L’Afrique aux africains (par Cheikh Ibrahim Niasse)

« A chaque partie son peuple, et à chaque peuple sa patrie, or nous sommes le peuple de l’Afrique, donc l’Afrique est à nous et nous sommes à l’Afrique. Chaque patrie sera tôt ou tard gouvernée par ses fils, quels que puissent être les complots ourdis par les ennemis des peuples africains.

Ce vingtième siècle est parcouru par un courant de liberté et de nationalisme que rien ne saurait arrêter, par conséquent tous les pays seront gouvernés par les populations, qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes ou communistes et les peuples sont plus forts que les gouvernements. Quoi qu’il en soit l’ère du gouvernement d’un pays par des étrangers est à jamais révolue. Donc l’Afrique aux Africains. » (Cheikh Ibrahim Niasse)

 

 

 

Présentation du document par le professeur Amar Samb.

L’ancien évêque de Dakar, nous raconte V. Monteil, Mgr Lefebvre, avait, en Janvier 1953, dans le numéro 46 d’Ecclésia, écrit ces lignes : << Où l’Afrique suivra ses aspirations profondes de simplicité, d’honnêteté, de religion, et elle se fera catholique; ou, sous des dehors religieux, elle se confirmera dans ses vices de polygamie, de domination du faible, de superstition, et elle s’abandonnera à l’Islam.>> Monteil poursuivit : <France catholique du 18 décembre : « On a lancé des phrases qui portent à la révolution : le droit des peuples à disposer d’eux mêmes, le droit à l’indépendance,… La mainmise de la Russie ou de la Chine sur l’Afrique devient de jour en jour une réalité. Chose inattendue pour ceux qui connaissent mal l’Islam : ce sont les pays à majorité musulmane qui se détachent le plus rapidement de l’Occident et font appel aux méthodes communistes assez semblables à celles de l’Islam: fanatisme, collectivisme, esclavage vis-à-vis des faibles, sont dans la tradition de l’Islam »… le 5 Janvier, le « Grand marabout » de Kaolack, au Sénégal, adresse en langue arabe une lettre ouverte à Mgr Lefèvbre. Il rappelle la célèbre maxime musulmane : « il faut connaître les hommes par la vérité, et non la vérité par les hommes. » Il montre l’incompatibilité entre l’Islam et le communisme, expose le caractère inéluctable des indépendances nationales et rejette l’accusation d’esclavage en demandant « si ce sont les Musulmans qui ont asservi les Européens, conquérants de l’Afrique ». Il craint que la haine n’aveugle Mgr Lefevbre, ce qui l’amène à « dépeindre l’Islam sous les traits qui caractérisent sa propre religion » >>

Le titre de la lettre à Mgr Lefevbre est : « L’Afrique aux Africains ».

L’AFRIQUE AUX AFRICAINS

Louanges et Remerciements soient rendus à Allah; « la grâce ne peut provenir que d’Allah » (XVII,3 ) ; « Ma réussite ne dépend que de Dieu » (XI,88 ); « Il n’y a de force et de puissance qu’Allah »; les deux Paix sur Son esclave, Notre Seigneur, la meilleure créature d’Allah, sur sa famille et sur ses compagnons tant qu’il y ‘aura un musulman pour déclarer : « Allah est mon Seigneur ».

Dans chaque tribu, il y a les banu Sacd. J’ai donc pris connaissance d’un discours surprenant signé par l’évêque de Dakar, Mgr Lefevbre et publié dans la revue France catholique du mois de septembre 1959 à l’occasion de l’honorable nativité de Jésus, un sermon qui a terni l’honneur de l’Islam et celui de notre Patrie, l’Afrique Noire veux-je dire. Certains passages, que j’ai bien examinés, dénotent l’excès de fanatisme et de partie pris de leur auteur.

Je commencerai par réfuter ces passages-là grâce à un certain nombre de versets du Coran, livre de base de la Religion Islamique, livre qui n’a pas été le produit de l’erreur ni par devant ni par derrière Lui :

« Une Révélation émanant d’un [Seigneur] sage et digne de louanges » (XLI, 42).

« Dis : Ô Dieu, Souverain de la Royauté! Tu donnes la royauté à qui Tu veux et Tu arraches la royauté à qui Tu veux. Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux. En ta main le bonheur. Sur toute chose, Tu es omnipotent » (III,25).

« La terre est à Dieu et Il en fait hériter qui Il veut parmi Ses serviteurs. La Fin [heureuse] est aux pieux. » (VII,125).

« Parmi Ses signes sont la nuit, le jour, le soleil et la lune. Ne vous prosternez point devant le soleil ni devant la lune. Prosternez-vous devant Allah qui les a crées, si c’est Lui que vous adorez! » (XLI,37)

« Dis: Il est Allah, Unique, Allah le Seul. Il n’a pas engendré et n’a pas été engendré. N’est égal à lui personne. » (CXII)

Le premier verset apprend avec certitude à l’homme que la royauté est à Dieu en Afrique et ailleurs. [Dieu] investit du pouvoir qui Il veut et Il destitue qui il veut. Le deuxième verset va dans le même sens mais annonce la bonne nouvelle que la fin heureuse est aux pieux. Le troisième rejette tout, qu’il soit astre ou lune ou à plus forte raison une croix, en ne retenant que Dieu. Les derniers versets montrent que le Très-Haut est l’Un, l’Unique, « le Seul qui n’a pas engendré, qui n’a pas été engendré et dont personne n’est l’égal ». Ce qui prouve que c’est le Créateur, le Très Haut qui est le Bienfaiteur de l’Afrique et pour les autres continents, que c’est Lui qui guérit et qui rend la santé au malade. A chaque partie son peuple, et à chaque peuple sa patrie, or nous sommes le peuple de l’Afrique, donc l’Afrique est à nous et nous sommes à l’Afrique. Chaque patrie sera tôt ou tard gouvernée par ses fils, quels que puissent être les complots ourdis par les ennemis des peuples africains.

Ce vingtième siècle est parcouru par un courant de liberté et de nationalisme que rien ne saurait arrêter, par conséquent tous les pays seront gouvernés par les populations, qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes ou communistes et les peuples sont plus forts que les gouvernements. Quoi qu’il en soit l’ère du gouvernement d’un pays par des étrangers est à jamais révolue. Donc l’Afrique aux Africains.

Mais gouverner un pays est une chose, et s’attacher à la religion en est une autre. Si nous en revenons à la religion, voici ce que proclame le Coran, dernier livre révélé par Dieu : « La religion, aux yeux de Dieu, est l’Islam » (III, 17). Que quiconque ne croit pas à l’enseignement du Coran et croit en Dieu seul, alors, comme nous l’avons déjà dit, il croit forcément à un objet qui n’entend ni ne voit, un objet inanimé crée par l’homme lui-même tel que la croix ou les statuettes. Dieu est grand!

« Quiconque veut être juste, reconnaîtra les hommes par la vérité et non la vérité par les hommes». Chaque religion compte des hommes parfais et imparfaits. Si en Islam, on relève des imperfections chez certains musulmans, cela se traduit par un écart de la voie droite et une iniquité, un abus et une injustice.

Mais affirmer que le communisme se trouve là où il y a l’Islam, c’est un mensonge flagrant, car le communisme se répand beaucoup plus dans les pays où l’Islam n’est pas encore pratiqué. La vérité est que le communisme est contre l’Islam. Est-ce l’Islam qui est à l’origine du communisme en Europe? Que non !

Si le communisme s’est installé en Afrique – en supposant qu’il s’y soit installé – cela est à amputer aux pays dont les habitants ne pratiquent pas l’Islam. Dans notre pays, l’Islam s’est répandu – s’il n’a pas vu le jour – depuis des siècles, avant l’arrivée des Européens; le communisme et le Christianisme n’y ont pris racines qu’après que les Européens se sont emparés de l’Afrique Noire. Sur ce, le fait que ces pays soient délivrés du joug des étrangers n’entraîne pas nécessairement l’invasion de l’Afrique par le communisme, c’est le contraire.

Quant à la servitude des Africains, voici la question que je pose à ce sujet: sont ce les quelques européens chrétiens, envahisseurs et colonisateurs de l’Africain qui ont essayé de les asservir ou le contraire?

Qu’une partie des hommes asservisse une autre partie, ce fait l’Islam l’a constaté dans le Coran, base de cette religion: « Dis : Ô Détenteurs de l’Ecriture ! Venez à un terme commun entre vous et nous, [à savoir], que [comme vous] nous n’adorons qu’Allah et ne Lui associons rien, [que] les uns et les autres ne nous prenons point des Seigneurs en dehors d’Allah » (III,57), cela est sans doute évident. Si certains privilèges vont à une portion du genre humain, tels que rois et marabouts ou clergé, c’est ce qu’on entend par asservir les gens; les privilèges accordés en dehors de l’Afrique et de l’Islam, à un roi ou à un chef d’Etat ou à une religion présentent un danger plus grave et plus pernicieux pour les faibles et les travailleurs.

Un auteur chrétien s’est posé cette question : « A-t-on fixé les limites de l’Egalité après la Révolution françaises [de 1789] et la déclaration des droits de l’Homme? ». Et il a ajouté : « Leurs rois, les nobles, les patrons, les chefs attitrés et les chefs religieux ne continuent-ils pas à jouir de privilège, comme si la loi commune leur avait reconnu des droits et une certaine prééminence? Devant la loi commune, ne continue-t-on pas à tisser pour ceux-là des habits autres que ceux destinés au menu peuple. Ceux-là ne paient ni taxes de douane ni impôt. Ne remarquez-vous pas que ces états occidentaux privilégient une grande partie des chefs religieux qui possèdent le tiers des terres de ces pays, le tiers des immeubles de leur patrie…, les terres sont exemptes d’impôts fonciers (dont ils sont exonérés) qui leur rapportent des revenus deux fois autant et davantage, pour qu’ils accroissent leur commerce et amassent l’or.

Voilà ce qu’a dit un auteur chrétien: voilà ce qu’on appelle asservir les gens. Les travailleurs pauvres et les gens paysans malheureux paient des impôts de plus en plus lourds, tandis que les prêtres paresseux et oisifs voient leurs biens augmenter au point que chacun d’eux détient une richesse beaucoup plus considérable que celle d’un milliard de ses concitoyens réunis, malgré le tapage que font ces privilégiés autour de l’équité, la justice et l’égalité.

« Ne satirise pas un homme plus âgé que ton père,

Peut-être que, sans le savoir, tu décoches des traits à ton père »

Quelle distance sépare cet état-là de l’obligation pour les riches de prélever une aumône légale au profit des pauvres [que préconise l’Islam] ?

Quant à l’instruction, l’éducation et la culture que donnent les missionnaires chrétiens, comme l’a prétendu Mgr Lefevbre, elles ne représentent que les dix pour cent que celles que diffusent les maîtres de l’Islam dans les plus grandes contrées de l’Afrique, à moins que cet enseignement, cette éducation et formation et cette culture ne soient les seules diffusées [c’est-à-dire, musulmanes ], à moins que le nombre des grandes et petites mosquées et les madersa [écoles musulmanes] où enseignent bénévolement des maîtres musulmans ne soit un grand multiple de celui des églises, et dans ce dernier cas les gouvernements ne les subventionnent pas, mais les musulmans ne comptent que sur Dieu et sur eux-mêmes, contrairement à ce qui se fait dans les écoles non musulmanes; voilà ce qui s’appelle l’égalité et le respect des droits de l’Homme.!

L’auteur de l’article incriminé avait osé écrire sans rougir ce propos : « L’esprit de routine le plus aveugle, la subordination la plus sotte et l’asservissement des faibles, voilà les faits qui constituent le traditionalisme de l’Islam ».

L’amour d’une chose pousse à couvrir ses laideurs et la haine pour une chose entraîne à taire des beautés. C’est pourquoi Mgr Lefèvbre a affublé l’Islam des défauts de sa religion. Ce sont les prêtres qui ont déclaré : « La religion est au dessus de la raison », par leur manie d’attacher les gens à leur char sans étudier à fond les vérités essentielles de leur religion, mais par l’imitation aveugle, suivisme bête!

Quand une tribu me jetait des pierres et que je les leur retournais

Suis-je injuste, en cela, envers les Hamdân

« Si vous en remettez, Nous vous retournons la pareille » (VIII,19) . A tort celui qui a commencé le premier [à critiquer]. Le reste de ses fantaisies ne mérite pas de réponse.

 

par CHEIKH AL ISLAM IBRÂHÎM NIASS (1900 – 1975)

(une défense de l’Islam, traduction de Feu Amar Samb)

source: Professeur Gane Samba LO
www.faydhatijaniya.org

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