Pelonomi Venson-Moitoi à la conquête de la Commission de l’Union africaine

Une femme succédera-t-elle à une femme à la tête de la Commission de l’Union africaine? C’est le challenge que Pelonomi Venson-Moitoi s’engage à relever pour relayer Nkosazana Dlamini-Zuma. Âgée de 65 ans, Pelonomi Venson-Moitoi est l’actuelle ministre des Affaires étrangères du Botswana depuis octobre 2014. Femme politique et journaliste de profession, elle est diplômée de la Central Michigan University des États-Unis.

 

Candidate de la SADC à la présidence de l’Union africaine, la Botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi compte redonner à l’organisation panafricaine une image autre que la caricature actuelle qui la présente comme un véritable syndicat des chefs d’État où se mélangent despotes, autocrates, démocrates et réformateurs. Dans sa vision, elle ambitionne de transformer l’institution continentale en une union africaine des peuples qui œuvre à la promotion des valeurs partagées. Pour elle, l’Afrique doit parler d’une seule voix dans le concert des nations. Le salut de l’Afrique viendra de ses fils et filles. Elle ne ménagera aucun effort une fois élue pour concrétiser la création du marché africain et réserver une place importante à la contribution de la diaspora africaine qui constitue la sixième région de l’Union africaine.

Pour cela, elle compte s’appuyer sur son expérience de femme de terrain, pour défendre les sans-voix en sa qualité d’ancienne journaliste et de sa dimension internationale en tant qu’actrice diplomatique.

 

Qui est Pelonomi Venson-Moitoi?

 

 

Après une longue carrière dans les médias, elle fait son entrée à l’Assemblée nationale en 1999, puis au gouvernement au début des années 2000. D’abord comme ministre des Travaux, des transports et des communications en 2001-2002. Ensuite en tant que ministre du Commerce, de l’Industrie, de la faune et du tourisme en 2002-2004, avant de prendre brièvement les rênes du département des Communications, des sciences et de la technologie. Après quelques années d’absence, elle fait son come-back, en 2009, à la tête du même département, avant de débarquer, plus tard, à l’Éducation.

En révélant en octobre dernier son ambition de succéder à Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l’Union africaine, Pelonomi Venson-Moitoi suscite quelques critiques. On reproche notamment à son pays, le Botswana, de ne pas être suffisamment impliqué dans le panafricanisme pour prétendre à la présidence de l’institution africaine. Mais ces critiques seront très vite balayées pour laisser place à cette politicienne visiblement déterminée à relever le challenge. D’autant qu’elle bénéficie du soutien de la plupart des ministres des Affaires étrangères d’Afrique australe. Elle reste confiante pour la suite.

À quelque trois semaines de l’élection à la tête de la Commission de l’Union africaine, la candidate du Botswana portée par la région de l’Afrique australe fera face à quatre autres candidats. Elle se dit prête et décidée à relever le défi au nom du continent et des pères fondateurs afin de léguer aux générations futures une Afrique unie, prospère, présente lors des grands rendez-vous du donner et de recevoir. Elle exprime cette détermination en ces termes : «Je suis bien préparée pour le challenge et je continue à me proposer comme un agent de l’ordre du jour durable de transformation qui est en cours au niveau de l’UA».

Les pays de la SADC, qui avaient bataillé fort pour arracher la présidente de la Commission de l’Union africaine, il y a 5 ans, ne sont pas prêts de lâcher le morceau, et sont décidés à conserver coûte que coûte ce poste, du moins pour un second mandat. La SADC fait donc bloc autour de la candidature de Venson-Moitoi. Elle qui vient de rencontrer le week-end dernier le président sud-africain Jacob Zuma et part confiante avec un bloc compact de plus de 15 États pour conforter sa position lors du premier tour avant le jeu des alliances au second tour. C’est dans ce contexte qu’elle intensifie sa campagne auprès des pays francophones et lusophones afin de ratisser large hors de la zone SADC.

En attendant le jour J, la ministre des Affaires étrangères du Botswana affûte ses armes pour relever le défi continental.

 

RODRIGUE FÉNELON   – Les Afriques –