Etats-Unis: Les grands électeurs peuvent-ils ne pas voter pour Trump ?

Le système électoral indirect aux Etats-Unis est critiqué de toutes parts depuis l’élection de Donald Trump, mais ses particularités donnent l’espoir aux opposants du nouveau président de voir l’élection renversée.

 

Les grands électeurs peuvent-ils ne pas voter pour Trump ?

Depuis l’élection de Donald Trump, mardi 8 novembre, à la Maison Blanche, ses opposants cherchent tant bien que mal de trouver des moyens de voir sa présidence rapidement se terminer, voire ne pas débuter. Sur le site Change.org, une pétition intitulée «Au collège électoral : élisez Hillary Clinton comme présidente le 19 décembre» a recueilli en six jours plus de 4,3 millions de signatures. Cet espoir de voir les grands électeurs rompre les rangs pour se conformer au vote populaire qui donne la démocrate gagnante, est quelque peu utopique mais pas totalement dépourvu de sens.

 

Comment marche le collège électoral ?

Aux Etats-Unis, contrairement à la France, le président est élu au suffrage indirect. Le 8 novembre, en cochant sur leur bulletin, le nom d’Hillary Clinton, Donald Trump, Jill Stein ou Gary Johnson, les citoyens américains ont, en fait, élu des grands électeurs, 538 au total. Dans tous les Etats, sauf le Maine et le Nebraska, le système du «winner takes all» (le gagnant prend tout) s’applique : le parti qui remporte la majorité des suffrages gagne la totalité des grands électeurs. En Californie, les 55 grands électeurs sont donc censés voter pour Hillary Clinton, et les 29 de Floride voter pour Donald Trump. Dans le Maine et le Nebraska, la répartition se fait de manière proportionnelle.

 

Elections américaines : les résultats par Etat au 15 novembre

 

Il fallait 270 grands électeurs à Trump pour gagner l’élection, il en a obtenu 290. Mais ce n’est pas fini. Ces grands électeurs élus doivent encore se réunir, par Etat, le 19 décembre, pour élire réellement le nouveau président des Etats-Unis. Le dépouillement a lieu quinze jours après au Sénat, à Washington.

 

Qui sont les grands électeurs ?

Ce sont les partis politiques qui choisissent, avant les élections le plus souvent, un panel de grands électeurs potentiels. «Aucun sénateur, membre de la Chambre des représentants, ou personne occupant une charge de confiance ou de profit pour les Etats-Unis ne pourra être désignée grand électeur», stipule la section 1 de l’article II de la Constitution américaine. Sont choisies généralement des personnalités ayant occupé, ou occupant, une position d’importance dans les partis. On peut aussi trouver des grands donateurs ou des activistes.

 

Ensuite, en fonction des résultats de l’élection générale par Etats, ces candidats deviennent ou non grands électeurs officiellement. Cette année, parmi les grands électeurs sélectionnés on trouve, selon Politico : Tim Dreste, un activiste anti-avortement, Pam Bondi, la procureure générale de Floride soupçonnée d’avoir reçu, par le passé, des pots de vin de Donald Trump, ou encore Bill de Blasio, l’actuel maire de New York, et Eric Schneiderman, procureur de New York et ardent opposant à Trump.

 

 

Les grands électeurs votent-ils pour qui ils veulent ?

Bien qu’aucune loi fédérale ou élément dans la Constitution n’obligent les grands électeurs à voter pour le candidat pour lequel ils ont été élus, les écarts sont très rares. Pour les limiter, il existe des lois dans 26 Etats sur 51 (le disctrict de Columbia compte pour un dans l’élection) qui imposent aux élus de voter en conformité à leur serment. Serment qu’ils ont fait au préalable à leur parti ou à leur Etat. Jusqu’à maintenant, la très grande majorité des grands électeurs auraient respecté leur engagement. Selon l’association Fairvote, engagée pour une réforme du système électoral américain, seuls 82 grands électeurs auraient dévié de leur consigne «par initiative personnelle» depuis la création du mode de scrutin indirect en 1787.

 

 

L’élection 2016 peut persister à être aussi imprévisible qu’elle ne l’a été jusqu’à maintenant. Avec deux candidats à la présidence jouant d’une impopularité historique, plusieurs grands électeurs auraient, même avant l’élection, menacé de voter le 19 décembre selon leur conscience, rapporte Politico. La pétition publiée sur Change.org appelle ainsi : «S’ils [les grands électeurs, ndlr] votent tous en conformité avec leur Etat, Donald Trump gagnera. Seulement, ils peuvent voter pour Hillary Clinton s’ils le veulent. Même dans des Etats où ce n’est pas permis, leur vote serait comptabilisé, ils payeraient simplement une faible amende – que les supporters de Clinton se feront le plaisir de payer !» Certains Etats prévoient des amendes qui peuvent s’élever à un montant entre 500 et 1000 dollars. En cas de non-respect des règles, les grands électeurs dits «faithless» (sans foi) peuvent aussi être disqualifiés et remplacés.

 

Bien que cela reste de l’ordre du possible, il y a très peu de chances pour que le vote des grands électeurs renverse l’issue du scrutin présidentiel.

 

Elections américaines : les résultats par candidat au 15 novembre

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Aude Massiot   – Liberation –