Intrapreneuriat, Open Innovation… « l’Afrique invente son modèle »

Le cabinet international d’audit et de conseil Mazars vient de dévoiler son étude sur l’innovation en Afrique. Estimant que le continent a été propulsé par l’entrepreneuriat, l’étude assure d’une chose : l’Afrique est en train de créer son modèle au travers de « l’intrapreneuriat » et l’open innovation. Explications.
« L’Afrique n’est pas ce continent qui cherche à « rattraper son retard » via l’innovation. Elle invente son modèle, trouvant des solutions pragmatiques et innovantes aux enjeux de développement et de croissance qui lui sont propres, en actionnant différents leviers. [Et] parmi ces leviers : l’intrepreneuriat et l’open innovation ». C’est ce qu’affirme sans détour une étude du cabinet international d’audit et de conseil Mazars. Intitulée : « Afrique : les nouvelles voies de l’innovation – dans le sillage des catalyseurs de l’intrapreneuriat et de l’open innovation », les résultats de cette étude ont été dévoilés ce mardi 21 mars à Genève à l’occasion de l’Africa CEO Forum qui ferme ses portes ce jour.

C’est quoi l’intrapreneuriat ? Il s’agit d’une initiative interne à une entreprise via laquelle les salariés se voient donner l’opportunité et le support de créer de nouveaux produits et services, de manière incrémentale ou radicale, sans suivre les processus et protocoles classiques de l’entreprise, en prenant le risque de sortir de la voie tracée du salariat. L’open innovation est quant à elle définie comme l’usage délibéré de savoirs internes et externes pour accélérer l’innovation au sein d’une organisation et étendre les marchés de l’organisation pour un usage externe de l’innovation.

« Nouvelle étape »
Pour tâter de près cette « invention » du modèle africain, Mazars a mené des entretiens sur le terrain, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest du continent avec des intrapreneurs, des responsables de l’innovation et des dirigeants d’entreprise. Le rapport relate une série de rencontres et d’expériences parmi lesquelles celle d’Adama Kane, employé chez la Sonatel, filiale dakaroise du groupe de télécoms Orange, qui a bénéficié d’un financement de la part de son employeur pour le lancement de son application qui est en fait une pharmacie communautaire virtuelle, JokkoSanté. Plus loin, à Kigali (Rwanda), les agents de Mazars ont pu rencontrer de véritables « modèles » de l’open innovation.

Pour Abdou Diop, Managing Partner de Mazars au Maroc et orateur à l’Africa CEO Forum, avec de telles dynamiques, les entreprises du continent devraient de plus en plus s’intéresser à ce type de démarches:

« Continent de la disruption technologique, l’Afrique franchit actuellement une nouvelle étape en matière d’innovation. Après les success stories des fintechs et de la bancarisation du secteur des télécommunications, le continent connaît un nouvel élan avec les pratiques d’intrapreneuriat et d’open innovation qui apportent des solutions locales pragmatiques dans des environnements ne bénéficiant pas toujours des ressources internes et du cadre réglementaire propices à la création d’offres innovantes. C’est désormais aux entreprises de s’impliquer dans ce type de démarches afin de répondre aux besoins de proximité du marché et de créer une culture d’agilité qui les aidera à réinventer leur business model. »
Les conseils aux CEO
C’est d’ailleurs pour cette raison que le cabinet international a choisi de présenter les résultats de son étude à cette grande messe des patrons d’entreprises. Selon le rapport, près de 70% des salariés sondés en Afrique sont prêts à quitter leurs entreprises si elle n’est pas favorable à l’innovation et à l’intrapreneuriat.

Avec de tels constats, Mazars conseille aux CEO de se donner les moyens de constamment réinventer leur business, se familiariser avec les nombreux cas d’étude dans les écosystèmes entrepreneuriaux africains, faire confiance à ces écosystèmes, considérer l’innovation comme un engagement, non une fin en soi, et enfin focaliser l’attention sur la croissance des entrepreneurs.
« Face à la menace d’ubérisation, les entreprises qui survivront seront celles qui sauront  »s’autodisrupter », en étant capables d’internaliser le meilleur du monde des start-ups et en faisant de leurs collaborateurs internes des innovateurs qui, au sein d’équipes cross-fonctionnelles ouvertes, créeront de nouvelles offres, de nouveaux produits/ services, des business-units ou des start-ups », conclut l’étude.

 

 

Ristel Tchounand  – LTA –

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