Italie, retour à la case départ

Matteo Renzi jette l’éponge après son échec au référendum, ouvrant une période de crise politique qui risque de fragiliser davantage la troisième économie de la zone euro.

Le résultat du référendum de dimanche sur le projet de modification de la constitution que Matteo Renzi avait proposé est sans appel : quelque 60 % contre, 40 % pour. Le président du conseil italien, qui avait transformé le scrutin en plébiscite, en a tiré sans tarder les conséquences en annonçant sa démission, laissant le pays en pleine crise politique.

Car le spectre des partisans du « non » est large, allant de l’ancien président du conseil, Mario Monti, pro-européen, au parti populiste de « 5 étoiles » de Beppe Grillo et à la Ligue du nord qui militent en faveur d’une sortie de la zone euro. D’autant que l’imbroglio sur la réforme du système électoral, qui est à l’étude à la Cour constitutionnelle, divise l’ensemble de la classe politique transalpine.

Pas d’embarras à Bruxelles

Pour autant, une telle perspective n’a pas embarrassé les autres membres de la zone euro. En marge d’une réunion de l’Eurogroupe ce lundi, Wolfgang Schäuble a assuré que « les Italiens avaient beaucoup d’expérience pour gérer ce genre de situation », et qu’il ne voyait « aucune raison de parler d’une crise de l’euro ». Son fidèle allié, et président de l’Eurogroupe, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem juge même, avec son sens habituel de la litote, que « les problèmes que nous avons aujourd’hui sont les problèmes que nous avons connus hier ». Bref, Matteo Renzi n’est déjà plus qu’un souvenir à Bruxelles.

Les marchés avaient, il est vrai, anticipé le résultat. Les taux italiens se tendaient légèrement en matinée, à 2% pour le 10 ans, et si l’euro a touché un point bas lundi matin face au dollar, il reprenait un peu de vigueur par la suite. Les Bourses européennes étaient orientées à la hausse, sauf Milan en légère baisse (qui accuse toutefois une perte de 20% depuis le début de l’année). Mais cette relative quiétude des marchés est d’abord à mettre au compte de l’absence de risque de liquidité tant pour les Banques que pour l’Etat, grâce au mécanisme de soutien de la BCE.

Plus problématique est l’incertitude politique qui ne va pas arranger la situation de la troisième économie de la zone euro. Le chômage y reste élevé, à 12%, et même si la croissance s’améliore, 1,8% prévu pour 2017, cela reste insuffisant pour imprimer une dynamique de nature à réduire une dette publique importante (130% du PIB). Last but not least, celle-ci est largement détenue par les banques locales, qui restent le maillon faible de l’économie italienne en raison d’une sous-capitalisation chronique, sans que les pouvoirs publics puissent agir, l’Union bancaire européenne l’interdisant.

Le problème bancaire

On attendait d’ailleurs toujours ce lundi le résultat de l’opération d’augmentation de capital de Monte dei Paschi, le troisième établissement bancaire de la Péninsule, qui est emblématique du secteur, avec une capitalisation boursière qui a fondu de plus de 80% depuis le début de l’année.

Pour autant, ne soyons pas injustes, l’Eurogroupe avait bien mis à l’ordre du jour un point sur l’Italie, en l’absence de son ministre des Finances. Il a recommandé à Rome d’accélérer son programme de privatisations l’année prochaine. Une recommandation qui, cependant, a reconnu Jeroen Dijsselbloem, l’Italie n’est pas en mesure de remplir dans l’immédiat, compte tenu de la situation politique…

Par Robert Jules  – La tribune –