Egypte : un plan «marshall » qui peine à convaincre

 

L’Egypte vit actuellement sous le coup d’un programme du FMI censé l’extraire de sa morosité économique. Un plan fidèle aux traditions de Bretton Woods qui s’articule sur un désengagement de l’Etat, une libéralisation de la monnaie… Sur le terrain, le panier de la ménagère s’est renchérit de 30%. Ce programme reste menacé par un manque de liquidité, le FMI n’ayant pu sécuriser le financement que pour 2017 et 2018.

Le Caire est depuis novembre dernier sous le coup d’un programme de soutien du Fonds monétaire international (FMI) qui devrait injecter près de 12 milliards de dollars en 6 versements, sur une durée de 3 ans. En plus d’offrir un matelas de billets verts à une Banque centrale égyptienne à court de devises, cet accord devrait déboucher sur un grand chamboulement du paysage économique égyptien.

 

Le plan du FMI

L’approche de l’institution financière en Egypte repose sur 4 axes principaux, à savoir :  un ajustement politique significatif incluant la libéralisation des devises de manière à éliminer les pénuries d’échanges de devises ou encore encourager les exportations. Cette politique monétaire aura également comme objectif de contenir l’inflation, tout en mettant en place une forte fiscalité. Une consolidation qui devra assurer la viabilité de la dette publique.

 

Le programme du FMI porte également sur un renforcement effectif des filets de sécurité sociale en augmentant les dépenses consacrées aux subventions alimentaires et transferts d’argents. L’Egypte devra par ailleurs, amorcer de profondes réformes structurelles visant à promouvoir une croissance plus forte et multiplier les possibilités d’emploi pour les jeunes et les femmes. Le Caire, assisté par le FMI, devra également réussir à décrocher un financement extérieur frais pour combler les déficits actuels.

 

Un menu qui risque de chambouler durablement une économie biberonnée au subventions publiques, mais qui a subi de plein fouet la crise politico-économique résultant de la révolution de 2011. En effet, le pays s’est ainsi retrouvé à court de devises pour assurer l’approvisionnement du marché local en produits de consommation de base. Ce qui a donné lieu à une pénurie de médicaments, de sucre, de couches ou encore de lait en poudre.

 

Baisses tout azimut

Acculé le Caire n’a eu d’autre choix que de céder aux conditions du FMI. La première exigence de l’institution a été la libéralisation du taux de change de la livre égyptienne (LE). Appliquée en pleine crise économique, cette mesure s’est traduite par une forte dépréciation de la livre, passant de 8 à 18 LE pour 1 dollars (alignant ainsi le taux officiel au taux officieux). Bien que saluée par le FMI, cette mesure n’a pas eu les effets escomptés sur le terrain.

 

En témoigne l’indice du coût de la vie qui a grimpé de 30% en décembre 2016. Parallèlement, le prix des médicaments a continué à augmenter atteignant une hausse de 50%. Une augmentation des tarifs qui a été arrachée au forceps par les opérateurs pharmaceutiques. Le carburant est également touché par ce trend, preuve en est, le prix à la pompe qui enregistré une hausse de 35%. Et ce, malgré le fait que le carburant est toujours subventionné à hauteur de 44% par l’Etat. Le sucre et l’huile de table, qui sont également subventionnés ont enregistrés des hausses de prix respectives de 14 et 20%.

 

Pour le FMI, les premières retombées de sa politique économique ne devront se traduire réellement sur le terrain qu’à partir du 2e trimestre de l’exercice en cours. Une période qui devrait enregistrer un ralentissement graduel de l’inflation. Les experts de l’institution internationale ont également pour objectif de ramener le déficit de 12,1% (2016-2017) à 4,7% entre 2020 et 2021. Le Caire espère également réduire à termes son endettement de 95 à 78% grâce à « la diète FMI ».  Le déficit courant qui se situe actuellement entre 6 et 7% ne devrait être réduit qu’entre 2018 et 2020 selon les estimations de la Banque Centrale Egyptienne.

 

Un programme incertain

Entre temps, la bourse du Caire a connu le 19 janvier dernier, un véritable « jeudi noir », suite à la perte d’un milliard de dollars en une journée. Une situation qui ne peut qu’inquiéter les investisseurs (nationaux ou étrangers). Au moment même où l’appareil militaire étend son « empire économique ». L’armée est encouragée par un gouvernement central peu enclins à accepter cette nouvelle « autonomie » du secteur privé qui a âprement négocié des hausses de prix des matières de bases en maintenant les subventions.

 

Ce plan ambitieux reste menacé. En effet, sur les quelques 12 milliards de dollars que nécessitera ce plan de réforme, seuls les fonds pour les exercices 2017 et 2018 sont sécurisés. Le reste de l’enveloppe reste à ce jour à mobiliser. Une situation qui s’explique par le refus des principaux bailleurs de fonds de l’Egypte d’assurer cette ligne de financement. Les Etats-Unis ayant opposé leur refus suite au rapprochement de Sissi avec Moscou, une ligne de conduite décidée par l’administration Obama que les nouveaux locataires de la Maison Blanche pourraient revoir en fonction de leur intérêt stratégique. Du côté des monarchies du Moyen Orient, ce revirement s’explique par les positions favorables du Caire par rapport à Damas. S’y ajoutent, le refus de Sissi de déployer des troupes au Yémen en soutien de l’expédition saoudienne enlisée sur place ou encore de la neutralité égyptienne vis-à-vis de l’Iran.

 

Par Amine Ater  – La Tribune –

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