Kenya: La tentation de l’atome

La tentation de l’atome. Le Kenya y a allègrement succombé sans réserve aucune. Au moment où la tendance mondiale est de « verdir » les sources d’approvisionnement en énergies, la première puissance d’Afrique de l’Est nourrit le rêve de se doter d’une centrale nucléaire pour alimenter les foyers kényans en électricité. Une ambition qui attise la convoitise des puissances et qui escamote les avertissements de Tchernobyl et de Fukushima.
Après l’Afrique du Sud, le Kenya, nouvelle puissance atomique africaine ? Cette projection du pays est-africain devrait se concrétiser dès 2027 avec la mise en fonction de la première centrale nucléaire du pays et même de la région. Mais la saga vers le nucléaire a débuté en 2010 lorsque le Conseil national économique et social (NESC) entrevoit dans l’atome des points de compétitivité pour l’économie kényane.

Le nucléaire pour compenser l’épuisement programmé des autres sources d’énergie
Pourtant, les raisons de cette ruée vers le nucléaire sont beaucoup plus profondes. Avec l’insuffisance de la production à partir des ressources hydrauliques, éoliennes et même géothermiques programmé en 2025, le Kenya qui importe de l’électricité de l’Ethiopie, veut trouver des sources alternatives pour satisfaire sa forte demande intérieure en énergie, accélérée par une industrialisation massive et rapide.

Pour anticiper ce tarissement des sources d’approvisionnement, le Kenya veut intégrer l’énergie nucléaire dans son mix énergétique dans une décennie. Dans un premier temps, le premier des 1.000 MW devrait être intégré au réseau de distribution dès 2027. Mais le Kenya veut aller vite, très vite même… Moins d’une décennie plus tard, la capacité nucléique installée devrait atteindre 4.000 MW.

Les ambitions nucléaires kenyanes sont portées par la Kenya Nuclear Electricity Board (KNEB) qui multiplie les partenariats à l’international pour bénéficier de l’expérience et de l’expertise nucléaires pour le choix des sites et les études faisabilité. Des pays comme la Slovaquie, la Corée du Sud, la France et désormais la Chine se sont pressés à Nairobi pour proposer leur savoir-faire dans l’exploitation du nucléaire.

Après l’Afrique du Sud, le Kenya pour tenir la corde nucléaire
« Nous avons déjà signé des accords avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ainsi que le gouvernement chinois pour accélérer le développement de l’énergie nucléaire au Kenya. Néanmoins, en raison de nouveaux défis tels que la nécessité de mettre en place l’infrastructure nécessaire, la centrale électrique ne peut être fonctionnelle qu’après 2027 », révèle Collins Juma, le PDG de la KNEB lors de la quatrième édition du Débat sur la grande énergie, ce jeudi 15 juin.
Ce ne sont ni les coûts du projet de centrale nucléaire estimés à 9 milliards de dollars, ni les risques du recours à cette énergie décriée en cette période de transition verte, qui vont faire reculer le Kenya. La première puissance d’Afrique de l’Est est même restée impavide face à ceux qui agitaient l’épouvantail des milliers de morts après les catastrophes nucléaires de Tchernobyl (en Ukraine) en 1986 et plus récemment celui de Fukushima (Japon) en 2011.

Résolument engagé à détenir une centrale nucléaire, le Kenya va peut-être relancer sur le continent, la course à l’énergie nucléaire pour damer le pion à des pays comme le Maroc, le Ghana, le Niger, la Tunisie et même l’Ouganda, réticents mais qui ambitionnent de rejoindre l’Afrique du Sud sur la liste des puissances nucléaires énergétiques émergentes. Pour l’heure, le Kenya semble avoir une longueur d’avance pour se targuer d’être la seconde puissance nucléaire d’Afrique.

 

Ibrahima Bayo Jr.    -Energie : quand le Kenya se rêve en puissance nucléaire-

 

– LTA-