland Désiré Aba’a Minko est connu comme candidat à l’élection présidentielle de 2016, mais surtout pour s’être mis en grève de la faim entamée le 14 juillet 2011, jour de la fête nationale de la France. Il s’était alors enchaîné sur la place de l’Indépendance à Libreville pour exiger le départ des troupes françaises, présentes au Gabon depuis 1960 en vertu des accords de coopération signés dans l’acte d’indépendance.

 

Michel Ndong  – Gabonreview –

 


 

Enquête judiciaire après l’assaut de plusieurs médias

La justice gabonaise a ouvert une enquête après l’intrusion vendredi dans plusieurs médias à Libreville d’hommes armés exigeant la diffusion d’un ppel d’un opposant fixant un ultimatum au président Ali Bongo Ondimba, avant la venue mardi d’une mission de la Cour pénale internationale (CPI).

« Ce vendredi, plusieurs rédactions de médias publics et privés de Libreville ont été prises d’assaut, de manière synchronisée, par des groupes d’individus armés et encagoulés dans le but de diffuser un message audio et vidéo incitant le peuple gabonais à la révolte », a rappelé le procureur de la République, Steeve Ndong Essame Ndong, dans un communiqué publié samedi par le quotidien national L’Union.

Face à ces « déclarations d’une extrême gravité », le procureur a décidé d' »ouvrir immédiatement une enquête judiciaire ».

Les propos en cause ont été prononcés par Roland Désiré Aba’a Minko, rallié à Jean Ping, le rival d’Ali Bongo lors de la présidentielle contestée de 2016. Le camp de M. Ping a dénoncé « la confusion » créée par les agissements de M. Aba’a Minko.

Interpellé par la police après avoir enjoint le chef de l’Etat de quitter le pouvoir dans les 72 heures, M. Aba’a Minko avait déclaré « avoir miné tous les bâtiments administratifs et ministériels » et menacé de les faire exploser, dans un discours prononcé sur la voie publique à Libreville devant le mémorial Léon Mba, premier président du Gabon.

Dans le même temps, des hommes non identifiés et équipés d’armes blanches se sont introduits vendredi matin dans les locaux de plusieurs médias dont la chaîne d’Etat Gabon Télévisions, pour tenter de diffuser un message audio se réclamant de M. Aba’a Minko.

Le directeur général de Gabon Télévisions a porté plainte. Le message n’a pas été diffusé sur cette chaîne nationale mais l’a été sur des petites chaînes privées comme TV+.

– ‘Incident sécuritaire’ –

A la délégation de l’Union européenne, « un incident sécuritaire » a également eu lieu, a confirmé samedi représentation diplomatique dans un communiqué, « du fait de l’intrusion d’un individu proférant des menaces dans les locaux ».

« Cet incident a été rapidement résolu avec l’aide de la police locale qui a procédé à son évacuation dans le calme », ajoute le texte.

Vendredi, le ministre de la communication, Alain-Claude Bilie-By-Nze, avait indiqué  que M. Aba’a Minko avait été interpellé « au siège de la Commission européenne (à Libreville) à la demande » de l’UE.

Le siège du principal parti d’opposition a par ailleurs été attaqué dans la nuit de mercredi à jeudi par « des individus non identifiés qui ont jeté deux cocktails molotov sur le bâtiment », selon l’entourage de Jean Ping, qui conteste toujours la réélection de M. Bongo.

« Nous avons porté plainte », a indiqué son porte-parole, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi.

Cette série d’incidents, qui n’ont fait aucune victime, intervient à quelques jours de l’arrivée, mardi, d’une mission de la CPI dans le cadre de l’examen préliminaire des plaintes déposées par le gouvernement, le camp de M. Ping et 15 ONG à la suite des violences post-électorales meurtrières de septembre 2016.

« Une équipe du bureau du procureur visitera le Gabon du 20 au 22 juin, une pratique standard de visite du pays dans le cadre de l’examen préliminaire. Aucune enquête n’a été ouverte pour l’instant », a indiqué vendredi le bureau du Procureur de la CPI.

La mission doit rencontrer les acteurs de la crise, différents ministères, la société civile ainsi que les organisations internationales présentes à Libreville.

« C’est une bonne nouvelle pour le Gabon, il faut une reconnaissance des crimes commis, il faut que justice soit rendue », selon Georges Mpaga, coordinateur des ONG de la société civile.

Le ministre des Affaires étrangères, Pacôme Moubelet-Boubeya, a lui salué « une mission utile à un moment où il y a beaucoup d’affabulations sur les événements qui ont suivi les élections ».

Le camp de M. Ping « espère qu’une enquête soit ouverte ».

L’annonce début septembre de la réélection de M. Bongo avait provoqué des violences rares (émeutes, répressions, pillages, incendie de l’Assemblée…) dans ce petit pays pétrolier d’environ 1,8 million d’habitants. Plusieurs personnes avaient été tuées. (TV5 monde avec AFP)