Francophonie : Madagascar tente de cacher sa misère et ses pauvres

A Madagascar, l’organisation du sommet de la Francophonie fait débat et crée la polémique. A quelques jours de l’événement, les organisateurs et les pouvoirs publics semblent tout faire pour cacher la misère et contraindre les pauvres à rester chez eux.

 

Ainsi, les mesures liberticides se multiplient. Dans la nuit de lundi à mardi, des centaines de pauvres, qui dorment sur les trottoirs d’Analakely, ont été déplacés du centre-ville en pleine nuit par les forces de l’ordre. Les « 4’Mi » comme on a coutume d’appeler les SDF à Madagascar, ont été parqués au service d’entretien des bâtiments administratifs.

 

Plusieurs quotidiens malgaches évoquent par ailleurs l’interdiction pour les malgaches de circuler à deux-roues, scooter et moto. Les fameuses charrettes malgaches devraient également être interdites durant la semaine du sommet. Officiellement, lors d’une conférence de presse, ce matin, à la Commune urbaine de Tananarive, relayée par la radio Antsiva, la préfecture de police aurait évoqué des mesures liées au respect de la loi et non à l’organisation du sommet.

 

A Madagascar, personne n’est pourtant dupe sur les raisons de telles dispositions, d’autant que les autorités, par l’intermédiaire des présidents de Fokontany, qu’on pourrait qualifier de mairies annexes, ont transmis des messages à la population pour leur recommander de ne pas se balader avec des savates ou des vêtements usagés durant la semaine du sommet. Personne ne sait toutefois comment pourrait être sanctionné ce « délit » pour les personnes mal fagotées.

 

Le gouvernement malgache avait déjà surpris la population en décrétant  une semaine de vacances  scolaires durant l’organisation du sommet. Les petits malgaches resteront donc à la maison pendant l’événement, ce qui est à l’origine de quelques éditos bien salés dans la presse malgache à l’encontre du régime d’Hery Rajaonarimampianina.

 

La colère gronde

 

Côté circulation, il est également prévu que certains axes ne soient plus desservis par les fameux Taxis « Be», les transports en commun de la Grande-Ile. Cela devrait notamment être le cas pour ceux qui permettent aux malgaches de se transporter de la capitale vers Ivato, la proche banlieue où se situe l’aéroport et où se déroulera le sommet.

 

La colère gronde doucement mais sûrement, d’autant que la communauté d’Antananarivo a déjà entrepris de virer les nombreux marchands ambulants qui gravitent autour du centre-ville. Ces dernières semaines, les conflits se sont multipliés entre les marchands et la police municipale. La plupart du temps, l’arrivée de la police entraîne des scènes plutôt cocasses avec des dizaines de personnes fuyant les policiers en courant avec tout leur barda sur la tête.

 

Mais parfois, les descentes ne se passent pas bien et des violences policières sont dénoncées. Dernièrement, on a même frôlé l’affrontement armé entre militaires et policiers. La femme d’un militaire avait été malmenée par des policiers municipaux (lire ici). Par solidarité, ses collègues avaient débarqué en plein centre-ville pour dénoncer les violences de la police. L’initiative aurait pu dégénérer, d’autant que les militaires étaient soutenus par la foule.

 

A Madagascar, les mesures coercitives prises pour organiser le sommet de la Francophonie pourraient laisser des traces…

zinfos974