From Davos With Love : pourquoi il faut aller à la Montagne (Abdelmalick Alaoui)

Désigné par ses détracteurs comme « Le conclave économique des élites mondialisées », le Forum de Davos démarre demain sur les hauteurs suisses, réunissant près de trois mille participants pour quatre jours de débats. Cible récurrente des adversaires de la mondialisation, qui y voient surtout une agora propice à un entre soi confortable regroupant politiques et capitaines d’industrie, le World Economic Forum (WEF) n’a pourtant jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui, à l’aube d’un basculement des mondes.

Placé sous le double thème de la quatrième révolution industrielle et du leadership responsable, chers au fondateur du Forum, Klaus Schwab, Davos est en effet une occasion unique pour les leaders politiques et économiques ainsi que les représentants de la sphère civile de pouvoir s’extraire des urgences du réel pour adresser, dans un espace cristallisé et protégé, les périls du futur et les opportunités du présent.

Périls du futur et opportunités du présent

En effet, nulle part ailleurs, malgré le foisonnement de forums et de conférences, il n’a été  possible au cours des décennies passées de réunir dans un même espace et au même moment une telle capacité décisionnelle, autant de matière grise, et surtout, autant de force économique et politique pour discuter de sujets aussi prégnants que la fin de l’emploi, la montée des nationalismes, l’Intelligence artificielle, ou encore la transition climatique.

Dans ce contexte, certains regrettent le fait qu’une telle coalition de puissants puisse se concerter et prendre potentiellement des décisions cruciales pour le devenir de l’humanité dans l’anonymat de palaces enneigés, en dehors de tout contrôle démocratique, et sans avoir reçu de mandat populaire. L’argument est séduisant, mais il se base toutefois sur une assomption fausse : les leaders mondiaux ne se retrouvent pas à Davos pour trancher et décider, mais pour réfléchir et partager, deux tâches que leurs agendas surchargés ne leur permettent pas toujours d’accomplir le reste de l’année.

Car c’est là que se situe l’avantage fondamental d’un forum qui permet de suspendre le temps. Davos se place à contre-courant de la formidable accélération de l’histoire qui a frappé de plein fouet le temps politique et le temps économique. Pression des mandats, des conseils d’administrations ou des électeurs, le leader contemporain est désormais soumis à une course de vitesse dont il ne maitrise quasiment plus aucun paramètre, ce qui le pousse à offrir un primat au court terme et aux bénéfices immédiats, et donc, inévitablement, à commettre des erreurs.

Cette accélération est visible jusque dans le monde du Football. Au début des années 70, un attaquant avait en moyenne 3 secondes pour prendre une décision. En 2017, ce temps décisionnel est estimé à moins d’une seconde. C’est donc peu dire à quel point les leaders du monde ont besoin d’un moment pour se déconnecter des « trains fous » qu’ils conduisent afin de pouvoir à nouveau apercevoir les mouettes annonciatrices des rivages du progrès.

Afrique anglophone VS Afrique francophone

Pour l’Afrique, le Forum Economique Mondial constitue également une formidable opportunité de faire porter la voix du continent et accélérer la prise de conscience globale que nous ne pourrons rester encore longtemps à la traîne, au risque de créer une zone d’instabilité durable dont les répercussions iront inévitablement laminer la rive nord de la Méditerranée.

Dans ce contexte, sans surprise, l’Afrique anglophone est plus réactive et mieux représentée, là où l’Afrique francophone peine encore à se positionner. Pourtant, pour l’Afrique Centrale, de l’Ouest et du Nord, le Forum Economique Mondial constitue un moment propice pour rencontrer les donneurs d’ordre internationaux et leur faire la pédagogie du projet de cette partie du continent, voire de contribuer à accélérer les Investissements Directs Etrangers (IDE). Dans le cas d’espèce, il est impératif que les leaders d’Afrique Francophone, et notamment les opérateurs économiques,  comprennent que la montagne ne viendra pas à eux, et qu’il leur faudra donc impérativement aller à la montagne…

Abdelmalick Alaoui  – La Tribune –

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