En Algérie, le patron du FLN démissionne après avoir accusé le général Toufik de « servir la France »

 

Amar Saadani était secrétaire général du FLN depuis 2013. Il a mis le pouvoir dans l’embarras par de violentes accusations contre l’ancien chef des services de sécurité.

Amar Saadani, secrétaire général du Front de libération national, « parti du pouvoir et non parti au pouvoir », comme tiennent à le préciser les observateurs de la vie politique algérienne, a démissionné samedi 22 octobre pour « raisons de santé ».

L’explication laisse de marbre les médias algériens qui considèrent que le départ du très polémique dirigeant du FLN a été tout simplement décidé par le président Abdelaziz Bouteflika, formellement président du FLN, ou par son entourage immédiat.

Désigné secrétaire général du FLN en août 2013, reconduit en mai 2015 pour un mandat de cinq ans, Amar Saadani, 66 ans, ancien cadre syndical réputé proche du président Bouteflika, avait fait le 5 octobre dernier une rentrée tonitruante.

Après des semaines d’absence, M. Saadani a mis en cause l’ancien chef des services de renseignement, le général major Mohamed Mediene, dit Toufik, limogé en septembre 2015, en l’accusant d’être le chef de file des anciens officiers de l’armée française et suggérant qu’il servait des intérêts extérieurs. Il a également accusé son prédécesseur à la tête du FLN, Abdelaziz Belkhadem, tombé depuis en disgrâce, de « servir la France ».

En Algérie, il y a « des officiers de la France, des ‘moudjahidine’ de la France et des intellectuels de la France » a-t-il dénoncé, ciblant ainsi directement les officiers algériens déserteurs de l’armée française, les fameux « DAF », qui avaient rejoint le FLN entre 1956 et 1961 et qui ont eu par la suite un poids important dans l’armée algérienne.

 

Paris a perdu ses « hommes en Algérie » et elle doit se « résigner à traiter avec les institutions de l’Etat Algérien » a poursuivi M. Saadani, parfois surnommé « le percussionniste » pour avoir joué des percussions et dansé dans la troupe du chanteur Abdellah Menai.

Le site Algérie Patriotique, tenu par le fils de l’ancien ministre de la Défense, le général Khaled Nezzar, un « DAF », a réagi en affirmant que Saadani agissait « sur la base d’une feuille de route » et « des directives » :

« En osant tirer ainsi à boulets rouges sur ‘les officiers de l’armée française’(…) il dévoile son jeu et démasque indirectement son parrain dans une guerre au sommet qui ne dit pas son nom et dont l’enjeu principal tourne autour de la succession au président Bouteflika ».

 

A Alger, on y a vu un message du général Khaled Nezzar, très lié au général Toufik, pointant l’actuel chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la défense, le général Ahmed Gaïd Salah.

Si l’histoire des « DAF » fait partie des polémiques sans fin en Algérie, l’accusation contre l’ancien chef des services de renseignement d’avoir été l’instigateur du conflit intercommunautaire à Ghardaïa est beaucoup plus grave.

 

Commencés en décembre 2013, ces affrontements ont atteint un pic sanglant les 7 et 8 juillet 2015 avec un bilan officiel de 22 morts, ce qui a amené les autorités à déployer l’armée pour imposer le calme.

L’accusation a fait réagir des responsables de l’opposition qui ont demandé à la justice de s’autosaisir et d’engager une enquête. Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet à la présidence, même s’il parlait en tant que chef du parti du RND (rassemblement national démocratique) a exprimé le premier désaveu officiel à M. Saadani.

Le pouvoir dans l’embarras

« Quand certains parlent j’espère qu’ils n’oublient pas que derrière une personne [Toufik], il y a des milliers d’agents, des officiers, sous-officiers et des djounouds. Ils sont aussi de l’armée nationale populaire. J’ai déjà répondu sur Ghardaïa, je ne suis pas d’accord avec le dernier discours », avait-il déclaré.

La charge de M. Saadani, dont la motivation reste encore mystérieuse, était d’autant plus malvenue pour le pouvoir qu’il venait de faire adopter une loi imposant le silence aux anciens officiers de l’armée.

Le général Gaïd Salah, qualifié de « grand moudjahid », par Amar Saadani lors de sa sortie controversée du 5 octobre, ne pouvait avoir plus mauvais cadeau alors qu’il s’était doté d’un moyen légal de faire taire les ex-généraux.

Amar Saadani, qui a été début 2014 le porte-voix d’une mise en cause sans précédent du général Toufik, a mis tous les pôles du pouvoir dans l’embarras, selon les médias algériens. « On lui a juste laissé le soin d’annoncer lui-même son départ », note un journaliste. Amar Saadani a été remplacé comme secrétaire général du FLN par l’ancien ministre de la Santé Djamel Ould Abbès.

Amir Akef   –  Le Monde.fr –

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *