« Nous voulons créer une véritable industrie du recyclage plastique au Maroc », selon Monsif Charai de la Fédération marocaine de plasturgie

ENTRETIEN – Monsif Charai est le président de l’association de valorisation des plastiques au sein de la Fédération marocaine de plasturgie et président de Valplast, une société de recyclage des matières plastiques basée à Casablanca.

L’interdiction récente des sacs plastiques jetables dans le commerce de détail a fait grand bruit auprès des consommateurs et de l’industrie marocaine, mais un autre sujet arrive désormais sur le devant de la scène : le recyclage des déchets plastiques commerciaux, industriels  et agricole. Le point avec Monsif Charai, président de l’association de valorisation des plastiques.

Il détaille pour L’Usine Nouvelle le potentiel de son activité au Maroc à quelques jours de la Cop22 alors que le pays qui se lance dans l’économie circulaire veut faire passer son taux global de recyclage de 5% à plus de 20%.

L’Usine Nouvelle : Le ministère de l’Industrie du Maroc a récemment limité l’export des déchets plastiques. Pourquoi ?

Monsif Charai : Désormais toutes les exportations de déchets plastiques sont soumis à une licence d’exportation par transaction et non par exportateur. Dans les faits, les exportations ne sont autorisées que pour les plastiques pour lesquels il n’existe pas du tout de recyclage localement.

C’est une très bonne chose pour permettre le développement d’une industrie de recyclage du plastique au Maroc. Avant, environ 30 000 tonnes étaient exportées par an. Cela peut sembler peu, mais nous avons besoin d’atteindre un certain seuil de gisement pour assurer la rentabilité de notre activité.

Quels sont les plastiques recyclés au Maroc ?

Aujourd’hui, le Maroc produit 1 million de tonnes de déchets plastique, mais 20 à 30% seulement de ce gisement est valorisée. L’informel se concentre sur une forme de recyclage basique pour produire des objets simples comme les bassines ou les seaux. Les industriels formels fabriquent des poubelles, des canalisations pour les eaux usées ainsi que d’autres articles qui ne sont pas en contact avec les aliments. De plus, depuis l’implantation de la société indienne Sumilon en 2015, nous avons dans notre pays également la capacité de recycler toutes les bouteilles de PET produites [bouteilles d’eau minérale, ndlr] au Maroc pour refaire les mêmes bouteilles.

La Fédération marocaine de plasturgie devrait conclure prochainement avec le gouvernement la création d’un écosystème « Recyclage des plastiques ». En quoi consiste-il ?

A développer notre filière du recyclage en partant du gisement. La profession propose, sans aller jusqu’au tri sélectif, de commencer par séparer au niveau des ménages les poubelles en deux flux : l’un pour le sec – le recyclable – et l’autre pour l’humide. Le sec irait dans des centres de collecte et de tri par quartier, puis par zone avant d’être transporté chez les industriels du recyclage.

Ces centres de tri devront être gérés par la profession en partenariat avec les communes, sous forme de Société de développement local (SDL) par exemple, afin d’éviter d’alimenter le secteur informel et d’améliorer la qualité des déchets recyclables.

Les secteurs du bâtiment, de l’emballage et de la plasticulture [le plastique employé dans l’agriculture NDR] sont concernés. Les récupérateurs informels seraient intégrés à ce changement. Selon nos calculs, le secteur drainerait 24 000 emplois sous forme d’embauche ou via le statut d’autoentrepreneur, par exemple.

Quelle place prend l’informel dans votre secteur ?

Il existe aujourd’hui une quinzaine d’entreprises qui exercent dans le secteur formel du recyclage plastique à Casablanca, Marrakech, Oujda, Agadir et Tanger. D’après une récente étude du ministère de l’Industrie, nous souffrons d’un gap de compétitivité de 30% par rapport au secteur informel qui représente 90% de tout le secteur.

Le système  tel qu’il se présente aujourd’hui est favorable à l’informel puisqu’aucun tri n’est organisé et que la collecte est ‘sauvage’. Le secteur formel ne peut pas se permettre d’acheter et utiliser les plastiques récupérés par l’informel : ils sont vendus beaucoup trop chers pour nous. Avec de tels prix d’achat, nous ne pouvons pas être concurrentiels.

Dans ce contexte, comment se place Valplast, votre société, sur le marché ?

Quand on s’est lancé, Valplast produisait des matières plastiques recyclées pour servir dans la fabrication des brosses et des balais mais nous avons eu des difficultés face aux importations de balais en provenance d’Egypte et de Turquie du fait des accords de libre-échange.

Aujourd’hui, nous avons changé notre fusil d’épaule. Nous travaillons sur les déchets post industriels [chutes et emballages de production] qui ont l’avantage d’être de bonne qualité et les déchets en provenance de l’agriculture. Nous sommes parvenus à créer une boucle : nous vendons des films plastiques [utilisés pour les serres, ndlr] aux agriculteurs pour leur usage et quand ils sont vieux et abîmés – nous connaissons leur durée de vie – nous les récupérons pour les recycler. Le mécanisme fonctionne parce que l’informel ne s’intéresse pas à ces plastiques.

Propos recueillis par Julie Chaudier à Casablanca     –  Usine Nouvelle  –