Élections américaines : la face cachée du 8 novembre

Au-delà de l’élection présidentielle, c’est bien l’attelage Président-Congrès qui est en jeu le 8 novembre prochain, et qui aura un impact direct sur l’économie américaine et mondiale.

Depuis plusieurs mois, le duel entre Hillary Clinton et Donald Trump passionne l’Amérique et le monde. Deux personnalités que tout oppose, sauf peut-être la méfiance historique à leur encontre d’une part très importante de l’électorat. Au-delà des programmes, finalement pas si éloignés, des deux candidats, c’est bien la couleur et le mode de fonctionnement de l’attelage Président-Congrès qui est la clé du 8 novembre.

Deux programmes différents qui se rejoignent sur les dépenses publiques et le protectionnisme

Les programmes économiques des deux candidats présentent des différences nettes. Outre la relance fiscale, très prononcée chez les Républicains, celles-ci se manifestent par exemple en matière de politique énergétique où Donald Trump est clairement en faveur des énergies fossiles et d’une relance du charbon tandis qu’Hillary Clinton promeut les énergies renouvelables ; en matière financière, où le programme démocrate promet de poursuivre les actions de l’administration Obama visant à contraindre le développement des très grandes banques ; ou encore en matière de santé, Donald Trump s’étant engagé à démanteler le programme « Affordable Care Act » tandis qu’Hillary Clinton promet de limiter fortement les prix pratiqués par l’industrie pharmaceutique.

En revanche, les programmes se rejoignent sur la nécessité de relancer les dépenses d’infrastructure. Les démocrates préconisent de dépenser 500 milliards de dollars pour rénover les infrastructures vieillissantes, de la première puissance mondiale. Moins précis, Donald Trump évoque lui aussi ce sujet, dans des proportions moindres (environ 250 milliards de dollars selon certains chiffrages).

Ils se rejoignent également dans la volonté de mettre un frein au libre échange, traditionnel reflet de l’optimisme et de la confiance en soi du peuple américain. Hillary Clinton s’est ainsi prononcée contre la ratification du traité TransPacifique tandis que Donald Trump va jusqu’à s’engager à renégocier le traité de libre-échange avec le Mexique et le Canada.

La clé du 8 novembre : l’attelage Président-Congrès

Pour mettre en oeuvre son programme, le Président élu aura besoin du Congrès. En effet, au-delà de la simple dénonciation d’accords commerciaux – de la responsabilité du seul Président – l’insertion dans l’ordre juridique américain d’un nouveau traité, et plus encore, toute politique ayant trait à la fiscalité ou aux dépenses publiques doit avoir l’aval de la Chambre des Représentants et du Sénat.

Une victoire – à ce jour probable selon les sondages – d’Hillary Clinton, pourrait entrainer une majorité démocrate au Sénat. La majorité républicaine actuelle est en effet étroite (2 sièges) et, sur les 34 sièges de sénateurs remis en jeu le 8 novembre, 22 sont tenus par des Républicains. Néanmoins, atteindre la « super majorité » de 60 sénateurs sur 100 sièges – qui permet d’accélérer le processus législatif – paraît hors de portée. En revanche, la majorité républicaine à la chambre des Représentants est la plus large depuis 1928. Il faudrait la bascule de 30 sièges pour retrouver une chambre bleue. Une telle défaite historique des Républicains semble irréaliste.

Le scénario central met donc en scène une présidente démocrate avec un Congrès partagé. Tout dépendra alors de la capacité et de la volonté de chacun, à négocier des accords. Les antécédents, tant de Paul Ryan, le Speaker républicain, que d’Hillary Clinton, plaident en ce sens. Ce serait de bon augure, et conforterait la statistique suivant laquelle l’attelage d’une Maison-Blanche démocrate et d’un Congrès partagé ou Républicain, est celui que préfèrent les marchés financiers !

WILFRID GALAND / responsable de la stratégie de marché chez Neuflize OBC

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