Klaus Schwab, l’étonnant fondateur du Forum de Davos

Alors que s’ouvre à Davos le 47e Forum économique mondial, retour sur la personnalité de son fondateur.

 

Qui est Klaus Schwab ? Dans « le Nouvel observateur » du 15 février 1996, Christine Mital brosse le portrait de cet économiste allemand qui eut l’idée, en 1973, de créer un rendez-vous annuel, devenu un cénacle incontournable, réunissant les puissants du monde économique et financier.

« Le G.O. du village planétaire »

Par Christine Mital, 15 février 1996

Chaque année, début février, cet homme est atteint d’étranges symptômes : sa nuque se fait plus raide, sa démarche devient impériale. Sanglé dans un strict blazer bleu marine, chauve comme une mappemonde et ne perdant pas un pouce de sa haute taille, il n’avance plus que les épaules rejetées en arrière, le bras gauche replié derrière le dos et la main droite en avant, prête à être saisie. A Davos, au milieu des Alpes suisses, le Doktor Klaus Schwab, 58 ans, fondateur, animateur et grand responsable du World Economic Forum, accueille ses « invités ».

La bible Schwab

Ce matin-là, il a accepté qu’on le suive. Deux pas derrière lui. Vue imprenable sur le « global village » ! Tous, milliardaires, ministres, grands patrons, intellectuels, chefs d’Etat se pressent sur son passage. Victime d’une extinction de voix qu’il soigne à coup de piqûres de cortisone, il répond à peine. Le président du Pakistan, Farocq Legahri, voudrait un forum pour le cinquantième anniversaire de son pays. Schwab met ses conditions : pas question de se laisser piéger dans une conférence islamique ; l’Inde doit être invitée; les hommes d’affaires aussi. Remonté dans sa voiture blindée, il donne ses instructions à son principal collaborateur, Claude Smajda:

« Parlez-en à Singh. Il m’a envoyé ses remerciements personnels pour le rôle que nous avons joué dans l’ouverture de son pays. »

Singh ? A Davos, il faut toujours avoir sous la main la bible Schwab – sans doute l’annuaire le plus chic du monde qui donne nom, titres, et CV des 1.000 participants, sans oublier le prénom de leur femme. Singh, bien sûr, est le ministre des Finances de l’Inde et bien sûr, il est là !

En trois minutes, le téléphone mobile a sonné au moins dix fois. Le Premier ministre tunisien s’impatiente. Qu’il attende… Après tout, l’année dernière, Clinton, pour prendre la parole en direct de la Maison Blanche lors de la séance inaugurale du forum de Davos, a bien attendu que Schwab ait fini son discours. Smadja ira au rendez-vous tunisien. Klaus Schwab, aidé de sa femme Hilde, préfère vérifier l’emplacement de chaque convive au déjeuner du conseil d’administration du Forum qu’il présidera tout à l’heure. Dans la salle à manger de l’hôtel Schweizerhof, quelque 300 milliards de dollars de chiffre d’affaires se pencheront sur l’avenir du monde et sur celui du… Forum.

Les dollars, meilleur remède contre les armes

Minutie dans l’organisation, mégalomanie dans la vision, voilà sans doute ce qui a fait, en vingt-cinq ans, de ce professeur d’économie, plutôt terne, de l’université de Genève le GO du village planétaire. Son premier Forum, il l’organise dès 1971, après avoir lu « le Défi américain » de Jean-Jacques Servan-Schreiber. L’assistance n’est alors qu’européenne mais Schwab a déjà une idée fixe : il ne peut pas y avoir de paix sans bonne économie. Les dollars sont le meilleur remède contre les armes. Cette année, Pérès et Arafat, après s’être serrés pour la première fois la main sous les yeux du bon DoKtor en 1993, étaient de nouveau à Davos. Mais ils ont surtout parlé à des industriels et des banquiers.

L’après-midi, le cirque reprend : accueil de la délégation chinoise, puis de la délégation coréenne, puis de la délégation philippines, puis de la délégation polonaise… Chacune remercie chaleureusement le Doctor Schwab de « leur ouvrir la porte du monde ». L’intéressé, qui a de moins en moins de voix, acquiesce avec majesté. Un grand patron, qui est aussi un de ses fidèles soutiens, constate :

« Une fois par an, du haut de ses montagnes, Schwab se prend pour le maître du monde. Mais, sans cette mégalomanie, il n’aurait jamais réussi. Et nous avons besoin de gens comme lui. »

Si les dollars votaient, Schwab décrocherait le Prix Nobel de la paix !

Christine Mital

L’article « Le G.O. du village planétaire », dans « le Nouvel Observateur » du 15 février 1996. (L’Obs)

L’Obs

 

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