La mutinerie reprend en Côte d’Ivoire

Des soldats en arme sont descendus vendredi dans les rues de plusieurs villes ivoiriennes pour exiger le paiement de primes. Ce mouvement s’inscrit dans la suite de celui de janvier qui avait ébranlé le pays.
L’accalmie n’aura duré qu’une nuit. Vendredi matin, des soldats ivoiriens, armes à la main, ont repris la rue à Abidjan, ainsi qu’au moins deux grandes villes du nord, Bouaké et Korogho. Ces militaires «mutins» exigent le versement d’une prime qui, assurent-ils, leur avait été promise après un premier mouvement d’humeur en janvier.
Dans la capitale économique, la troupe a entouré le quartier général de l’état-major, sur le Plateau, le centre-ville, à quelques dizaines de mètres de la présidence. Des tirs en l’air, pour écarter les civils, ont retenti toute la matinée. Comme en janvier, ces soldats, qui ont contribué à installer Alassane Ouattara au pouvoir lors de la crise politique de 2011, estiment ne pas avoir été récompensés selon leur mérite. Au début de l’année, ils avaient fini par rejoindre leur camp après avoir reçu l’assurance de toucher une confortable aide: 12 millions de francs CFA (18 000 euros). Selon eux, cinq millions de francs CFA ont déjà été versés à 8 400 hommes, une somme colossale à l’échelle ivoirienne, mais ils attendraient toujours un versement supplémentaire de 7 millions de francs CFA. Le gouvernement ivoirien a reconnu avoir payé des dédommagements, mais sans préciser le montant.
«C’est une rébellion sectorielle. Les soldats veulent de l’argent, c’est tout. Il n’y a pas de fond politique et les hommes sont toujours fidèles au président Ouattara même s’ils critiquent son entourage. Mais cela tombe tout même très mal pour le pouvoir», souligne un observateur.

 
L’image du président abîmée

 

La veille, jeudi, le président avait reçu une délégation de «mutins» qui lui avait assuré être rentrée dans le rang avant de présenter des excuses. «Nous renonçons définitivement à toute revendication d’ordre financière (…) Nous prenons l’engagement solennel de nous ranger et de nous mettre aux ordres de la République», avait affirmé un porte-parole de mutin. Lors de cette rencontre, diffusée en différé à la télévision et très scénarisée, Alassane Ouattara avait remercié ces hommes avant d’insister sur la situation économique délicate du pays. «La Côte d’Ivoire traverse des moments très, très difficiles», soulignait-il. La chute des cours du cacao, dont elle est le premier producteur mondial, a lourdement amputé le budget du pays.
Visiblement, cette cérémonie de réconciliation n’a pas eu l’effet souhaité. Au contraire. Les soldats sortis vendredi de leurs casernes ont affirmé se sentir trahis par cette délégation et ont assuré ne pas avoir été consultés. «On veut être payés», a dit l’un d’eux à l’AFP. «On restera là, 2 jours, 2 mois, 2 ans», a déclaré un autre mutin.
Ces mutineries ont profondément meurtri le président ivoirien et abîmé l’image de redressement et de calme que tente de promouvoir le gouvernement. Elles agacent aussi la majorité de la population qui peine au jour le jour et tarde à percevoir les fruits de la croissance officiellement affichée par le pays.
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Tanguy Berthemet  – Le Figaro –

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