L’Afrique a-t-elle un problème civilisationnel ?

Partout où la politique n’a pas été au service du peuple, la guerre a pris le dessus, les foyers de radicalisation ont tissé leur toile. Quand se résoudra-t-on à cesser de ratiociner à l’infini, comme dans le feuilleton sur la natalité, la civilisation évoquée par Macron au G20, pour vraiment agir  ?

Personne ne souhaite, par exemple, voir un jour le parti unique reprendre ses lettres de créances. Personne ne souhaite voir des dynasties s’arroger le pouvoir. Personne ne veut subir une purge à cause de ses idées. Vu les tournures que prennent en ce moment le débat d’idées en Afrique, on s’achemine impudemment vers l’inertie. On ne peut plus critiquer, innover, sans être voué aux gémonies.

Ces mêmes élites africaines, défendent souvent avec acharnement, des félonies qui se sont enrichies sur le dos des contribuables. D’autres installent au pinacle, des despotes qui se sont arrogés le pouvoir par la fraude électorale…Il faut se taire face à toutes ces incongruités, de peur de se retrouver à la solde d’une meute fanatisée, baptisée ou auto proclamée nationaliste.

Pour aller au delà du précédent qui oppose Macron aux intellectuels africains, il faut combattre cette spécialité africaine intitulée le « brouillage des pistes ». Cette spécialité consiste à ne jamais accepter ses erreurs, mais les faire porter aux autres. C’est bien dommage que de nos jours on soit restés postés dans une forme de superstition, qui voudrait que les auteurs de nos malheurs soient : Les sorciers ou les Blancs.

Un des points essentiels du malaise ressenti aujourd’hui en Afrique, repose d’abord sur la crise ou les crises multiformes, ensuite sur le brouillage politique savamment orchestré par notre élite. Par ailleurs, cette distorsion entre la pensée et l’action, a pour conséquence l’absence de sens civique, l’improductivité de la pensée politique.

Ce constat n’est pas du simple fait des politiques, mais va bien au-delà. Où sont passés les intellectuels, où sont passés ces visionnaires qui depuis les temps les plus anciens, fondent leur argumentaire sur leurs connaissances universitaires ? Ces visionnaires qui peuvent vous parler de l’Aéropage, de la Grèce Antique, de Maurasse, mais sont incapables d’inciter les citoyens à s’inscrire sur des listes électorales, à respecter le planning familial.

Nous sommes aujourd’hui dans une sorte d’obscurantisme des temps modernes, où les réseaux sociaux, et une certaine opinion, par son impact et son influence sur la population, a remplacé le droit à l’inventaire par l’invective.

Elaborer un programme civique ou politique, ce n’est pas égrener un chapelet incantatoire de mise à mort d’untel ou d’un Etat. C’est de mettre à la disposition de la société les bonnes compétences, encadrées par de solides institutions.

Se limiter à une déclaration fut-elle celle de Macron, est un raccourci. Les maux qui minent notre société sont connus de tous. Les responsables africains de ces maux sont connus de tous. Alors, si nous voulons éviter qu’on nous fasse des réflexions parfois douloureuses, il faut donner à notre société un avenir, une vision civique, un rêve civilisé ! Le défi civilisationnel demeure la bonne gouvernance et la démocratie.

Aimé Mathurin Moussy    –  Agoravox –

Afriact.net