Le Liban met fin à deux ans de vide institutionnel

Michel Aoun a été élu président d’un pays confronté à de considérables défis économiques et sécuritaires.

La 46e tentative fut donc la bonne. Après vingt-neuf mois de vide institutionnel, le Parlement libanais a élu lundi, par 83 voix et 44 bulletins blancs ou nuls parmi les 127 députés présents, le chrétien Michel Aoun à la présidence pour un mandat de six ans non renouvelable. Une élection saluée par la Bourse de Beyrouth et qui fait l’objet, à l’exception du mouvement chiite Amal, d’un rare consensus dans ce pays multiconfessionnel déchiré par quinze ans de guerre civile (1975-1990).

L’ex-général de quatre-vingt-un ans a profité de la volte-face, il y a dix jours, de son ennemi, l’ancien Premier ministre sunnite Saad Hariri, ainsi que de son rival au sein de la communauté chrétienne, Samir Geagea. Tous deux ont levé leur veto à l’élection de Michel Aoun, car, comme l’a reconnu Saad Hariri, l’absence d’un président à la tête du Liban devenait trop dangereuse dans « la mer de sang et de violence qui engloutit la région ». Le Liban a accueilli 1 million de réfugiés syriens, l’équivalent d’un cinquième de sa population. Le pays est aussi confronté à de graves problèmes économiques. « Le chômage frôle les 35 %, la croissance dépassera à peine 1 % cette année comme l’an dernier, la dette publique de 70 milliards de dollars est difficilement soutenable », souligne Bernard Bridi, un homme d’affaires basé à Beyrouth. Les autorités, minées par la corruption, le clientélisme et le communautarisme (il est par exemple imprudent pour un technicien chiite de relever les compteurs d’électricité dans un quartier sunnite), se révèlent incapables d’assurer les services de base, comme l’eau potable ou le ramassage d’ordures. Cela avait suscité en 2015 un mouvement inédit de révolte de la société civile, faisant « paniquer les leaderships traditionnels se partageant le pouvoir depuis des décennies », selon Karim Emile Bitar, de l’Institut de recherches internationales et stratégiques.

Perspective de stabilité

L’élection de Michel Aoun, la première « made in Liban, sans trop d’interférences étrangères », selon Bernard Bridi, offre une perspective de stabilité qui pourrait attirer les investisseurs étrangers. Ces derniers n’ont misé que 2,34 milliards de dollars l’an dernier dans le pays, contre 2,7 milliards en 2013. Cette élection peut être interprétée comme une victoire de l’Iran, soutien de Damas et du Hezbollah alliés à Michel Aoun. Et donc un revers pour Riyad. Mais l’équilibre n’est que peu modifié, puisque Saad Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite, devrait être nommé à la tête du gouvernement en compensation. La Constitution prévoit que la présidence de la république revienne à un chrétien maronite, celle du Parlement à un chiite et celle du gouvernement à un sunnite.

Le revirement des sunnites n’a rien à envier à ceux de Michel Aoun lui-même, qui jugeait il y a peu illégitime le Parlement qui vient de l’élire. Michel Aoun a aussi été poussé en 1991 à quinze ans d’exil en France par le régime syrien auquel il est allié aujourd’hui…

YVES BOURDILLON –  Les Echos –