Maroc-Chine: une cité industrielle pour accueillir près de 200 usines chinoises

Le groupe chinois Haite va construire, dans le nord du Maroc, une nouvelle cité industrielle et résidentielle de 2.000 hectares qui devrait accueillir d’ici dix ans près de 200 usines chinoises, soit la plus grande plate-forme industrielle chinoise sur le continent. D’un investissement initial estimé à 1 milliards de dollars, la réalisation de cette cité intelligente permettra de générer des investissements de 10 milliards de dollars ainsi que la création de 100.000 postes d’emplois sur la prochaine décennie. C’est l’un des plus gros investissements chinois dans le royaume et qui conforte ainsi la stratégie du Maroc de se positionner en hub régional pour les investissements en provenance de la Chine et à destination des marchés africain et européen.
« Mohammed VI Tanger Tech City » : c’est la nouvelle ville intelligente qui verra prochainement le jour dans la région nord du Maroc et qui est destinée à servir de base pour l’installation de quelques 200 entreprises chinoises spécialisées dans divers domaines notamment l’aéronautique, l’automobile, l’électronique, le textile ou l’agro-alimentaire.

Fruit d’un partenariat entre le groupe chinois Haite, la banque marocaine BMCE Bank of Africa et la région Tanger-Tétouan, les travaux de construction de la nouvelle citée industrielle et résidentielle ont été lancés en grande pompe le lundi 20 mars dernier en présence du roi Mohammed VI. D’une enveloppe initiale estimée à 1 milliard de dollars, le montant total des investissements d’entreprises chinoises qui opéreront à partir de cette plate-forme économique intégrée devront atteindre les 10 milliards de dollars sur les dix prochaines années, avec à la clé, la création de 100.000 postes d’emploi direct dont 90% seront occupés par la population de la région. Une prouesse pour le Maroc lorsqu’on sait que les chinois ont l’habitude de monter des projets industriels à travers un package globale qui inclue financement, main d’œuvre et opérateurs mais qui cadre au mémorandum de partenariat signé à cet effet par les trois acteurs du complexe en marge de la visite royale conduite par le souverain marocain à Pékin en 2016.

Une smart city au cœur d’une plate-forme industrielle en devenir
La construction du nouveau complexe industriel et résidentiel chinois à Tanger, dont le coup de pioche sera donné au deuxième semestre de l’année 2017, va s’étaler sur une durée de dix ans. Le chantier sera réalisé selon le concept « smart city » où « ville intelligente » selon les standards et l’expertise chinoise en la matière.

La pratique qui est actuellement en vogue un peu partout au mode consiste à intégrer, dans le cadre d’une planification urbaine durable, les aspects relatifs à l’écologie, l’habitabilité, l’industrie, la vitalité et l’innovation en matière de gestion urbaine et surtout de prestation de services. « La Cité Mohammed VI Tanger Tech sera construite à l’image de ces nouvelles villes qui intègrent de façon harmonieuse les zones industrielles, commerciales, résidentielles, de services publics et de loisirs, les dotant des technologies les plus évoluées et les plus adaptées aux exigences de la vie moderne », détaille le plan de présentation du projet.

En plus de contribuer à l’essor des activités économiques dans la région de Tanger, le complexe visera à renforcer le positionnement de la métropole comme hub économique de premier plan vers les pays africains. Tanger, la métropole du détroit comme on l’appelle, est en effet en train de s’ériger en véritable plate-forme industrielle orientée vers l’export pour les marchés africains et européens. Le président du groupe HAITE, Li Biao, n’a pas d’ailleurs manqué de souligner que le choix de Tanger pour accueillir ce projet ne doit rien au hasard. En plus de sa position géographique stratégique méditerranéenne, à la croisée des continents européen, africain et asiatique et à seulement 15 kilomètres de l’Europe, la ville dispose d’infrastructures modernes en matière de logistique pour des entreprises industrielles orientées vers l’export.

Disposant d’une zone franche où sont installés depuis belle lurette des milliers d’unités industrielles spécialisées dans la sous-traitance, Tanger est également adossée au plus grand port de transbordement d’Afrique, Tanger Med, lequel avec ses installations connexes figure parmi les plus importants ports au monde en matière de facilité d’échanges maritimes multimodal. D’ici 2018, la métropole sera également reliée à la capitale économique du Maroc par la première Ligne à grande vitesse (LVG) du continent et par conséquent à la place financière Casa Finance City (CFC), la nouvelle place financière orientée vers Afrique.

C’est d’ailleurs pour ces raisons que la zone industrielle de Tanger a accueilli plusieurs firmes industrielles internationales parmi lesquels le constructeur français Renault qui a installé depuis quelques années sa plus grande usine de production d’automobile du continent ainsi que l’avionneur canadien Bombardier. Des entreprises américaines, européennes ou chinoises ont ainsi pris leurs quartiers au niveau de ce pôle de compétitivité de l’économie marocaine qui accueille également des milliers d’équipementiers opérant dans divers domaines.

L’arrivée des entreprises chinoises va ainsi renforcer ce positionnement stratégique qui a été porté par une stratégie volontariste au plus haut niveau de l’Etat marocain et qui est en train de porter ses fruits. Les 200 entreprises chinoises attendues vont en effet se greffer à cette dynamique et selon les premières annonces, elles seront spécialisées dans divers secteurs comme la fabrication automobile, l’industrie aéronautique, les pièces de rechange d’aviation, l’information électronique, les textiles, la fabrication de machines et d’autres industries.

Compétitivité marocaine
Au delà de l’impact de ce projet sur la région de Tanger, la réalisation de ce méga-complexe industriel insufflera un nouveau souffle dans les échanges sino-africains. C’est à ce jour, en effet le plus grand chantier industriel que la Chine va mettre en oeuvre sur le continent, ce qui cadre parfaitement avec la stratégie de d’industrialisation et de diversification des partenaires du Royaume, laquelle accorde un intérêt particulier aux IDE chinois.

« Ce projet contribuera à la renaissance de la route de la soie, si chère à nos partenaires et amis chinois et cette route passera désormais par Tanger et, à partir de là, vers le reste du continent africain, l’Europe et l’Amérique », s’est ainsi félicité le président de BMCE-Bank Of Africa, Othman Benjelloun.
La banque marocaine, présente dans une trentaine de pays africain à travers la BOA, est en effet le partenaire financier de ce projet.

Le Maroc a engagé, depuis quelques années, une véritable stratégie pour attirer davantage d’IDE chinois, une dynamique qui a pris un nouvel élan l’année dernière avec la signature d’une dizaine d’accords de coopération entre des entreprises des deux pays notamment les banques et les industries destinées à l’export. Une stratégie qui séduit visiblement les investisseurs chinois dans le cadre de leur nouvelle feuille de route d’expansion en Afrique, qui se veut plus durable et surtout qui mise plus sur des investissements lourds au détriment des ressources naturelles.

C’est ce qu’a d’ailleurs expliqué le président du groupe HAITE, qui en marge de la présentation officielle du projet, a souligné que « parmi les destinations qui s’ouvrent aux opérateurs chinois, le Royaume du Maroc occupe une position de premier plan, compte tenu de la solidité de ses multiples atouts ».

« La stabilité politique et sociale du Maroc, son économie ouverte sur le monde et déjà bien intégrée dans les chaînes de valeur internationales et consolidée par l’installation de leaders industriels mondiaux, dans des secteurs exigeant qualité et compétitivité, font du Maroc l’environnement d’investissement idéal pour les investisseurs chinois ». Li Biao, Président du groupe HAITE
Ambitions stratégiques marocaines
« Le Maroc doit ce positionnement à sa stabilité politique, au niveau qualitatif et compétitif de ses ressources humaines, à l’ambition et à la capacité de ses entrepreneurs, et à ses accords de libre-échange avec 56 pays dont l’Union européenne, les Etats-Unis et certains pays du Golfe », explique pour sa part le ministre marocain du commerce, de l’industrie et de la promotion des investissements Moulay Hafid Elalamy.

L’initiateur du nouveau Plan d’accélération industrielle (PAI) marocain, lequel vise à rehausser la contribution de l’industrie dans le PIB marocain de 14 à 23 % à l’horizon 2020, mise beaucoup sur les IDE chinois pour atteindre cet objectif. Selon des estimations de la Banque mondiale, la Chine va devoir sous-traiter 85 millions d’emplois sur la décennie en cours et le Maroc compte en capter une bonne partie. « Le Maroc, eu égard à sa triple identité africaine, arabe et méditerranéenne, offre l’avantage d’être pour la Chine, ses entreprises et ses entrepreneurs, une plateforme régionale, financière, de production et d’exportation de plus en plus compétitive ».

« La Chine devra sous-traiter dans les prochaines années 85 millions d’emplois dans les dix prochaines années. Le Maroc ambitionne de capter au moins 1% soit 850.000 emplois grâce aux avantages comparatifs qu’il peut offrir aux investisseurs et investisseurs chinois notamment une plateforme régionale, financière, de production et d’exportation de plus en plus compétitive ». Moulay Hafid Elalamy, ministre marocain du Commerce, de l’industrie et de la promotion des investissements.
Les chinois arrivent en force
Les investissements chinois au Maroc étaient jusqu’à une récente période assez limités et en l’absence de ressources naturelles qui pourraient intéresser les entreprises chinoises, ces IDE se recensaient surtout sur le marché de grands projets d’infrastructures.

En 2013 par exemple, les échanges commerciaux entre les deux pays n’étaient qu’à un volume global de 3,28 milliards de dollars même si la Chine se positionnait déjà au 4e rang des partenaires commerciaux du Royaume. Les investissements chinois ne représentaient alors qu’un peu plus de 0,26% des IDE drainés par le Maroc, et 0,23% du flux d’investissement chinois à destination de l’Afrique.

Cependant, la donne est en train de changer depuis avec une évolution graduelle mais assez significative des échanges entre les deux pays. Le projet du groupe HAITE n’est en effet que la dernière annonce d’IDE chinois au Maroc car plusieurs autres groupes spécialisés dans d’autres domaines comme les énergies renouvelables ou les nouvelles technologies ont annoncé ces derniers temps, leur volonté d’investir massivement dans le Royaume. D’autres unités industrielles sont également déjà installées dans plusieurs autres zones industrielles du Maroc en plus des entreprises opérant dans les infrastructures ou le BTP. Avec les nouvelles ambitions visées de part et d’autres et les perspectives sur lesquelles surfent désormais les relations entre les deux pays, le Maroc est bien parti pour devenir, l’une des plus importantes escales de « la nouvelle route de la Soie », la stratégie d’expansion de la Chine pour les prochaines années. Au cœur de cette stratégie, l’Afrique comme cible privilégiée dans le cadre d’un véritable partenariat sud-sud qui se veut « win-win »….

Aboubacar Yacouba Barma  – LTA –

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