Éolien : l’Afrique monte en puissance

Ethiopie, Maroc, Kenya et Afrique du Sud illustrent le choix africain d’avoir le vent en poupe dans la quête d’énergies nouvelles pour se développer.

En matière d’éolien, l’Ethiopie est un pays emblématique. Après avoir inauguré en octobre 2013 le plus grand parc éolien d’Afrique subsaharienne, à Ashegoda, dans le nord du pays, elle mise plus que jamais sur l’énergie du vent. Objectif : alimenter son développement économique tout en limitant l’impact sur l’environnement.

 

Adama II est le troisième parc éolien mis en service en Éthiopie, le plus grand d’Afrique subsaharienne. Implanté à Ashegoda, dans le nord du territoire, doté de 84 éoliennes dont une trentaine construite par la PME française Vergnet qui a décroché le marché et sous-traité à Alstom une cinquantaine d’éoliennes pour répondre à la commande installée sur 100 km2, ce parc affiche une capacité de 120 mégawatts (MW), soit 400 GWh distribués par an. Un coût de 210 millions d’euros, majoritairement financé par des prêts concessionnels accordés à l’État éthiopien par l’Agence française de développement (AFD) et la banque française BNP Paribas.  En plus d’alimenter près d’un million de personnes par an en électricité, il permet d’économiser 300 000 tonnes de CO2 par an. Ce qui correspond au double objectif de l’Éthiopie inscrit au coeur de sa stratégie économique.

En perspective : l’exportation

Alors que le pays dispose de ressources en vent abondantes dans l’ensemble du territoire national, le gouvernement a défini une feuille de route pour maintenir la croissance économique et devenir un exportateur régional important d’énergie. Ainsi, Ashegoda n’est qu’un élément d’un programme beaucoup plus ambitieux : l’Éthiopie prévoit d’alimenter en énergie ses 91 millions d’habitants, de même que ses voisins, en dopant au passage son économie en tant que fournisseur énergétique régional. Si le parc d’Ashegoda peut électrifier toute la région nord, d’autres doivent prendre le relais, certains le font déjà. De quoi compléter les centres hydroélectriques devenus minoritaires dans leur apport sur le mix énergétique ses dernières années. En attendant, l’électricité d’Ashegoda représente 10 % de la production nationale actuelle. La moitié du territoire est raccordée au réseau, 70 % à court terme. De quoi permettre à l’Éthiopie d’exporter chez ses voisins et renflouer ainsi les caisses d’un pays en plein boom économique avec une croissance qui frôle les deux chiffres… Même si les tensions sociales actuelles révèlent la fragilité du modèle.

 

Turkana : l’exemple kenyan

Le Kenya mise également sur l’éolien avec le parc du lac Turkana qui doit abriter une centrale de 300 MW, avec 365 éoliennes de 850 kW de puissance unitaire, dans une région reculée du nord-est du pays. Ce projet, de l’ordre de 680 millions de dollars, a bénéficié d’un financement de la Banque africaine de développement de 150 millions de dollars. Lancé en juillet 2015, le parc devait fournir 90 MW dès septembre 2016, pour atteindre 310 MW, son maximum, à l’été 2017, soit 20 % de l’énergie du Kenya. Ce qui répond à la volonté du gouvernement de réduire sa dépendance énergétique, à partir d’une source d’électricité propre, constante et à bas coût.

 

Tarfaya : la fierté marocaine

Avec le parc éolien de Tarfaya, en plein milieu du désert du Sahara, construit par Tarfaya Energy Company (Tarec), société de droit marocain détenue à parts égales par Nareva, filiale de la holding royale, Société nationale d’investissement (SNI), et le français Engie (ex-GDF Suez), le Maroc est l’un des grands du continent. Pour un coût de 460 millions d’euros, le parc permet d’économiser 900 000 tonnes d’émission de CO2, soit l’équivalent de la quantité de gaz à effet de serre absorbée par 150 millions d’arbres…

 

Tout en réduisant la facture des importations de pétrole de l’ordre de 180 millions d’euros par an, le Royaume, qui vise les 2 000 MW d’ici à 2020 dans les ENR, a ciblé cinq fermes éoliennes d’une capacité totale de 850 MW, à Tiskrad (près de Laâyoune), Boujdour, Tanger, Essaouira et Taza.

 

L’Afrique du Sud ne veut pas être en reste

Le pays du président Zuma compte déjà cinq fermes opérationnelles, et plusieurs autres en construction. L’éolien est donc en plein essor sur le continent…, mais il pourrait faire encore mieux, et plus vite. Compte tenu des besoins, du potentiel et des nouveaux modèles économiques en mesure de financer ces installations. Lesquelles, comme pour le solaire, ont vu émerger un marché composé notamment de PME, participant à la baisse des coûts dans le secteur.

PAR DOUNIA BEN MOHAMED (ANA)

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