Médias. AT&T–Time Warner : une mégafusion risquée

L’opérateur américain de télécoms est prêt à débourser plus de 85 milliards de dollars pour acquérir l’un des “derniers joyaux de l’industrie du divertissement”. Une opération vivement critiquée.

Dans le monde des médias, “plus c’est grand, mieux c’est”, écrit The New York Times. Une formule qui semble bien résumer le dernier “deal” en date dans ce secteur – de loin le plus gros de l’année : le rachat par l’opérateur américain de télécoms AT&T de Time Warner – propriétaire des studios Warner, mais aussi de chaînes de télévision aussi prestigieuses que CNN et HBO – pour un montant de 85,4 milliards de dollars (78,4 milliards d’euros).

La vente a été validée samedi 22 octobre, lors des conseils d’administration des deux entreprises, transformant ainsi AT&T en un véritable “géant des médias”, poursuit The Wall Street Journal.

En avalant l’un des “derniers joyaux de l’industrie du divertissement”, l’opérateur américain cherche clairement à répondre à la concurrence féroce des chaînes de télévision à la demande sur Internet, telles Netflix, Amazon Prime et Youtube, qui se sont imposées – notamment auprès des jeunes, analyse The New York Times. La formule est simple : détenir à la fois “les tuyaux et les contenus”.

“Les entreprises de télécoms deviennent des entreprises de médias”, relève de son côté le magazine Wired, ajoutant que “les entreprises de médias deviennent aussi des entreprises de télécom”. Les géants de l’Internet que sont Google, Facebook ou Netflix représentent désormais une concurrence directe dans les deux secteurs, relève lui-aussi le site. Ils proposent des contenus médias – notamment des centaines de millions de vidéos – et tentent aussi d’offrir des services de communication, menaçant ainsi les acteurs historiques comme AT&T ou Verizon.“Les entreprises de télécom doivent donc riposter, ce qui implique de défier les géants du web sur le front des médias”, ajoute Wired.

Pari risqué

AT&T, valorisé autour de 238 milliards de dollars, s’était déjà renforcé dans les médias l’an dernier en bouclant le rachat de l’opérateur de télévision par satellite DirecTV pour un montant de 48,5 milliards de dollars.

Selon la presse, ce “mariage de l’année” dans le secteur des télécommunications et de la télévision ne reste pas sans risque : les détails de la fusion entre AT&T et Time Warner seront certainement passés au peigne fin par le régulateur américain de la concurrence, la Federal Communications Commission (FCC), qui guette les abus de concentration et de pouvoir dans les médias.

Le quotidien britannique The Guardian rappelle que le candidat républicain à la présidence américaine, Donald Trump, s’est d’ores et déjà engagé à bloquer cette fusion, qui illustre bien, selon lui, le fait que, dans le secteur des médias grand public, “trop de pouvoir est détenu par trop peu de personnes”. Des “deals” comme celui-ci “détruisent la démocratie”, a-t-il lancé.

“L’administration doit réduire à néant la fusion Time Warner–AT&T”, a commenté, côté démocrate, Bernie Sanders. Pour l’ancien challenger de Hillary Clinton, ce deal entraînera “une hausse des prix et un moindre choix pour les Américains”.

 

Courrier International